De Bastille à Toulouse, du rouge au noir

C’est maintenant définitif. Il y a quelque chose de pourri dans cette campagne. Je ne parle pas des turpitudes de MM. Raffy, Barbier et Placé. Ça, c’est la routine. Chacun est à sa place, défendant sa vision politique. Raffy et Barbier ne sont pas des journalistes, mais des éditorialistes. A ce titre, ils défendent une ligne et c’est leur droit. Et puis, aujourd’hui, franchement, leurs petites saillies d’idéologues, je m’en bats l’œil. Ce matin, ce n’était pas pareil, je le confesse. J’avais bien envie d’en tacler un et de donner quelques cours d’histoire à l’autre. Mais il y a eu Toulouse. Et tout bascule.

Parce que, ce matin – crime le plus atroce qui soit -, ce sont les enfants qui ont été pris pour cible. Qu’ils aient été abattus dans une école israélite rajoute le lourd soupçon d’anti-judaïsme à l’horreur. C’étaient des mômes, merde ! La cité de briques rouges, que l’on appelle improprement la ville rose, est désormais revêtue de noir. Le noir du deuil, pas celui des anars, pourtant nombreux sur les rives de la Garonne.

Les enquêteurs feraient le lien avec les assassinats de militaires commis les jours passés. Qu’ils fassent leur boulot.

Les mots manquent pour parler de ce crime, de l’émotion qu’il suscite. Tout est bouleversé. La joie, franche, que j’éprouvais encore ce matin, après la Bastille, a disparu. Les yeux sont brouillés, le cerveau aussi. Qu’écrire qui ait du sens ?

Peut être, une fois de plus, quand ce sont les enfants qui meurent de la violence déchaînée par les adultes, faut-il juste se rendre compte que notre contrat social est en charpie. Beaucoup de mots graves ont été prononcés depuis le début de cette campagne électorale. Des phrases, pensées par des idéologues, couchées sur le papier par des collaborateurs zélés et conscients. Des mots qui dépeignent la haine de l’autre, qui parlent d’une croyance religieuse comme d’une maladie que l’on attraperait en mangeant. Qui casher, qui halal.

Des belles personnes, donc, se sont torchées avec notre contrat social, avec notre devise républicaine : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Et à la fin, ce sont des enfants qui en meurent. Ça donne juste envie de vomir. Ou d’attraper la tête de ces salopards pour l’éclater contre le mur. Et puis, on se souvient que la violence entraîne la violence. On essuie les larmes naissantes. On tente de nettoyer le cerveau de ces élans émotifs qui, dans le fond, ne font que salir.

Et l’on constate que les mots posés n’ont servi qu’à cela : éviter d’en rajouter. Dire que l’on pense très fort à tous les enfants morts de la folie des adultes. A Toulouse comme en Palestine. Un enfant n’a pas de religion, pas de parti pris politique, pas de couleur.

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Illustration sonore : IAM "La Fin de leur monde"

À propos de Nathanaël Uhl

Militant du Parti communiste en Seine-Saint-Denis, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Fier d'être un #Blogchevik, membre de Place @ux blogs Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

7 responses to “De Bastille à Toulouse, du rouge au noir

  • Automne

    Je crois que cette tragédie parle d’elle même, et qu’il faut limiter les déclarations publiques, afin d’éviter l’exploitation de celle-ci.
    Entre nous, il me semble que le meurtrier – au vu de ses cibles successives (un soldat antillais, deux musulmans, quatre enfants et un enseignant juifs) – qu’il soit atteint de folie ou non, base ses actions sur une idéologie de haine de l’autre (j’ai pas envie d’épiloguer).
    J’ai l’impression que chaque massacre perpétré par lui a pour but de préciser sa pensée ‘politique’. La peur me tenaille qu’il ne continue à s’en prendre à des innocents, si la police ne parvient pas à l’arrêter très rapidement.

    Rien à dire de plus. Sinon que le meilleur rempart contre ces actes sont les droits de l’homme, la raison, le dialogue.

  • Osborn_Fildegar

    Qu’on me taxe d’affreux conspirationiste, de paranoaïque délirant;
    si je frémis, en sus de l’horreur des crimes, c’est de penser au coincidences du sacro-[sarko]-saint calendrier.

    En période électorale? Alors qu’une droite si dure, qu’on a pas fini d’en faire le triste état des lieux, semble sauver les meubles? Alors que l’extrême droite et la gauche vraie tirent de chaque bord les urnes? Rien de tel qu’un consensus national. Rien de telle qu’une cause fédératrice. Rien de tel que la PEUR.

    On repense alors aux années de plomb, ici où là, aux opérations -toujours "noires"- de déstabilisation… En faire ici l’inventaire serait illusoire tellement, des attentats à l’explosif jusqu’aux "assassinats ciblés", les exemples de terrorisme d’état foisonnent dans l’histoire.
    On repense enfin à la "Stratégie du Choc." telle que théorisée par Naomi Klein : faire passer la pilule amère de reformes impopulaires en profitant de l’état de choc, de stupeur infantile dans laquelle est encore l’opinion.
    Et instaurer enfin un régime "fort"…
    une… "France forte" ?

    • Durand

      Bonjour,

      Pas si parano que ça, à mon avis…
      Certaines des théories que vous avancez, vous pouvez les trouver sur le site de sytiNet, site très controversé…!
      Je crois fermement qu’il faut avoir un cerveau dérangé pour tuer des enfants, quelque soit la motivation.

      ***hypothèse 1 : le tueur est psychopathe et ce qu’il entend dans les médias le guide pour donner un sens à sa vie et à ce qu’il croit être un combat juste.
      Il a pu être influencé en ayant participé à des réunions de groupes extrémistes qui l’auraient conforté dans son délire.

      ***hypothèse 2 : un groupe extrémiste se sert de lui ou d’autres comme lui pour qu’il commettent des crimes (je dis plusieurs car sous un casque de motard il peut y avoir des individus différents).

      *** hypothèse 3 : votre théorie.

      Je n’ai pas de préférence pour l’une ou l’autre de ces hypothèses.

      Conclusion : les messages de solidarité et d’amour envoyés depuis plusieurs mois par le Font de Gauche à travers son candidat Jean-Luc Mélenchon correspondent donc bien à une réalité et à une nécessite dans ce monde fou du 21 ème siècle.
      Je sais que ces messages sont guidés par une honnêteté et une sincérité absolues.

      Il faut absolument que les citoyens se réveillent.

      Mariane.

  • Osborn_Fildegar

    P.S. :
    "La stratégie du choc." :
    Naomi Klein, Michael Winterbottom & Mat Whitecross
    Prod.: Renegade Pictures / Revolution Films

  • Crime raciste, campagne raciste, Sarkozy libère les pulsions racistes | Pensée Libre

    [...] et lire l’article de Talasrum, lire le communiqué de Marie-George Buffet, celui de Jean-Luc Mélenchon, lire aussi le cri du peuple, [...]

  • Annie

    @Osborn_Fildegar
    c’est à peu près ma première réaction. Je n’ai pas osé l’écrire, ni le dire.

    je me suis dit : j’attendais un truc de violence dans une banlieue, une provoc quelconque, et ils ont ça. Ils l’ont fait ? ou pas ? j’avoue que j’en doute. Ils sont capables de tant pour garder le pouvoir par la peur.

    quant à la statégie du choc de noémie j’hésite encore… ça dépolitise les gens aussi, c’est pas mieux.

    il faut que les gens fassent des analyses de classe. C’est ça le bon bout

  • Osborn_Fildegar

    Je sais… je suis (un peu) un emmerdeur… Ma pensée est parfois aussi paranoïaque que ce monde est cynique. Je ne suis pas né de l’angélisme du plan Marshall ni des Trente Glorieuses, mais plutôt du choc pétrolier et des années de plomb.

    Je n’ai rien pour étayer mes soupçons. Rien que des exemples rétrospectifs dans l’Histoire. Pas précisément de "biscuit" au sens journalistique ou policier.

    Puceau-Poucet du doute derrière la montagne de l’émotion, je tenais à semer, tôt, sur la toile quelques petits cailloux pour éventuellement ne pas perdre mon chemin. Tout en sachant que j’allais provoquer l’ire des émus ou des élus. Et voir mon post têtu, semé ici et là, "modéré" et banni illico.
    Or ça n’a pas raté: mes jeux de mots, -faciles, j’en conviens-, auront eu valeur de test pour vérifier quels organes (de presse) se révulsent, qui crient par réponse robotisée ou non, à la "diffamation".
    Pour ceux-là, il vaut mieux pour l’instant suivre l’agenda immanent et reconduire le traitement de choc, entre deux plages lucratives de publicité.

    Que je sois détrompé! Cela ne changera rien à l’horreur des crimes…
    Pour autant, et dès les premières heures, je ne me laisserai pas estourbir par la peur. Avec tel recours -froid- à la raison, il est heureux que personne ne m’ait appris, moi, à me servir d’un automatique 9mm ni d’un 11.43 "Colt Government"(sic.). (Objecteur, votre honneur.)

    Je préfère, de loin, les idées aux émotions.
    Je préfère les mots aux munitions.
    Et, frisson pour frisson, montage pour montage, les collages sonores aux manipulations:

    "Témérité des tueurs insanes." (remix) (Avril 2007) :
    http://panic.airlines.free.fr/PanicAirlines/Instr/temerite_rmx.mp3
    (*à propos des tueries du Brabant):
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Tueries_du_Brabant
    ____

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