Rencontre avec Melissa Auf Der Maur

Voilà que je viens de recevoir la newsletter de Melissa Auf der Maur, qui ne conseille rien moins que de suivre et de s’associer au mouvement des « indignés » nord-américains Occupy Wall Street. L’occasion de ressortir une interview que j’ai réalisée avec elle à l’occasion de la sortie de son dernier album Out Of Our Minds. L’interview est parue chez mes grands amis de Métalchroniques.

xMadMx

Mélissa c'est la rousse, le rouge aux joues c'est moi

Métalchroniques : Ton premier album solo est sorti il y a six ans. N’est-ce pas un peu long entre deux sorties de disque ?

Mélissa : Il y a eu une longue tournée, 180 dates, en 2004. Puis, en 2005, j’ai commencé à travailler sur le projet « Out Of Our Minds ». Mais, dans le même temps, il y a eu pas mal de changements. Le premier a été l’indépendance qui fait que je suis aujourd’hui secrétaire, gérante… que je dirige seule ma carrière multidisciplinaire. Et puis, entre 2005 et 2010, il y a eu aussi beaucoup de changements technologiques, dans l’industrie musicale. Cela a eu des conséquences sur l’évolution de mes projets.

MC : Qu’est-ce qui t’a amené à faire le choix de l’indépendance ?

M. : Quand j’ai commencé à expliquer aux gens de Capitol records, mon ancien label, ce que je voulais faire, ils ne m’ont pas comprise. En fait, ce qui a ouvert les portes de ma créativité en grand, c’est bien la fin de ma relation avec eux. A ce moment-là, j’avais beaucoup d’incertitudes, je ne savais pas vraiment où je voulais aller, j’ai donc commencé à expérimenter. Mais au fond, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée.

MC : Revenons à ce nouvel album, Out Of Our Minds. Il semble aller bien plus loin que le précédent, dans une démarche qui fait que la musique suscite des images…

M. : En fait, quand j’écoute de la musique et à plus forte raison quand j’en écris, je vois des images et même des histoires… Mes racines sont à la fois la musique et les arts visuels. J’ai suivi les cours dans ces deux matières dans une école de beaux-arts où j’ai passé douze ans. J’ai donc commencé ma vie artistique de cette manière. A l’université, j’ai rejoins un groupe de rock en même temps que je faisais des études de photographie.

Après, avec Hole, quand la grande industrie s’est emparée de l’indie rock, j’étais uniquement focalisée sur la musique. Et d’un côté, c’était très frustrant. Il faut aussi dire que mon premier album a été très marqué par cet aspect, juste la musique. Pour cause, je l’ai essentiellement écrit dans les années 90 où seule la musique comptait. Mais avec ce deuxième disque, j’ai vraiment voulu décliner un projet sous plusieurs formes : le disque, le film, la bande dessinée mais aussi mon site internet.

MC : Quel a été l’accélérateur ? Il semble que la rencontre avec la réalisateur Tony Stone ait joué un grand rôle…

M. : J’ai en effet rencontré ce jeune réalisateur qui a produit Severed Ways. Quand je l’ai vu, j’ai tout de suite su que ce serait lui qui m’aiderait pour mon film. Parce que Out Of Our Minds est un film de fantasy rock. A cette époque, le disque était déjà bien avancé, avec plus de la moitié des titres prêts. Je l’ai donc laissé là pour avancer sur d’autres choses. Tony et moi avons travaillé pendant un an sur le film, comme deux personnes à égalité, et j’ai pu revenir au disque avec encore plus d’enthousiasme.

MC : Ce disque justement sonne beaucoup moins direct et plus travaillé que « Auf der Maur »…

M. : Il est effectivement plus atmosphérique, il y a aussi moins de textes… Je me suis d’ailleurs entourée de plus de monde pour le réaliser. Cela a amené différentes facettes à cet album. Mais il faut aussi savoir que mes influences vont bien au-delà de la musique rock. J’adore les Smiths ou Psychedelic Furs mais aussi la peinture, des états d’esprit, une certaine forme de psychédélisme… Tout cela m’influence pour composer.

MC : Les titres des morceaux traduisent ces influences diverses. On pourrait même évoquer une certaine forme d’ésotérisme, de symbolisme… Je pense par exemple à « Isis Speaks »…

M. : En fait, cela vient des rêves que je fais. Je trouve une partie de mes idées dans mes rêves. J’ai été chercher du côté inexploré de l’esprit. Un des thèmes de Out Of Our Minds, c’est de sortir de l’intellect pour chercher du côté du cœur, pour expérimenter d’autres choses. Je veux demander à l’auditeur de quitter son cerveau pour se lâcher. Je sais que ces questions sont anciennes, comme Isis… D’ailleurs, sur « 1 000 years », je demande si cette mélodie n’a pas été chantée ou pratiquée il y a des milliers d’années. Je crois qu’on connaît la réponse puisque, dans le fond, c’est toujours la même question qu’on se pose.

MC : Cet album sonne aussi bien plus sombre que tes précédentes créations.

M. : Il faut dire que, pendant quelques temps, les choses sont allées assez mal que ce soit pour moi comme pour la planète, individuellement et collectivement.

 

MC : D’ailleurs, dans le film, dans le clip qui accompagne le single « OOOM » comme dans les textes, peut-on sentir une attention particulière de ta part à l’environnement.

M. : Oui. Il faut reconnaître que notre terre mère est pillée, brisée. Pourtant, les nouvelles technologies peuvent nous aider à changer nos modes de consommation, notre manière de nous comporter vis-à-vis de la terre. Il faudrait instaurer des nouveaux rapports d’existence.

MC : Pour revenir au symbolisme, on dirait que tu as placé dans tes chansons, comme dans le film ou les vidéos, des signes, des sortes de balises, pour guider l’auditeur à faire son propre chemin.

M. : C’est tout à fait ça. J’aime beaucoup cette idée. C’est un voyage, à travers des sensations. Et tu as raison, il y a des signaux pour trouver son propre chemin. C’est ainsi qu’on voit un viking, une sorcière, qui sont des symboles anciens et universels. Le rock donne, lui, une touche plus moderne. Je crois que la musique est une des meilleures manières pour faire partager des choses. J’ai utilisé des formes d’expression assez simples pour pouvoir être comprise par le plus grand nombre de gens : la musique, le film, la bande dessinée, des arts populaires. Mais ce n’est pas parce que c’est populaire que ce n’est pas profond. Au fond, je veux que chacun trouve sa propre porte puis sa propre direction. De cette manière, les personnes vont se renforcer, devenir plus puissantes, pour progresser dans leur propre voie.

MC : Tu es très ctive sur Internet, avec ton site, facebook, myspace, twitter… Tu as lancé d’ailleurs une expérience pour la nouvelle année. Est-ce que tu as besoin de l’interactivité pour faire avancer ta vision ?

M. : Internet, cette interactivité, m’amène de la joie, du bonheur. Mais je ne m’en sers que sur le plan créatif et symbolique, il n’y a rien de privé. Pour revenir à cette expérience, « I Love Life », ma période préférée dans l’année, c’est « New Years Eve », le Nouvel An. A cette occasion, j’ai voulu développer quelque chose que les gens puissent s’approprier, auquel ils puissent participer, à un niveau international. Avec le site, je vois que j’ai des fans en Turquie, en Espagne, en France, au Brésil… Il y en a partout et, pour moi, c’est le plus important. Je préfère avoir un fan dans chaque pays que 1 000 dans un seul. Cela montre, une fois de plus, le côté universel de la musique, sa capacité à rassembler les gens.

MC : Pour finir, avec le film « OOOM », est-il juste de voir des clins d’œil à des réalisateurs tels que David Lynch ou David Cronenberg ?

M. :C’est un film sur les rêves, sur le subconscient, qui parle le langage des rêves. Et quel réalisateur a mieux exploré ce langage que David Lynch ? J’ai aussi été inspiré par le travail des surréalistes français… Il y a, là encore, des symboles, des signes.

MC : Et on découvrira de nouveaux signes lors de ton concert ?

M. : Tout à fait !

 

Site officiel : http://xmadmx.com/

 

 

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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