L’invité du mois: Nicolas Lambert

Avec ce post, j’inaugure une nouvelle rubrique « L’invité du mois ». J’y reprendrai in extenso l’article d’un blog qui m’a touché, ému, fait réfléchir… Alors que le web 2.0 met en avant les égos – je n’échappe pas à la règle, d’autant moins que j’assume un côté cabot -, il m’a semblé utile et sain de m’effacer l’espace d’une note pour donner la parole à un autre. Il s’agit évidemment d’une invitation à aller visiter le blog ainsi mis en lumière.

Ce mois-ci, j’invite donc Nicolas Lambert, cartographe de métier, militant du Parti de Gauche à Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne, autant dire une terre de mission pour notre sensibilité, et par ailleurs très actif sur twitter.

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Le SMIC à 1.700 euros, c’est possible !

 

« Oui c’est possible. L’humanité a déjà surmonté de nombreuses catastrophes. Derrière la crise du système capitaliste qui se déroule sous nos yeux, il y a la possibilité d’un monde meilleur. Nous devons la saisir. Elle est à notre portée. Encore faut-il que nous le décidions ».

SMIC riches pauvreté

Voilà comment commence le programme du Front de Gauche. Et oui, c’est possible. Tout l’enjeu de la campagne électorale qui s’amorce va être la. Il s’agira, pour nous, d’expliquer que ce que nous proposons n’a rien d’utopique. Nous ne sommes pas de doux rêveurs se projetant dans un monde idéal que nous penserions en fait inatteignable. Nous ne sommes pas non plus une force de témoignage qui œuvre à la mise en place d’une société meilleure pour un jour ou cela sera possible. Non ! Nous nous battons pour changer les choses concrètement ! Concrètement et maintenant ! C’est ce que nous appelons la radicalité concrète. « Nous on peut », comme l’écrit notre brillant économiste Jacques Généreux. Au Front de Gauche, nous savons quoi faire pour sortir de la crise, et nous savons concrètement comment le faire. C’est ce que je tente un peu, à ma manière, d’expliquer ici.

L’humain d’abord

Quelques jours avant la fête de l’Humanité, le programme partagé du front de gauche paraissait en librairie sous le titre L’Humain d’abord (Librio, 2€). Ce programme, fruit du dialogue permanent entre les 6 partis politiques réunis dans le Front de Gauche (Gauche unitaire, Parti communiste français, Parti de Gauche, Convergences et alternatives, Fédération pour une alternative sociale et écologique, République et socialisme) est clairement un outil qui vise à bouleverser la vie politique de notre pays et à réinventer la gauche en France et en Europe. L’Humain d’abord expose un cadre cohérent de mesures (qui doivent encore être discutées et affinées par le biais d’ateliers législatifs) visant à donner un horizon de progrès humain ainsi qu’une stratégie pour sortir de la crise. Que ce soit sous l’angle de la planification écologique, de la refondation des institutions (constituante, 6e République), ou de la définanciarisation de l’économie, ce programme partagé s’affirme indéniablement comme un outil d’affrontement du capital. Malgré la crise, la France n’a jamais été aussi riche. Il est temps de partager.

Partager les richesses

Depuis l’élection de Sarkozy, la politique menée en France a été une politique de classe au service de la classe dominante. Tandis que les exonérations en tout genre ont permis aux plus riches d’accumuler des fortunes considérables, la précarité et la pauvreté se sont accrues dans notre pays. Alors que le pouvoir d’achat des 10% les plus pauvres a augmenté de 13% entre 1990 et 2008, celui des 10% les plus riches a cru de 27%. En 2011, 45% des français n’ont pas eu les moyens de partir en vacances d’été. Bref, les inégalités se creusent. Il est temps de tourner la page de l’ère Sarkozy et de partager enfin les richesses, dans un pays plus riche que jamais.

Pour partager les richesses, le programme du Front de Gauche propose une batterie de mesures qui, lorsqu’on les combine, forment un tout cohérent. J’en donne ici quelques exemples :

– rétablissement des 35 heures effectives
– garantie du droit à la retraite à 60 ans à taux plein
– instauration d’un salaire maximum dans toutes les entreprises (écarts de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut)
– mise en place d’un revenu maximum à 360 000 € annuel (30 000 €/mois)
– assurer une réelle progressivité de l’impôt sur le revenu avec 14 tranches
– SMIC a 1700 euros
– Augmentation générale des salaires
– etc.

Parmi ces mesures, il y en a une en particulier qu’il faut prendre le temps d’expliquer. Il s’agit du SMIC à 1700 €, et derrière ca, l’idée générale qu’il est temps d’augmenter les salaires. Ça ne serait pas possible nous dit on. Voyons ca.

le SMIC à 1700 euros

Aujourd’hui, le SMIC est à 1365 euros brut, soit 1070 net/mois. Si le Front de Gauche arrive au pouvoir, il le passera à 1700 euros brut en début de législature, puis 1700 net en 2017. Or, quand on écrit cela, on nous réplique : « Dans ce contexte de crise, comment feront les petites entreprises pour supporter cette augmentation ? Comment faire alors que l’état est en faillite ? Vous n’y pensez pas, dans un monde ouvert il faut être compétitif !« . Si on veut être crédible, voilà les questions auxquelles il faudra répondre. J’essaye ici, d’apporter 6 éléments de réponse.

Pour changer la donne

François Delapierre, délégué général, et Martine Billard, députée de Paris et co-présidente du Parti de Gauche, lors de la manifestation contre l'austérité à Paris.

Premièrement, on nous a déjà fait le coup
A chaque fois que la gauche a arraché quelque chose dans ce pays, la droite disait : « ce n’est pas possible !« . On nous taxait d’utopiques. C’est vrai que ça devait faire rêver. Imaginez un peu, donner le droit pour les ouvriers de toucher un salaire sans travailler ou le droit de partir à la retraite avant la mort. Infaisable nous disaient-ils. Pourtant, les congés payés et la retraite à 60 ans ont été arrachés de dure lutte. Finalement, c’était possible non ? Vous avez-vu ? A chaque fois que le peuple veut faire progresser la société, la rendre plus juste, la droite le taxe d’archaïques, de menteurs ou même d’idiots. Il faut faire de la pédagogie disent-ils. Ne nous arrêtons pas à ca. Nous on peut je vous ai dit !

Deuxièmement, un peu d’humanisme
A ceux qui nous disent que le SMIC à 1700 euros, ça ne tient pas la route, nous devons leur rétorquer la question suivante : « est ce que ça tient la route une société où on demande aux salariés de vivre avec 1000 euros par mois ? Aujourd’hui, le SMIC, c’est 120 euros de plus que le seuil de pauvreté. Ça tient la route ca ? Peut on vivre décemment, se soigner, se loger, s’instruire avec 1000 €/mois ? » On l’a vu plus haut, notre pays n’a jamais été aussi riche. La richesse est le produit du travail collectif de la société toute entière. Nous avons le devoir moral de mieux repartir la richesse produite par tous. Nous le devons.

Troisièmement, les TPE PME
Aujourd’hui, 80% des salariés sont dans des TPE et PME. Ce sont elles qui font tourner l’économie et non nos « champions nationaux » du CAC40. Ça tombe bien, les petites et moyennes entreprises seront les grandes bénéficiaires d’une augmentation générale des salaires, et cela pour 2 raisons. Tout d’abord, aujourd’hui, ce ne sont pas les petites entreprises qui se gavent de dividendes, ce sont les entreprises du CAC40 qui, paradoxalement, sont proportionnellement beaucoup moins imposés. En 2011, l’entreprise Total, avec 10 milliards de bénéfices, n’a pas versé un euro au titre de l’impôt sur les sociétés. En moyenne, les entreprises de moins de 9 salariés sont taxés à 30%, les entreprises du CAC40 le sont seulement à 8%. Donc, si on taxe les revenus du capital pour augmenter les salaires, cela se fera forcement au profit des petites entreprises. CQFD ! Par ailleurs, ce qui fait tourner les entreprises, ce n’est pas le fait qu’elles doivent payer plus ou moins de « charges ». Ce qui compte, c’est le carnet de commande. Dans cette optique, une augmentation des bas salaires fera respirer l’économie. Car, les salaires des classes populaires vont forcément à un moment ou un autre, se retrouver dans la consommation et ainsi faire tourner l’économie réelle (ce qui n’est pas le cas des hauts revenus qui partent bien souvent dans la bulle spéculative. Au total, moins de 2% des des opérations financières financent des opérations économiques réelles). En augmentant les bas salaires, on rentre ainsi dans un cercle vertueux dont vont forcément bénéficier les entreprises :

Augmentation des salaires -> consommation -> le commerce repart -> le carnet de commande se remplit -> hausse du chiffre d’affaire -> l’augmentation des salaires n’est plus un problème.

Augmenter les salaires fera respirer l’économie. C’est la seule issue pour sortir de la crise. L’autre politique possible, c’est l’austérité, et on voit bien le résultat. A bon entendeur salut !

Quatrièmement, la mondialisation n’est pas un problème.
« Mais alors, les prix vont augmenter. Du coup, les consommateurs vont acheter les produits chinois, ou les fraises espagnoles. On est dans un monde ouvert bla bla bla… ». Tout d’abord, les TPE PME sont moins ouvertes à la concurrence que ce qu’on dit. Il faut arrêter avec le mythe du plombier Polonais. De plus, pour résister à la pression internationale sur le coût du travail, la réponse politique est simple : il faut se protéger. Et, plutôt que de privilégier des formes de protectionnisme unilatérales qui pourrait se transformer en protectionnisme nationaliste, il faudra plutôt œuvrer pour la mise en place d’un système de protectionnisme international multilatéral. Aujourd’hui, l’OMC puni les états qui ne respectent pas bien les règles du libre échange. Si on a réussit à mettre cela en place, on peut tout aussi bien en changer les règles. En attendant, pour résister aux agressions, nous ne nous interdirons pas de mettre en place au niveau européen mais aussi au niveau national, une certaine forme de protectionnisme social et écologique. Cela pourra passer notamment par la mise en place d’une taxe kilométrique qui permettra de taxer plus lourdement les produits qui viennent de plus loin : convergence sociale et écologique qui favorise aussi le commerce transfrontalier. Bref, pour mettre en place ces mesures, nous devront sortir d’un certain nombre de dispositions du traité de Lisbonne dont la pierre angulaire est la concurrence libre et non faussée. Si le peuple nous en donne le mandat, nous le ferons.

Enfin, certains disent qu’il faut demondialiser (Sapir, Montebourg), d’autres disent qu’il faut du protectionnisme (Todd), ou d’autres encore qu’il faut décapitaliser (P. Laurent). Derrière le vocabulaire, l’idée est là : les ouvriers du monde entier ne doivent pas être mis en concurrence les uns avec les autres pour faire pression sur les salaires. La mondialisation n’est pas un problème insoluble. Les gouvernements se sont auto infligés des règles dogmatiques pour servir les intérêts de quelques uns. Il n’y a pas de lois naturelles en économie, ce sont bien les gouvernements les maitres d’œuvre. Un gouvernement qui veut changer ces règles, le peut. Nous nous sommes mis des menottes en plastiques qu’on peut décider de briser à tout moment.

Cinquièmement, nous avons des marges de manœuvre budgétaires
Quoi qu’en disent les declinistes qui ne cessent de clamer haut et fort que l’état est en faillite, si on reprenait les 10 points qui sont passées des poches du travail a celles du capital en 25 ans, cela rapporterait 195 milliards d’euros par an. Je rappelle que le service de la dette qui nous effraie tant ne représente que 50 milliards par an. L’état a de quoi assurer la transition pour aider les entreprises en difficulté, notamment en favorisant le développement de l’économie sociale et solidaire. Les seuls perdants dans tout ça, seront ceux qui gagnent leur argent en dormant, ceux qui spéculent et qui ruinent la France en s’accaparant injustement les richesses.

Sixièmement, et sinon, vous proposez quoi d’autre ?
Mais ceux qui ne sont pas convaincues et qui veulent continuer comme aujourd’hui, on ne peut que leur dire qu’une chose : à la fin, c’est le peuple souverain qui décide. Le réponse à la crise, c’est le partage des richesses. Le partage est la seule stratégie crédible et plausible, et c’est une issue par le haut. Nous on propose la planification écologique, la 6e république, le partage des richesses… Et eux, l’austérité ? Montrez nous un endroit ou cette politique fonctionne ! Nulle part !

Nous on peut

« La meilleure forteresse des tyrans, c’est l’inertie des peuple » disait Machiavel. Le Front de Gauche est un outil et un programme que le peuple peut choisir de mettre en mouvement. Et, sachez le, si le peuple souverain le décide, tout ce qui est dans le programme du Front de Gauche sera appliqué ! La clef du succès, c’est l’implication populaire. Cela commence par chacun d’entre nous !


Épilogue : petit détour linguistique (Par Michel R)

Quelqu’un a attiré récemment mon attention sur l’origine du mot démocratie. Tout à fait éclairant, je reproduis ici, avec son autorisation, le contenu du mail qu’il m’a adressé.

Le nom Démocratie, est composé de deux mots: démos dont la traduction est “peuple” et kratein, qui renvoie à l’exercice d’une souveraineté. “Démos”, comme le français “peuple” peut désigner l’ensemble des citoyens, mais aussi par opposition aux “notables”, le petit peuple. C’est ce dernier sens que semble choisir Périclès lorsqu’il dit que les décisions dépendent ”de la majorité”, du plus grand nombre, car il est évident que le petit peuple forme cette majorité. “Kratein” est aussi un terme ambigu. Il implique l’idée de force (voir corporelle, de domination se distinguant du terme “arché” définissant l’exercice du pouvoir dans les autres forces politiques, par exemple: monarchie, et oligarchie. Que Périclès ai préféré “démocratie” à ”démarchie” est révélateur du sens à donner à ce nom, à savoir recours à la force populaire.

(Périclès de Claude Mossé, éditions Payot et Rivages-2005)

La force du peuple contre l’oligarchie, voici un bien bel encouragement au combat !

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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