Au charbon avec Mélenchon – 2e épisode

La campagne sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais a atteint son rythme de croisière. Le local qui abrite le QG de campagne à Hénin-Beaumont est désormais tapissé de tableaux permettant de suivre les initiatives quotidiennes, le nombre d’inscrits, les tractages… Rien n’est laissé au hasard, les cartes des communes, nombre de boîtes aux lettres par ville. C’est un déploiement minutieux auquel on assiste, et c’est ce que l’on retrouve d’ailleurs dans la plupart des campagnes législatives menées par le Front de Gauche.

Ce matin les équipes s’activent pour diffuser sur le marché d’Hénin-Beaumont. On prépare les tables, les équipes se répartissent, les « mélenchanteurs » arrivent, parmi lesquels Romain Jammes. Le service d’ordre va s’assurer que le marché sera fréquentable pour éviter une mauvaise rencontre avec l’héritière de Montretout et ses sbires. Hé oui, n’en déplaise aux rédacteurs en chef avides de confrontation sanglante et de bataille rangée pour faire péter l’audimat, nous passons le mot aux journalistes reporters d’images présents, ils n’auront pas ce que veulent leurs employeurs parisiens. On laisse la fille-à-papa traverser le marché au pas de course, bien entourée par des caméras. Les militants se sont placés aux points de passages les plus importants du marché, et l’on constate assez vite qu’on trouve plus de stands qui vendent des fraises de Phalempin que de présence militante de l’extrême droite.

Photo de l’ami Rémy Blang

Avis aux amateurs, la barquette de fraise locale oscille entre 3,50 € et 4,95 €. Passons sur les péripéties de la main invisible du marché sur la fraise. Jean-Luc Mélenchon arrive, et l’on voit une tout autre pratique politique à l’œuvre. On prend son temps, on discute avec les gens. Il n’y a pas le moindre intérêt à traverser tout le marché au pas de course (encore moins au pas de l’oie – Note du rédac chef). On constate encore une fois, comme à Libercourt la veille, que l’accueil est plutôt chaleureux. Il est déjà temps de se restaurer. Mais avant cela, nous nous rendons à la salle située à Courrières où va se tenir le meeting du jour.

L’équipe technique s’affaire pour installer la décoration et surtout mettre en place la sonorisation et l’éclairage.

Photo de l’ami Remy Blang

Dehors, une équipe de collage s’assure que l’affichage soit aux couleurs du Front de Gauche. L’appel de l’estomac se fait plus pressant, on a tous de bonnes adresses locales. Pour ma part, j’ai suivi les conseils de l’ami Jean-Jacques, un QG approprié, La Belle Anglaise, un décor sympathique digne d’un pub, des portraits de guitaristes de blues légendaires, des ballons ovales qui trônent derrière le comptoir. En prime, la bière est fraîche et la nourriture vaut le détour.

Autre détour, par la gare de Lens pour récupérer Benoît Schneckenburger, et retour à la salle : des militants de tous âges finissent de décorer la salle aux couleurs du Front de Gauche. Il est temps de réunir l’équipe du service d’ordre pour un briefing rapide. Hommes et femmes expérimentés et débutants du Réseau Gracchus Babeuf sont présents. L’occasion de rappeler que c’est une tâche militante parfois ingrate mais nécessaire pour que nos initiatives se déroulent le mieux possible. Rien à voir avec les clichés qui ont la vie dure sur les gros bras, il s’agit simplement d’être en capacité de se protéger, une tradition du mouvement ouvrier née un siècle plus tôt.

Photo de l’ami Rémy Blang

La salle se remplit doucement, beaucoup flânent sur la pelouse en attendant les orateurs. L’animation musicale à l’extérieur permet de patienter. D’autres vont faire le plein de céréales au bar. Le meeting commence, devant plusieurs centaines de personnes, Hervé Poly fait une brève intervention. C’est au tour du camarade à la cravate rouge. Jean-Luc Mélenchon revient sur ces questions locales qui méritent une réponse nationale et évoque le cas du procès de Samsonite où seul le Front de Gauche était présent pour soutenir les salariés. D’ailleurs, sur les questions sociales, on attend toujours que la tête de gondole de l’extrême droite, ou le candidat qui fait voter les morts, se montrent. Mais il est tellement plus facile de persifler auprès d’organes de presse complaisants sur la couleur du parachute que de défendre les salariés !

Le discours de Jean-Luc Mélenchon est comme d’habitude dense et intense. Il évoque tant de choses, de la catastrophe de Courrières à la première Convention collective de branche négociée dans le bassin minier, berceau du mouvement ouvrier. Enfin, il évoque la prochaine étape publique le 3 juin, une marche qui partira du puits Dahomey pour se rendre à Billy-Montigny, sur le modèle de celle menée par la résistante communiste Émilienne Mopty en mai-juin 1941, pendant les grèves des mineurs. Le meeting s’achève déjà, Jean-Luc Mélenchon prend le temps de répondre aux nombreuses sollicitations puis tout le monde se disperse en attendant de se revoir très vite à la prochaine étape. Dans les corons comme partout ailleurs, on ne lâche rien !

 

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Bonus vidéo : Silmarils “Va y avoir du sport”

 


Densifier la ville pour la ralentir

Cette note est un début d’échanges avec Emancipation urbaine, le blog de Thomas.

La ville d’aujourd’hui se situe au croisement de deux impondérables que les bâtisseurs doivent intégrer : le temps et l’espace. Le temps demeure la priorité de vie de la plupart de nos concitoyens et il demeure l’enjeu de ce début de 21e siècle. Quant à l’espace, il s’agit de l’enjeu collectif premier dans sa maîtrise si tant est que l’on entend construire un avenir durable et soutenable pour tous. C’est dans ce cadre à double entrée que je me situe.

Au début donc était le temps. Pour les citoyens vivant dans les agglomérations urbaines, de Paris comme de Province, dans les villes centres comme dans les banlieues, le temps constitue la préoccupation première. Les temps de trajet entre domicile et travail, le temps que l’on consacre à la consommation, le temps passé à gagner sa vie pour ceux qui ont encore un emploi, tout ce temps file à grande vitesse et diminue de manière exponentielle le temps pour soi. Or, ce temps pour soi demeure le temps de l’émancipation, par la culture, par la vie sociale et amicale, par l’implication citoyenne. Bref tout ce qui concourt à une pleine humanité, hors de l’aliénation consumériste qui domine notre époque. Ce temps concourt de fait à la réussite solidaire dans le sens où un être humain, plein et entier, émancipé, est un Homme réussi et qui participe de la réussite collective.

 

Ralentir les temps aliénants

Pour nous, c’est à dire des militants comme Gabriel Amard, Corinne Morel-Darleux et Yann Abraham, il demeure une priorité que le temps de l’émancipation reprenne une plus grande place. Et c’est pourquoi nous attachons une grande importance à construire une ville qui œuvre au ralentissement des temps aliénants : travail et consommation en particulier. L’urbanisme est le premier outil, la planification notre méthode. Oui, nous entendons planifier les diverses politiques publiques qui contribuent à façonner la ville dans les domaines clés que sont l’économie, l’aménagement urbain, l’environnement. Planifier, c’est anticiper les besoins, définir les moyens, prévoir les étapes, fixer les moyens. Au fond, c’est aussi simple que cela. Un outil et une méthode donc et un défi en forme de paradoxe apparent : pour ralentir la ville, il faut la densifier.

Pourquoi densifier la ville si ce n’est pour lui permettre d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens ; culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la commune, et j’utilise le mot à dessein, demeure l’apprentissage de la vie sociale autant que la construction, après cet apprentissage, de modes de vie alternatifs. Quand je parle de mode de vie, dans la cité, je parle évidemment de politique.

Densifier la ville donc, planifier l’action publique, pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu pour nous. A la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, nous n’avons pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines qui conditionnent le caractère avéré, et non plus rêvé, du lien social. L’urbanisme des années 1960 et 1970 a moins pêché par son intensité que par son inaccomplissement. Des ensembles de logements extrêmement denses ont été construits sans que les donneurs d’ordre ou les financeurs (l’État en premier lieu et singulièrement en région parisienne) ne se préoccupent de l’accompagnement au travers des services de proximité que ce soient les services publics, les commerces, les lieux de loisirs et de culture… Dans combien de nos quartiers de banlieue la puissance publique n’est-elle plus représentée que par les voitures de police et l’école maternelle ? Là est le problème premier, pas dans la hauteur du bâti, à notre sens tout au moins.

Libérer les espaces

Il s’agit en premier lieu de se battre concrètement pour un environnement de qualité, fort des atouts naturels qui caractérisent chaque bassin de vie. L’intensification urbaine permet de préserver ces espaces naturels, source de biodiversité, c’est même la condition pour leur persistance. Nous connaissons trop les dégâts irréversibles causés sur l’environnement par ces immenses zones pavillonnaires ne présentant ni confort ni services ni convivialité. De même, la diminution des emprises de bâti au sol permet de minorer l’importance des surfaces imperméabilisées dont chacun peut mesurer aujourd’hui les nuisances, notamment en termes de gestion des eaux de pluie et eaux usées.

 

En privilégiant les constructions en hauteur à haute qualité environnementale et basse consommation d’énergie, nous libérons les espaces que nous maîtrisons. En assumant une mixité entre logement et locaux à vocation économique, nous entendons réduire les temps de trajets entre domicile et travail pour un nombre croissant de nos concitoyens. C’est là une première réponse à l’enjeu du temps mais aussi à la lutte contre les gaz à effet de serre. Enfin, les espaces libérés par notre maîtrise foncière permettent la construction de nouveaux services publics répondant aux besoins d’une population en croissance : écoles, crèches, maisons de quartier ou MJC.

La puissance publique comme trait d’union

Ces services, mis en œuvre par les collectivités territoriales, constituent les instruments du lien social et participent de la convivialité, une des clés de la vie urbaine. Ils ont aussi vocation à devenir des traits d’union entre les différentes parties de la ville, tant celle-ci n’est jamais une. Même si nous pouvons le regretter parfois, cette multiplicité à l’intérieur de l’espace communal participe de sa richesse, de sa mixité. Il convient néanmoins de se battre pour rouvrir les quartiers, notamment populaires, sur les bassins de vie. Trop souvent, notamment en région parisienne, nous avons à faire à des quartiers enclos sur eux-mêmes, répondant aux utopies urbanistiques des années 70 mais plus en rapport avec les enjeux du temps présent. La Ville bouge, il faut savoir accepter cet état pour ne pas avoir à le subir.

 

Pour autant, si nous défendons, vous le lisez, une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Nous militons donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui permette le brassage, la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER et TER en province, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Nous considérons que le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que notre première tâche est de nous rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

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Bonus vidéo : Beak> “Welcome To The Machine”


Au mur des Fédérés, pour continuer le combat des Communards

A Alexis et aux autres héritiers

Et oui, le 26 mai, comme tous les ans le dernier samedi de ce mois, un certain nombre d’amis et camarades « montent » au Mur des Fédérés, dans le cimetière du Père-Lachaise. Au-delà de la commémoration de nos morts - les 30 000 victimes de la répression versaillaise à l’issue de la répression de la Commune de Paris -, nous réaffirmons notre position. La Commune de Paris a contribué à marquer le clivage politique à gauche. C’est un peu ce que je tente de démontrer dans mon bouquin en cours, malheureusement un peu en sommeil (lui aussi) pour cause d’élections.

Avant la Commune de Paris, la gauche française est composite. On y trouve des Girondins fédéralistes, des républicains conservateurs (mais le seul fait d’être républicain suffisait à classer à gauche au XIXe siècle), des Montagnards centralisateurs et jacobins, des socialistes utopiques aussi bien que « scientifiques » (les marxistes essentiellement), des anarchistes… Le déclenchement de la Commune de Paris et l’affirmation de son contenu de classes : république ; école laïque, gratuite et obligatoire ; premiers prémices de l’autogestion ; centralité de l’émancipation des travailleurs… va générer une fracture dans cette « gauche ».

Ce contenu politique va amener un certain nombre de républicains à s’en démarquer. La plus connue de ces figures demeure Gambetta. Arago, maire de Paris et bénéficiant d’une certaine aura dans les milieux républicains, se détournera lui aussi de ceux qui lui permirent d’arriver au pouvoir. Dans un certain sens, le vieux Victor Hugo se démarquera des Communards avant que de s’émouvoir de la répression. Ces personnalités ont en commun de considérer que la République est suffisante. Elles s’accordent aussi sur une sorte de mépris de classe envers les ouvriers. Nous les retrouverons, par engagement ou par absence de prise de position, derrière Thiers et les fusilleurs.

Mais il faut aussi reconnaître que la violence de la répression va déclencher un mouvement de sympathie (au sens grec du terme) envers les Communeux. Des gens qui se taisaient ou se contentaient de regarder les événements prendront, à retardement, partie pour les révolutionnaires. Ils vont contribuer à creuser le fossé qui va structurer la gauche entre pro et anti-communards. Cette ligne perdurera longtemps. A mon sens, elle est toujours vivace aujourd’hui. Dans la mesure où je ne reconnais pas comme amis de la Commune la droite qui n’en salue que le patriotisme.

Une nouvelle étape de la structuration de la gauche sera franchie, pour lui donner ses contours actuels, avec l’affaire Dreyfus. A l’issue de cet autre drame, qui finira heureusement mieux que l’insurrection populaire parisienne, la gauche ne tolérera plus en son sein d’antisémites. Mais ceci est une autre histoire.

En montant au mur des Fédérés, nous rappelons donc de quel côté de la barricade nous nous situons. Parce que oui, en premier lieu, nous continuons à donner du crédit et du corps à la lutte des classes, même si elle s’est complexifiée en apparence. Comme nos glorieux anciens de 1871, nous sommes dans le camp des « partageux », des réprouvés, des « sans ». Et nous réclamons que notre place - majoritaire - nous soit rendue. Sinon, nous la prendrons. Nous exprimons donc que le combat des Vallès, des Dombrowski, des Théo Frankel, des André Léo, des Louise Michel est toujours actuel et que nous le poursuivons tracts et bulletins de vote en main, tant que la démocratie nous le permet. Nous proclamons que nous n’oublions pas : les héritiers de Thiers, qu’ils se nomment Sarkozy, Copé ou Fillon, ont le sang des nôtres sur leurs mains.

Pour m’en rappeler, je n’ai pas grand chose à faire. A quelques dizaines de mètres de chez moi, la rue Myrha a vu Dombrowksi blessé à mort sur la barricade. La rue Fessart, près de laquelle j’habitais avant, a connu la dernière barricade de la Commune. Et, vendredi dernier, André m’a fait découvrir la rue Burcq où auraient été fusillés les derniers Communeux.

 

Montée au mur des Fédérés : samedi 26 mai à 14h30,
rendez-vous au cimetière du Père-Lachaise, entrée Rondeaux, métro Gambetta (ligne 3)

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Bonus vidéo : Noir Désir “Le Temps des cerises”


T. Raumschmiere entre électrocution et headbanging

T. Raumschmiere “I Tank You” (Shitkatapult / 2008)
Chronique initialement publiée sur Métalchroniques, LE webzine métal français animé par le Hamster.

Se lit très bien avec le bonus tumblr du Cri du peuple :
Motor Vs T. Raumschmiere “Krank Im Hirn (Cypress Hill cover)”

Finalement, oui, le metal electro ça existe, si l’on accepte le terme « metal » dans une acceptation d’attitude autant que de son. Rescapé du groupe hardcore culte (forcément, parce que presqu’oublié aujourd’hui) Zorn, dans lequel il officiait à la batterie, Marco Haas est un pur métalleux qui a troqué la guitare électrique pour les claviers dès la fin du 20e siècle. Pour ceux qui, comme l’auteur de ses lignes, ont toujours été à la confluences de l’électro et du hardcore versant punk, c’est peu de dire que la mutation de Marco Haas en T. Raumschmiere a été l’occasion d’une sacrée grosse claque. C’était en 2001, l’album c’était “Monstertruckdriver“.

Quelque sept ans plus tard, T. Raumschmiere a poursuivi son bonhomme de chemin, massacrant en live claviers et samplers avec une délectation rare. Et si « I Tank U », morceau d’ouverture de l’album, donne des impressions sages, ne surtout pas se laisser aller à zapper. Malheureux ! Cet album est bien plus insidieux, s’ingéniant à prendre l’auditeur par surprise comme sur le magnifique « 111kg », avec DNA. Ça commence tout doux avec une petite ligne de bleeps, une mélodie presque gentille à la guitare… Pour rompre au beau milieu du titre, sans aucune autre raison que l’allant du gars Marco pour les sursauts soniques. Option électrocution et headbanging !

En Allemagne, dans la scène electro hardcore, Atari Teenage Riot n’est jamais très loin…

Autre morceau de grâce, l’illuminé « Untitled » marqué par l’apparition du duo Warren Suicide (autre signature du label de Marco, comme tous les featurings de l’album en fait) avec sa ligne de piano schyzophrène en final. Ou encore le rap hallucinogène de « Brenner » avec Deichkind et The Crack Whore Society qui rappelle qu’un synthé bien déréglé approche finalement le white noise presqu’autant qu’une guitare en larsen.

Avec cet album, qui n’a pas (encore) eu de suite, Raumschmiere trouve en fait son équilibre, presque parfait, entre rythmiques lourdes (dont une bonne partie réalisée par ses soins à la batterie), riffs saignants autant qu’entêtants (toujours joués live), énergie punk et boucles electro aussi saturées que bien senties. Pour ce troisième opus sous ce nom, Raumschmiere prend des allures de vrai groupe, ce qui rassurera, peut être, les éternels rétifs aux joies de l’electro vicieuse.

Tracklist

1. I Tank U
2. The Front Row Is Not For The Fragile !
3. Animal Territory
4. 111kg (Featuring DNA)
5. Crack A Smile
6. E
7. Pedal To The Metal
8. Untitled (Featuring Warren Suicide)
9. Brenner
10. What Are You Talking About
11. Nuclear Bedtime Stories

Site officiel : http://t.raumschmiere.com/

Myspace : http://www.myspace.com/traumschmiere

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Bonus Hadopi : télécharge en mp3 T. Raumschmiere “111Kg (Feat. DNA)”
                                  télécharge encore en mp3 Sandra Nasic “A Very Loud Lullaby (Feat. T. Raumschmiere)”
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Bonus vidéo : T. Raumschmiere “Brenner (Feat. Deichkind)”

La Grèce met les racistes en Aphatie

« Chacun des 11 millions de Grecs a déjà touché 31 000 euros de la part de la méchante Union européenne. Pas mal, non ? »

De qui cette jolie phrase ? Je suppose que celui qui l’a prononcée est allé vérifier, sur pièce, compte en banque par compte en banque, comme le bon journaliste qu’il est censé être. Un indice en effet, l’auteur de cette saillie sordide ce prétendu journaliste. En tous cas, selon mes sources, il disposerait encore de sa carte de presse. Bon, je vous aide : ce monsieur (oui, c’est un homme) n’a pas bien négocié avec ses multiples employeurs. Il n’a pas pu se déplacer jusqu’en Grèce, d’autant que d’aucuns lui ont glissé que c’était dangereux pour les esprits chagrins. Ou alors, il n’a pas pu y faire partir l’assistant qui doit lui préparer ses fiches voir rédiger ses notes de blog.

En tous cas, j’ose croire que l’auteur de cette sortie d’un populisme que ne renierait aucun des ténors de l’ultra-droite s’est donné les moyens de vérifier que chacun des 11 millions de Grecs a effectivement eu sur son compte en banque la coquette somme de 31 000 euros de la part de l’Union européenne. Moi, je croyais stupidement que c’étaient les banques qui avaient prêté au gouvernement d’Athènes. Suis-je bête quand je m’y mets…

Mais le bonhomme à la calvitie élégante (normal pour un crâne d’œuf) n’en reste pas là. Je suis allé fouiner sur son blog et vous invite à vérifier de même que, cette fois, il n’aura pas effacé son billet. Je cite, lisez jusqu’au bout : c’est là que réside la perle aux relents vaguement racistes.

« En deux ans, sous l’impulsion des autorités européennes, 340 milliards d’euros ont été apportés à la Grèce. Ce qui n’a aucun précédent dans le monde connu et inconnu. En contrepartie, car les contreparties sont dans ces cas-là inévitables, il a été demandé aux autorités grecques d’ajuster ses dépenses à ses recettes. Et même, dans le cas de la Grèce, d’en finir avec cet incivisme profond qu’a représenté et représente toujours dans ce pays la fraude aux impôts. »

Est-ce que le plumitif, qui fait honte à l’ensemble de la profession de journaliste par l’enfilement de lieux communs plus nauséabonds les uns que les autres, a levé son fessier du confortable fauteuil qui l’attend tous les soirs au Grand Journal ? A-t-il été voir si le clergé orthodoxe et les armateurs acquittaient leurs impôts ? Il eut été bien attristé le bougre, puisque la loi exempte ces contributeurs aux poches largement remplies de participer à la solidarité nationale. Je suis bien sûr que si les popes et les patrons de bateaux payaient leurs impôts, la patrie de la démocratie s’en porterait bien mieux.

Au demeurant, Jean-Michel appâté par le gain facile et la vilénie idoine n’a pas le monopole de la sortie raciste en plein plateau. L’autre soir (hier je crois, donc mercredi 23 mai, à moins que ce ne soit mardi), c’est l’idéologue libéral d’itélé qui s’y est cogné. Yves Thréard, pour bien le nommer, a versé son couplet sur, en substance, « les Grecs qui fraudent, qui ne paient pas d’impôts » et, aurait-il pu rajouter, ont le culot exceptionnel de choisir, pour les représenter, la gauche radicale. Oui, ces gens sont dangerous, n’est-ce pas monsieur le président ?

J’aurais pu, pour finir ce tableau, évoquer le cas Quatremer. Mais il s’est suffisamment discrédité en s’en prenant à Audrey Pulvar à propos de l’interview à laquelle cette journaliste se livrait avec Harlem Désir. Le Gringoire de Bruxelles (dans les méthodes à tout le moins) a accusé la compagne d’Arnaud Montebourg d’être en situation de conflit d’intérêt. Ce faisant, le littérateur stipendié de la Commission européenne a fait montre d’indépendance. Son journal, Libération, ne s’est pas caché de faire campagne pour le nouveau président de la République. Mais, il a taclé méchamment Audrey Pulvar en mettant en doute, publiquement, sa capacité au recul et à l’honnêteté intellectuelle. Du coup, j’ai cherché. En vain.

Nulle part ai-je trouvé la trace d’une quelconque accusation similaire du Quatremerde à l’endroit de Marie Drucker quand elle était encore compagne officielle et revendiquée de François Baroin.

A toutes fins utiles, je veux lever un quiproquo. Quoi qu’ils en disent, pas plus Apathie que le plumitif du Figaro ne font profession de journalisme. Ils sont des idéologues de plateau, dont la seule mission - joliment rémunérée puisque Jean-Michel ne veut même pas dévoiler ses émoluments mensuels - reste de prêcher la bonne parole libérale. Qu’importe si, pour faire leur message, il faut verser dans la xénophobie, le propos de café du commerce et l’amalgame grossier.

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Bonus vidéo : Sexy Sushi “Meurs meurs Jean-Pierre Pernault”


Moi, militant PG, ministre… pour la gratuité

Pendant quelques heures, j’ai été membre de l’Altergouvernement, en qualité de commissaire du peuple délégué à la gratuité en actes. C’était mercredi 23 mai, au Théâtre du Grand Parquet dans le 18e arrondissement de Paris. Avec les amis de l’Altergouvernement, nous avons procédé à la présentation publique de la loi cadre portant création de l’Agence nationale de la gratuité, dont le siège est à Grigny, dans le Rhône. Le ministre en charge du dossier est Paul Ariès, secondé par Jean-Louis Sagot-Duvauroux, a d’abord présenté les attendus de ce choix politique.

La réunion du conseil des ministres de l’Altergouvernement, tenue le matin même, avait posé à son ordre du jour un point unique : le capitalisme nous fait-il jouir ? Le constat a rapidement été posé : le capitalisme est un système diablement efficace puisqu’il parvient à imposer un style et un mode de vie, basés sur la consommation ; c’est la « jouissance d’emprise, la jouissance d’avoir », précise Paul Ariès. Pourtant, à la fin, il ne propose qu’un marché de dupes : demain, la plus grande majorité des personnes ne vivra toujours pas comme des petits bourgeois, tant le capitalisme a besoin des inégalités pour se perpétuer.

Jean-Louis SAgot-Duvauroux, Paul Ariès, Nathanaël Uhl

La question demeure de sortir du système. Or, Paul Ariès, Jean-Louis Sagot-Duvauroux et moi même, en tant qu’intervenant, partageons qu’une certaine gauche, la « gauche placebo » selon le propos de Paul, a bien perdu le mode d’emploi pour sortir du capitalisme. L’attrapant « par la queue » selon l’expression imagée de Jean-Louis, la gratuité peut constituer un espace de radicalité concrète sortant, définitivement, des pans entiers d’échanges de la sphère marchande. Si cette démarche peut apparaître utopique, elle ne l’est que tant que l’utopie reste un possible non exploré. Et de nombreuses collectivités s’engagent à défricher cette voie nouvelle. Il en est ainsi de la Communauté d’agglomération du pays d’Aubagne avec la gratuité des transports en commun ou de la Communauté d’agglomération les Lacs de l’Essonne que je représentais avec l’eau notamment. Pour ce qui concerne mon Agglo, nous avions organisé avec le Sarkophage un colloque sur le thème Viv(r)e la gratuité des services publics” en 2010.

Au premier chef, ce sont en effet les biens communs de l’humanité qui doivent échapper à la logique du profit et de la spéculation, laquelle se traduit souvent par des aberrations écologiques. Qu’on y pense : je rappelle que la politique tarifaire pour l’eau potable mise en œuvre par Véolia, avec l’aval du Syndicat des Eaux d’Île-de-France, débouche sur le fait que celui qui consomme le plus d’eau la paie le moins cher. Ceci alors que la ressource naturelle en eau potable est précieuse car en voie de raréfaction. Aux Lacs de l’Essonne, nous décrétons, a contrario, la gratuité de l’abonnement, parce qu’on ne peut pas faire payer l’accès à l’eau potable. Puis, nous avons mis en œuvre, dans la même logique, la gratuité des 3 premiers litres d’eau par jour et par personne, indispensables à la survie. Ce, tout en diminuant de 37 % le tarif d’accès au service de l’eau. A Aubagne, la gratuité des transports publics ne coûte rien à l’usager, puisque l’argent nécessaire provient du versement transport acquitté par les entreprises.

Oui, nous l’assumons, la gratuité a un coût, économiquement parlant. Mais elle dégage surtout d’énormes bénéfices sociaux. Jean-Louis Sagot-Duvauroux explique ainsi, toujours sur Aubagne, qu’appliquée aux transports en commun de l’agglomération, elle s’est traduite par une baisse nette des incivilités et du sentiment d’insécurité. Elle a amélioré les relations intergénérationnelles. Elle a modifié les comportements des jeunes, notamment, qui ne tiennent plus les murs dans leurs quartiers mais découvrent leur environnement. Résultat des courses : en deux ans, la fréquentation des bus a augmenté de 150 %. Et l’efficacité sociale en est renforcée. Ah oui, il faut préciser que, lorsqu’on se lance dans la gratuité, on change forcément de référentiel. La rentabilité ne se mesure plus en termes financiers mais bien en matière de lien social, d’appropriation du bien commun, de réinvestissement des espaces publics.

Mais la gratuité peut aussi s’appliquer, comme le disent les poètes antillais cités par Paul Ariès, aux « produits à haute valeur culturelle ». En l’inscrivant dans une démarche d’éducation populaire. C’est notre choix aux Lacs de l’Essonne, avec Gabriel Amard. Cette année, par exemple, nous mettons en place la gratuité du service public de mise à disposition de vélos  - les V’Lacs, équivalent modeste des Vélibs parisiens - mais aussi des composteurs individuels. Il s’agit là de choix politiques assumés dans la construction de la planification écologique. Nous nous en servons comme un outil d’éducation populaire pour conscientiser sur les rapports étroits de dépendance entre l’être humain et son écosystème.

Dans ce cadre, la gratuité constitue bien la réponse qu’amène les gauches antiproductivistes aux urgences économique, écologique, anthropologique. Avec un enjeu : « dépasser la réponse capitaliste au pouvoir d’achat », précise Paul Ariès qui entend être le ministre de « la réponse aux besoins sociaux ». Mais, au delà, la gratuité porte en elle de faire société autrement. Et surtout, de faire société ensemble quand le capitalisme n’a d’intérêt - pour préserver les siens - que de diviser la classe ouvrière.

Prochaine séance de l’Altergouvernement : mardi 26 juin à 19h, l’information avec Aline Paillé, le au Théâtre du Grand Parquet, 20 rue du Département, 75018 Paris.

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Bonus vidéo : Miss Li “Bourgeois Shangri-La”


Face à la droite populaire, Riva Gherchanoc fait front à gauche

Comment vous parler avec un minimum de recul de Riva Gherchanoc ? C’est une sacrée gageure pour moi, la connaissant comme je la connais, depuis 2006. Je me souviens de ce bout de femme toute en cheveux roux qui tentait, après une année à étudier le Droit à Bordeaux, de tenir le coup avec son Revenu minimum d’insertion. Je me souviens de ses prises de parole enflammées quand elle avait à faire connaître les injustices dont elle était témoin. Je me souviens, je le vis encore à dire le vrai, cette énergie incroyable, de celles qui abattent les montagnes.

Aujourd’hui, Riva n’est pas à proprement dire assagie. Toute membre du bureau national du Parti de Gauche qu’elle soit, toute candidate aux élections législatives dans la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis, elle reste cette femme engagée qui réagit au quart de tour quand les « siens » sont victimes d’injustice. Je dois préciser, à ce moment précis, que les « siens », ça fait du monde. Elle compte dans cet ensemble les habitants des quartiers populaires, les femmes, la jeunesse séquano-dyonisienne (celle qu’elle connaît le mieux), les précaires… Oh, ne croyez pas que la plus jeune candidate à la députation de mon département ait le tempérament maternel. Il ne s’agit pas de cela. Je parlerais plutôt d’une empathie profonde, cette capacité rare à faire siennes les souffrances des autres.

Parce que la souffrance, Riva a connu. L’angoisse de boucler ses fins de moi, quand on ne dispose que du RMI, elle a vécu. La difficulté à trouver un boulot, alors qu’elle avait assez brillamment réussi son concours de la fonction publique territoriale, elle a senti au plus profond d’elle. Ça forge le caractère mais ça ne blinde pas. En tous cas, ça ne blinde pas Riva qui a toujours chevillé au corps l’Humain d’abord. Quand je la vois discuter avec les habitants de Neuilly-sur-Marne, sur le marché de la ville, ça se sent. C’est un vrai échange, à base d’émotion autant que de raison. Elle ne lâche pas le morceau. S’il faut une heure pour expliquer, elle la prendra, qu’importe le résultat à la fin. Riva est une militante, de cette espèce rare qui s’oublie au profit des autres.

Parfois, pour celles et ceux qu’elle entraîne derrière elle, comme l’ami Franck Boissier, c’est un peu usant. D’autant qu’elle ne connaît pas le sens du mot « compromission ». Ses anciennes camarades de Ni Pute ni soumise s’en souviennent. Elle a mené la bagarre costaud quand Fadela Amara a choisi d’aller jouer les alibis dans le gouvernement Sarkozy. Je commençais à peine à la côtoyer et ses idées étaient aussi claires que l’eau de source. Ni transfuge, ni complice. De gauche. Tout simplement. Avec une légère dose de révolution : elle revendique sincèrement que l’insurrection citoyenne, c’est maintenant.

Pour Riva, une chose est sûre : le bien commun ne supporte plus de demie mesure en cette période de tension sociale extrême. Une tension avivée dans la circonscription la plus méridionale de la Seine-Saint-Denis par la Droite populaire. Son candidat ici se nomme Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP, ancien permanent syndical de la Police national qui a intégré la préfectorale par la grâce de Nicolas le petit. Les défenseurs du statut de la Fonction publique apprécieront. Les autres, et même ceux que je viens de citer, apprécieront aussi que le « monsieur sécurité » de l’UMP ait fait son entrée en campagne en tractant contre le droit de vote pour les étrangers extra-communautaires. Peu importe qu’ils vivent, travaillent et paient leurs impôts dans ce pays depuis un an, cinq ans ou dix ans. Le racolage en direction de l’électorat FN ne connaît pas de prescription.

Mais pour Riva, l’infamie de Beschizza noon plus ne sera pas prescrite… Faut dire que Gherchanoc, cela ne sonne guère plus français que Beschizza. Sauf que mon amie, elle, se rappelle d’où elle vient. Elle se souvient de ses origines russes si proches qu’avec la législation actuelle, elle ne serait certainement pas attributaire d’une carte nationale d’identité frappée du drapeau tricolore. Son suppléant, Moussa Diakhaté, lui aussi connaît bien ça. En raison d’une erreur administrative, il a connu le triste quotidien des « sans papiers » pendant plusieurs années. Moussa n’en tire ni gloire ni rancœur. Il est juste devenu défenseur des salariés et animateur de la CGT à Neuilly-sur-Marne. Manière de rendre aux autres cette solidarité dont il a pu bénéficier.

C’est drôle de les voir tous les deux, Riva et Moussa, côte à côte, sur les marchés, au porte à porte, dans les réunions publiques ou les assemblées citoyennes. A eux deux, ils forment une équipe solide, à l’image du Front de gauche sur la 3e circonscription. Je vous préviens juste, si vous les croisez, soyez patients : ils sont loquaces.

3e circonscription de la Seine-Saint-Denis : Gournay-sur-Marne, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand.
Score de Jean-Luc Mélenchon : 6 774 voix et 12,64 % des suffrages.

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Bonus vidéo : Lords Of The New Church “Russian Roulette”


Nos cousins du Québec tiennent la rue depuis 100 jours

Bon, c’est tout moi ça. Depuis quelques jours, je suis, via twitter, la montée de la contestation chez nous cousins de la « Belle Province ». Un truc assez décapant : vu de l’hexagone, le Québec, comme toute l’Amérique du nord, apparaît comme une sorte de monde libéral enclos dont il ne faut rien attendre. Et là, paf dans nos certitudes eurocentrées : cent jours de grève, des dizaines de manifestations monstres dont 29 de nuit. Ce mercredi matin, je me réveille donc en me disant « faut écrire sur le Québec, ce black out médiatique en France est insupportable ». Et là, voilà que tous les « grands titres » en parlent enfin. Mais, je vais quand même m’en tenir à ce que j’avais prévu.

Au départ de ce mouvement, le « printemps érable », connu aussi sous le nom de #manifencours ou de Grève générale illimitée, il y a le projet du gouvernement libéral dirigé par Charest d’augmenter les frais d’inscription à l’université. D’ici 2017, ils pourraient ainsi passer de 2 168 dollars à 3 793 dollars par an, soit une hausse de 75 %. Ce projet a divisé les étudiants québécois entre « carrés rouges », qui y sont opposés, et « carrés verts » qui le soutenaient. Depuis vendredi dernier, les événement sont pris une tournure radicalement nouvelle, qui voit la disparition du clivage.

En effet, le gouvernement a pris l’initiative de faire adopter une loi d’exception. Votée après vingt-et-une heures de débat, la « loi 78 » vise à limiter les manifestations et à éradiquer les piquets de grève devant les établissements universitaires, jusqu’en juillet 2013. Les organisateurs de manifestations sont désormais tenus de prévenir huit heures à l’avance les autorités pour tout événement rassemblant plus de cinquante personnes. Ils doivent en communiquer le parcours ainsi que la durée.

Cette loi scélérate a fini de mettre le feu aux poudres. Autour des revendications estudiantines, d’autres corps sociaux ont exprimé les leurs. C’est désormais une « grève sociale » qui est en cours au Québec. La violence de la répression policière met de l’huile sur le feu. Les témoignages se succèdent pour la mettre en lumière. Au point qu’Amnisty International Québec a réagi sur son site :

« Amnistie internationale s’inquiète du fait que les tactiques utilisées par les forces policières face à certains incidents violents et aux manifestations pacifiques, ainsi que les mesures de sécurité adoptées dans certaines universités, soulèvent des questions troublantes sur le respect de ces droits fondamentaux : usage excessif de la force par les autorités policières, arrestations massives et potentiellement arbitraires, intimidation et profilage par des forces de sécurité sur les lieux de l’université. »

Mais les manifestants restent pourtant calme, répliquant par une campagne de désobéissance civile. Ainsi, la grande manifestation du mardi 22 mai a vu le cortège fort de plus de 250 000 personnes dévier de son itinéraire annoncé, pied de nez aux forces de l’ordre et à la « loi 78 ». Visiblement, les syndicats, très puissants dans la « Belle Province », ont compris que la loi permettrait au gouvernement de limiter leur capacité de réaction et de mobilisation. L’ancienne figure de proue de la grève étudiante de 2005, Xavier Lafrance a ainsi lancé un appel à l’« unité » aux grandes centrales syndicales afin qu’elles pressent leurs membres à être dans la rue au côté des 156 000 étudiants toujours en grève. « Il faut élargir la lutte ! », a expliqué Xavier Lafrance, faisant remarquer qu’une organisation a déjà adopté une résolution ouvrant la porte à « une grève générale et sociale avec [ses] alliés contre les mesures rétrogrades du gouvernement ».

C’est donc tout le Québec qui est en ébullition face à un gouvernement bien ancré à droite et qui a décidé de jouer son va-tout sur la répression du mouvement contestataire. Comme nous le savons en France, l’attitude du pouvoir vis à vis des mobilisations estudiantines est souvent le laboratoire des politiques répressives qui pourraient être mises en œuvre contre l’ensemble du mouvement social. Il faut savoir, dans ce cadre, que le Québec est réputé comme la province la plus à gauche du Canada. L’épreuve de force a donc valeur exemplaire pour tout un pays.

Bonus militant : signez la pétition internationale pour stopper la loi anticontesation au Québec

Bonus “en savoir plus” : suivez le compte twitter @ManifencoursQbc

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Bonus vidéo : Arcade Fire “Wake Up”

 


Avec Asensi, requiem pour Bob l’épongé

Note dédicacée à mon ami Jacky Corbel

Au départ de cette note est le courrier qu’adresse à Robert Hue mon ami François Asensi, dont j’ai déjà eu à évoquer l’attaque en règle dont il est victime de la part du Brutus de la Seine-Seint-Denis. Ce petit texte m’a replongé des années en arrière. Alors que j’étais encore militant du Parti communiste. Bien que membre du Parti de Gauche aujourd’hui, vous voudrez bien m’accorder que je reste un militant communiste, puisque ce qualificatif renvoie à une vision politique plus qu’à une appartenance partidaire.

Mais, d’abord, je vous dois la lettre de François à Bob l’épongé :

« How are you, dear Bob,
J’utilise l’anglais puisque pour être « dans l’ère du temps et de la modernité », il faudrait s’adapter au monde tel qu’il est. Ceci est je crois conforme à ta nouvelle façon de penser. Tu apprécieras donc cette attention.
Très franchement, je dois te dire que j’ai appris avec surprise, mais non sans quelque ravissement, que tu venais visiter la ville de Tremblay-en-France laquelle, comme tu le sais sans doute, possède une excellente équipe de handball. Celle-ci joue en première division et a accédé à la finale de la coupe d’Europe l’année passée.
Enfin … tu as pu trouver du temps sur ton agenda pour te rendre à Tremblay-en-France, ce que tu n’as pu faire pendant toutes tes années de mandats de Président de l’Association nationale des Elus Communistes et Républicains, puis de Secrétaire national du Parti Communiste Français, puis Président de ce même parti, enfin Sénateur.
La vraie raison de ta visite, c’est ta participation à une réunion électorale avec ton nouvel allié, le député européen Daniel Cohn-Bendit, pour soutenir une entreprise qui vise à faire battre le député du Front de Gauche.
Connaissant ton bon sens politique, tu n’es pas sans savoir que par le truchement d’un accord de sommet, les appareils d’Europe Ecologie et du PS se sont ligués pour empêcher l’élection d’un député Front de Gauche.
Cher Bob, la politique prend des chemins de traverse assez imprévisibles, mais l’histoire nous rattrape toujours. Lorsque j’ai été exclu de la direction du Parti Communiste, coupable à ses yeux de vouloir moderniser et rénover l’espace communiste en France et rompre avec le pseudo socialisme soviétique, tu entrais à ce moment-là dans cette même direction, gardienne de l’orthodoxie. Et alors là, quel silence de ta part !
J’étais alors, avec des milliers d’autres, victime de procès en sorcellerie, accusé de vouloir liquider le communisme en France … Mais heureusement tu as pris les choses en main et ton score de 3,37 % à l’élection présidentielle de 2002 a dû contribuer à la renaissance des idées communistes en France ! »

Bob à la buvette du Sénat

Je ne peux trop me reconnaître dans ces mots, aussi ironiques soient-ils. Je me souviens, en 1997-1998, mes dernières années comme membre du PCF. Bob était alors « patron » du Parti. Moi, j’étais, sans qu’il ne le sache, dans la même ligne politique que François. Nous étions des rénovateurs, aux côtés de Guy Hermier. François était de ceux qui créent la pensée avec Guy. Moi j’écrivais dans l’hebdomadaire Futurs, sous pseudonyme. Etant par ailleurs salarié du quotidien La Marseillaise, il était peu envisageable - à l’époque - que je collabore à Futurs sous mon vrai nom. La faute en revient non pas aux dirigeants du journal mais bien à l’attitude de l’actionnaire principal, actionnaire dirigé alors par Bob, celui qui vient nous donner aujourd’hui des leçons de démocratie et de rénovation.Sans rire.

Nous défendions le « pôle de la radicalité », regroupement des gauches de transformation sociale, dont j’estime qu’il est la première ébauche théorique de ce qui est aujourd’hui le Front de Gauche. A l’époque, Robert Hue tirait à dia, pour faire du grand parti de la classe ouvrière un courant externe du PS. Sans manquer de flinguer tout ce qui dépassait.

A tout le moins, Bob a une constante : il aura toujours combattu tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un rassemblement autonome et conquérant face au PS. Aujourd’hui, il vient donc faire de la retape pour Stéphane Gatignon, servant au passage de marchepied médiatique à Dany le jaune. Las, il n’est guère récompensé et attend encore en vain qu’on veuille bien lui accorder un strapontin ministériel. Bientôt, fort heureusement, il ne restera plus rien de Bob l’épongé, tellement le PS l’aura essoré.

Tiens, je vais terminer par une anecdote qui m’est arrivée pendant les élections régionales. Je devais me rendre aux Coteaux de l’Orge, à Viry-Chatillon, dans le cadre de mon boulot. C’était un après-midi de pré printemps. Il faisait beau ce jour-là. Et là, sur qui tombé-je, à peine accompagné d’une personne qui semblait lui servir de guide ? Bob ! Plus épongé que jamais. Seul. Comme toujours. Comme il le restera à jamais. Quand je devrai écrire la nécro de Robert, je n’aurai en tête que cette image d’un nain de jardin abandonné dans un espace trop grand pour lui.

 

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Bonus vidéo : OTH “Euthanasie pour les vieux rockers”


Κραυγή του λαού : Alexis Tsipras lance son cri aux peuples

Meeting pluvieux, meeting heureux. Ou presque. Il n’y a que contre les parapluies que les centaines d’amis du Front de Gauche ont pesté ce lundi 21 mai. J’y retrouve Angelina et Arthur Fontel ainsi que l’éternel David Réveillault. Pour une fois, je ne suis pas de service d’ordre, vu que je dois écrire le compte-rendu du meeting pour le site du Parti de Gauche.

A quelques encablures de l’Assemblée nationale, où siégeront bientôt les représentants élus du peuple, il y a donc du monde à une heure inhabituelle : 18h30, pour accueillir chaleureusement Alexis Tsipras, que le peuple Grec a choisi comme incarnation de sa gauche. Dans la journée, il y a eu une réunion de travail importante. Et on en retrouve les participants sur la tribune : Martine Billard, co-présidente du Parti de Gauche ; Jean-Luc Mélenchon ; Maité Mola, co-présidente du Parti de la Gauche européenne, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. La conférence de presse « extraordinaire », selon Pierre Laurent, a vu l’ensemble des médias français se presser pour interroger celui qui incarne la rupture politique au niveau européen.

Sous la pluie battante, il me faut prendre des notes. Heureusement, un camarade, qui restera hélas anonyme, m’abrite sous son parapluie. Quand les orateurs arrivent, la douche froide ne calme personne. Et la clameur s’empare de la petite place Edouard-Herriot. A dire le vrai, c’est en héros que nous accueillons Alexis Tsipras.

Le leader actuel de la gauche grecque, qui a amené Syriza de 4,9 % des voix en 2009 à 16,5 %, est considéré comme le potentiel vainqueur du nouveau scrutin hellène, provoqué par l’absence de majorité parlementaire. Il aura lieu le 17 juin. Avant même qu’il n’ait lieu, la percée électorale de Syriza est le vrai événement politique en Europe. Rien n’aura été épargné à l’équivalent grec du Front de Gauche. Ni les menaces, ni le chantage sur le mode « si vous votez Syriza, c’est la sortie de l’euro ». Jean-Luc Mélenchon, concluant les interventions, rappelle que « rien ne permet à l’Union européenne de faire sortir un pays de l’euro ». Et de lancer à l’attention des dirigeants de Bruxelles, comme au nouveau locataire de l’Elysée : « Arrêtez de mépriser cet homme (Alexis Tsipras) ! Vous devez le recevoir et discuter sérieusement avec lui ! »

Photo : Mespetitesfables Angelina

Au demeurant, Alexis Tsipras est conscient de la responsabilité nouvelle qui est celle de son organisation. Il l’aborde avec humilité mais avec courage. « Le combat que nous menons, c’est le combat de tous les peuples d’Europe. C’est le combat contre l’austérité et pour la dignité ! », lance, dans sa langue, le chef de file des 52 députés de Syriza. Qui précise encore : « L’Europe n’appartient pas à madame Merkel. L’avenir de notre continent, c’est bien la démocratie et la cohésion sociale. Et, ce combat, nous allons le gagner ! Ensemble ! » Les militants, les amis, les passants lui répondent : « Résistance ! Résistance ! Résistance ! » Visiblement, il n’y a aucun problème de compréhension. Certes, le traducteur fait bien son travail mais, plus au fond, le langage du cœur abolit les frontières fussent-elles linguistiques.

Il s’agit plus que d’un élan de solidarité internationale romantique. Chacun a compris que, derrière « la guerre menée au peuple grec » selon les mots d’Alexis Tsipras, ce sont tous les peuples de l’Union européenne qui sont visés. Aussi, le rassemblement sur la place Edouard-Herriot est une étape, une « nouvelle rupture » rappelle Pierre Laurent, dans les batailles à venir pour les peuples unis. Alexis Tsipras appelle le peuple de France, celui qui « a ouvert la voie des possibles en donnant 4 millions de voix au Front de gauche », à se lancer dans la lutte au travers de « manifestations, de rassemblement, d’actes de solidarité concrets, pour que les gouvernements libéraux et sociaux-démocrates arrêtent leurs chantages contre les peuples ».

Jean-Luc Mélenchon montre que le message est bien passé. « Une brèche a été ouverte, comme nous l’avons annoncé, en Grèce. Il nous appartient maintenant d’ouvrir l’alternative. Nous ne sommes pas dans un jeu, mais dans un moment historique dans lequel nous avons tous un rôle à tenir ». A nouveau, l’assemblée répond : « Résistance ! Résistance ! Résistance ! » Puis, sous la pluie, chacun repart à son poste de combat. Le moral gonflé à bloc. La victoire de l’autre gauche est possible ! Nos cousins grecs nous en donnent la preuve par l’exemple.

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Bonus vidéo : Eric B & Rakim “Follow The Leader”


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