A Lille, le fleuve socialiste sort de son lit

 

Je rentre de Lille fourbu, avec des courbatures et vraiment pas assez de sommeil dans les jambes. Mais, le meeting du Front de Gauche, tenu mardi 27 mars dans le Grand Palais de la capitale de Ch’Nord laissera d’autres traces. Et pas qu’en moi. J’en veux pour preuve, aussi ubuesques soient-elles, les nouvelles gentillesses dont les barons du Parti dit « socialiste » ne cessent de nous abreuver. Comme si nous avions besoin de cela pour puiser, au plus profond de nous mêmes, l’énergie pour nous renouveler sans cesse.

Message à Martine A : Nous, on sait pour qui et contre quoi on se bat. Pas besoin de nous le rappeler. On a même les adresses

Ce mardi soir donc, nous sommes en pleine « terre socialiste », selon l’expression consacrée. Il est vrai que dans le Nord et le Pas-de-Calais, le courant socialiste du mouvement ouvrier français est extrêmement puissant. Bien que divisé. Historiquement, depuis la scission de Tours, en décembre 1920, le courant socialiste et les communistes se disputent le leadership à gauche, synonyme de direction politique de la région. Le tournant libéral effectué par le parti dit « socialiste » depuis plusieurs années (je me garde de le dater puisqu’il y a gros débat sur ce point) a contribué à détourner bon nombre de citoyens de la politique. En témoignent les scores effrayants de l’abstention dans des villes ouvrières comme Roubaix où, accueilli par Silvère et Fredde, je dors lundi et mardi soir.

Mais revenons à ce qui, comme le souligne Jean-Luc Mélenchon devant la presse, à 15 000 (chiffres valables à 19h), on n’est plus dans un meeting mais « dans une manifestation en lieu couvert ». Comme d’habitude, je suis de service d’ordre et il nous faut fendre la foule pour amener Jean-Luc, Pierre Laurent et Martine Billard jusqu’à la scène en traversant la salle. Ça pousse de tous les côtés, ça hurle des « résistance ! », « résistance ! », « résistance ! » dès que nos porte-paroles entrent dans la salle. C’est dur, physiquement, de progresser. Pourtant, il faut permettre à nos trois orateurs de gagner la scène : les amis présents dans la salle sont venus les écouter. Et nous devons aussi veiller à ce que personne dans la salle ne se fasse de mal. Au bout de dix minutes, longues, très longues, on y parvient. Et là… Là, c’est la claque !

La salle du Grand Palais de Lille est pleine à craquer. Je parle au sens propre, quasiment. Je vais rapidement mesurer que, dehors, devant l’écran géant installé pour 3 000 personnes à la base, on est dépassés. Le parvis est noir de monde. Le boulevard qui passe devant la grande salle doit être, en urgence, interdit à la circulation alors que nous avons prévenu la direction départementale de la sécurité publique depuis des jours. Je ne veux pas croire le camarade qui me rapporte la réponse du directeur devant nos avertissements : « ho, ho… C’est pas François Hollande quand même… ». Bref, je me rends compte qu’on doit être dans les 23 000. Effectivement.

Avant de rentrer dans la foule, j’avais eu l’occasion de prendre un peu le tempo. Silvère, mon chef sur le coup et mon guide – mon ami surtout -, et moi, on regardait la salle se remplir. Le flot était ininterrompu. Et nous comptions les vagues. On s’est arrêté à la quinzième. « Et là, Nath, ce n’est que le métro. Les bus de la région arrivent de l’autre côté », me précisait le Silvère en ouvrant des grands yeux. Faut se le dire, c’est encore un truc historique que nous avons réussi à Lille. Je ne suis pas bien sûr que nous mêmes, militants, mesurions vraiment ce que nous sommes entrain de réaliser.

Dans cette salle, sur le parvis, sur le boulevard donc, il y a des jeunes. Enormément. Les copains de la Jeunesse communiste diront avoir fait 100 adhésions dans la soirée. Il y a des hommes, des femmes, des vieux, des ados même… De tout. Il y a ce peuple de gauche qui se rassemble et dans lequel, nous les militants, nous sommes minoritaires. Heureusement ! Et j’ai envie de dire que dans et autour de ce Grand Palais est rassemblé le socialisme du Nord et du Pas-de-Calais dans son ensemble. Enfin réuni depuis la scission de Tours que j’évoquais en introduction. Dans et autour de cette salle, entre têtes grises et jeunes pousses aux vestes placardées de badges ; entre ces autocollants CGT, SUD ou FO ; entre ces sourires d’hommes et ces visages concentrés de femmes ; là est concentrée, réunifiée, la famille des socialistes. Ces socialistes libertaires, j’en connais ; ces électeurs voire adhérents du PS ; ces militants du PC ; ces milliers de cœur qui cherchaient depuis des années à se retrouver, ils sont là. Ils se sourient. Ils se prennent dans les bras. Ils puisent l’un dans l’autre l’énergie pour partir à l’assaut de toutes les Bastille.

Oui, Lille est la « terre socialiste ». Et elle s’est choisie un programme : L’Humain d’abord. Et elle s’est dotée d’un outil dans le combat de classes : le Front de Gauche. Martine Billard, Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon, militants parmi les militants, peuvent prendre la parole.

Photo Stéphane Burlot

Il sera retenu des ces trois interventions pédagogiques les propos de Mélenchon sur Jérôme Cahuzac, la « tête à claques ». Son arrogance souveraine, nous, on l’a bien comprise. Et Jean-Luc de lui répondre : « Si le programme du PS est à prendre ou à laisser, on laisse ! ».

Faut-il que les snipers du parti dit « socialiste » soient bien pris de panique pour se laisser aller à ce genre de sornettes. Entre ça et le « votutile », il ne manquait que le mépris de classe et de caste envers le peuple. Heureusement, Jack Lang a réparé cette bévue : « Dans une période intermédiaire, il est normal que les électeurs gambadent et fassent l’école buissonnière », a ainsi déclaré l’ancien député du Pas-de-Calais en transit pour l(a place d)es Vosges.

Je comprends l’ire et l’incompréhension des ténors dits « socialistes ». Le peuple socialiste est désormais cette rivière qui quitte son lit pour irriguer tout le débat politique et qui a le beau nom de Front de Gauche.

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Bonus vidéo : Children Of Bodom « Oops I Did It Again »

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À propos de Nathanaël Uhl

Militant du Parti communiste en Seine-Saint-Denis, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Fier d'être un #Blogchevik, membre de Place @ux blogs Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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