Nitzer EBB + Depeche Mode @ Palais omnisports Paris Bercy, Paris, 2010, jan. 10th – live report

 

Parmi mes nombreuses perversions, la plus grave est sûrement celle-ci : je suis un fan indécrottable de Depeche Mode. J’ai découvert la bande de Basildon en 1983 et n’ai plus quitté le carré des fans hardcore depuis lors. Pour moi, l’année 2010 fut une année faste qui me permit de les voir deux fois : en juillet au stade de France puis en janvier 2011 à Bercy. Je vous livre ici la chronique de ce dernier concert, chronique écrite pour Métalchroniques, le webzine de mon ami Silvère.

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Un mercredi de janvier, il a plu sur Paris toute la journée, froid, pas mangé, alors ce sera la clope. Mais c’est sûr, pour rien au monde, je n’aurai raté ça : Depeche Mode et Nitzer Ebb en concert. Tu trouves que c’est une drôle d’affiche ? A cause de Nitzer EBB, plutôt electro indus underground, et Depeche Mode, grosse machine commerciale ? Cette affiche-là, garçon, faut que tu le saches : j’ai vu la même en 1987, à Toulouse, lors de la tournée « 101 ». C’est que Depeche Mode a toujours soutenu la scène que l’on a appelé Electro body music, d’autant que pas mal de leurs titres ont influencé la majeure partie des groupes de cette scène. Le tribute album industriel au groupe de Basildon s’appelle d’ailleurs « Children of Depeche Mode ». Mais revenons à nos moutons.

La grande salle de Bercy est comble. Plus une seule place dispo. 20 h pétantes, dans un décor dépouillé (c’est simple, il n’y en a pas), Nitzer Ebb arrive sur scène. Douglas McCarthy a depuis longtemps troqué ses rangers et son bermuda de l’armée anglaise pour le costard noir et la cravate. Mais l’énergie est là, intacte. Et il lui en faut pour bouger 20 000 personnes venues, toutes, pour voir Depeche Mode. 

D’entrée, les trois gars évoluant entre Londres et Los Angeles lancent leurs boucles sur lesquelles ils développent leur rythmique tribale. Et c’est bien là qu’on s’aperçoit que la musique de Nitzer Ebb est avant tout basée sur les percussions. Le rapport est totalement inversé par rapport aux productions actuelles : les beats ne servent pas de support mais constituent l’essence du son des fondateurs de l’Electronic Body Music, les boucles de synthé servent d’arrière-plan.

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Et, là-dessus, Douglas McCarthy se tortille, se déhanche, arpente la vaste scène de long en large pour la plus grande joie de cette minorité du public qui daigne lui accorder une oreille. Sa voix se fait plus gutturale lorsqu’il aborde « Down On Your Knees », titre d’ouverture de «Industrial Complex», nouvel opus de Nitzer Ebb. Ca racle, ça grince, ça cogne. Le son est nickel, autre avantage de bien connaître ceux pour qui on ouvre. Il est rare que la grosse locomotive offre à son « support band » de telles conditions de qualité sonore. Le trio originaire de l’Essex ne s’y trompe pas et passe le cap supérieur avec « My Door is Open »
La revue d’effectif est carré. Le nouvel album s’annonce fort (nous y reviendrons très bientôt). Mais après 40 minutes de show, c’est l’heure de quitter les lieux. Dans des conditions difficiles, surtout en raison de l’attitude du public, Nitzer EBB a rempli sa mission plus que correctement.

Faut dire que lorsqu’on arrive de Moscou ou d’Angleterre ou qu’on a assisté à toutes les précédentes dates françaises du «Tour Of The Universe», on est là que pour le trio mené par Dave Gahan. Pour assister à une sorte de cérémonie païenne, une « Black Celebration » dixit DM, dont le chanteur est le maître et l’objet principal. 

Assurément, un concert de Depeche Mode c’est avant tout cette communion extraordinaire entre Dave Gahan et le public. Alors que retentissent les premiers accords de « In Chains », il lui suffit d’un petit mouvement de bassin pour faire basculer l’intégralité du public, hommes et femmes confondus. La clameur couvre les premiers mots qu’il prononce et la transe débute alors que défilent les images concoctées par Anton Corbjin, grand illustrateur des tournées du groupe depuis des années. A mes côtés, un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt dix et cent kilos bien passés ne retient pas ses larmes. Il va chialer la moitié du concert. A côté, ça hurle, ça chante. Tout le temps. Sur un tiers des titres joués ce soir-là, Dave Gahan se passe de chanter les refrains. Tendant le micro à la salle, il se laisse porter par 20 000 gorges qui connaissent les paroles par cœur. C’est ça la communion Depeche Mode. Elle atteint son paroxysme sur les titres cultes que peuvent être, au choix, « Never Let Me Down » ou « A Question Of Time »… Là, Dave Gahan pourrait arrêter de chanter tout court tellement chacun le fait pour lui, avec lui.
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Mais comment se passer de son charisme, de son magnétisme, de cette sensualité animale dont il n’est jamais avare ? Il faut entendre la relecture de « Enjoy The Silence » pour saisir ce qu’il y a de sale dans Depeche Mode, un groupe dont les influences viennent bien autant du Sud profond des Etats-Unis que des banlieues ouvrières de Londres. Comme un pont entre les deux cultures, et qui fait du trio britannique un groupe réellement à part dans le paysage musical depuis pas loin de 30 ans. 
Mais le blues est bien la nouvelle ligne de crête de Depeche Mode, dessinée par la guitare que Martin Gore ne lâche que pour aller chanter trois morceaux. Le petit Martin, que l’on a connu jadis effacé par l’aura de son comparse de chanteur, a pris une sacrée envergure. Sur « Home », il prend son envol, battant des bras pour conduire le chœur du public comme un goéland quittant le pont d’un navire. Bien aidée par la sonorisation décidément super carrée, sa voix a une nouvelle profondeur que l’on goûte sur « Dressed in Black ». 
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Et puis, alors que Martin vient donc de lancer le rappel, vient le moment de l’apothéose. Sur « Stripped » se produit la « Black Celebration ». On y est. Le public chavire. Les larmes coulent sur des visages extatiques. La batterie jouée live achève de donner une épaisseur organique aux sombres mélopées synthétiques. La guitare, elle encore, grince à la limite, maîtrisée, du larsen. Mais elle va se lâcher, façon blues du bayou, pour un « Personnal Jesus » en forme de final démoniaque. Tu en doutais peut être, ami lecteur, mais Depeche Mode est un groupe de rock. Et c’est tout.

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Enjoy The Silence (live) »

 

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À propos de Nathanaël Uhl

Militant du Parti communiste en Seine-Saint-Denis, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Fier d'être un #Blogchevik, membre de Place @ux blogs Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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