Pour le droit à l’IVG: liberté, égalité, laïcité !

Ce matin donc, je participais à la protection du centre d’Interruption volontaire de grossesse (IVG) de l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris. Les catholiques intégristes du groupe « SOS tout petits » avaient qu’ils viendraient y tenir une « prière de rue ». L’occasion pour eux de faire pression sur les patientes ayant besoin de recourir à l’avortement. Nous avons été quelque 350 rassemblés pour empêcher cette irruption de l’obscurantisme dans l’espace public. Nous étions solidement encadrés par les CRS. Ma camarade Danielle Simonnet, conseillère PG de Paris, m’a raconté que le Préfet de Police de Paris, interpelé sur l’initiative des cathos intégristes, a estimé que cette prière « ne constitue pas un trouble à l’ordre public », laissant entendre que le trouble à l’ordre public était plutôt à chercher du côté des manifestants pro-choix…

Manifestation pro-choix devant le centre IVG Tenon

Je suis vraiment désolé qu’il faille encore se battre pour défendre le droit à l’avortement en 2011, 37 ans après sa légalisation par la « loi Veil ». D’autant que leur tentative de ce samedi 15 octobre n’est pas une première, comme l’explique cette note de blog de Danielle Simonnet. Sur un mode personnel, la question féministe et, surtout, le droit à l’avortement est quelque chose qui me parle assez intimement. Mon premier souvenir militant est, en effet, d’accompagner ma maman au Planning familial où, en tant que bénévole, elle tenait permanence. Ce devait être en 1974, j’avais tout juste 4 ans. Bref, pour revenir à la mobilisation de ce matin, elle a fait revenir quelques réflexions que je veux partager ici.

En premier lieu, l’IVG constitue aujourd’hui un droit, garanti par la loi depuis 1974. La possibilité d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse relève d’un droit plus fondamental : celui de la femme à disposer en conscience et en pleine liberté de son corps. Il y a des abrutis (j’emploie ici le neutre, puisqu’il y a aussi des abruties en la matière) pour croire que certaines se feraient avorter pour passer le temps. Il faut, comme cela m’est arrivé, avoir assisté une femme procédant à un avortement médicamenteux pour mesurer qu’il ne s’agit pas d’un geste sans conséquence, quelque chose qu’une femme ferait à la légère. La possibilité de l’IVG participe donc de l’émancipation des femmes, et elle est le résultat d’un très long combat. Aujourd’hui, le droit à l’IVG est remis en cause, essentiellement par l’obscurantisme religieux. En France, il est pour la majorité l’œuvre de groupuscules catholiques intégristes, dont j’ai pu mesurer ce matin qu’ils mobilisent – heureusement – moins que les pro-choix.

Reste que la liberté est un mot creux s’il n’y a pas les moyens pour les mettre en œuvre en toute égalité. Je considère que l’IVG, comme tout ce qui touche à la santé, ne devrait pas être soumis aux lois du marché. Il est dramatique que la loi qui prévoit que chaque centre hospitalier soit complété par une unité spécialisée dans l’IVG ne soit pas appliquée. J’ai grandi en province. J’y ai même vécu jusqu’à l’âge de 35 ans. A ce titre, je peux affirmer qu’il n’y a pas d’égalité dans le recours à l’IVG. Soit on a de l’argent et on peut aller en clinique privée, relativement discrètement. Soit on n’en dispose pas et alors là… commence la galère.

Manifestation pro-choix devant le centre IVG Tenon

Enfin, j’ai placé la défense de l’IVG sous les auspices de la laïcité. Le propos peut paraître déplacé. Reprenons donc les faits. Ceux qui veulent remettre en cause le droit à l’avortement jusqu’à faire abroger la « loi Veil » sont, à 95 %, des fanatiques religieux qui entendent voir leur credo s’imposer face aux lois humaines. La laïcité ne s’oppose pas à la religion, je l’ai déjà expliqué dans une autre note de blog. Mais la laïcité préserve l’espace public, l’espace commun, de l’intrusion du religieux. C’est ce que nous avons fait ce matin, physiquement, puisque le préfet de police n’a pas souhaité faire appliquer la loi. J’estime que la laïcité est essentielle pour que le droit à l’IVG soit pérennisé.

Et si les cathos traditionnalistes reviennent à Tenon ou ailleurs, qu’ils sachent bien qu’ils nous retrouverons face à eux. Déterminés et conscients.

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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