La « rigueur » d’un plan de communication

La belle campagne de communication que voilà ! La conférence de presse de Fillon, ce lundi 7 novembre à midi, sonne comme le lancement quasi officiel de la campagne électorale 2012 de Nicolas Sarkozy. J’écris « sonne comme » puisque, dans les faits, Sarko est en campagne depuis le lendemain de son élection. Mais, je m’égare. Donc, écrivai-je, c’est une belle campagne de communication que voilà, dont la conférence de presse de Fillon est le point d’orgue. Contrairement à celles et ceux qui pensent que c’est « courageux », qu’il « fallait oser à six mois de la présidentielle » annoncer des mesures aussi impopulaires que celles annoncées par le premier sinistre, je dis : « mes chers amis, vous vous plantez ». Décryptons ensemble ce chef d’œuvre de la communication politique.

Accessoirement, ce qui va suivre est mon point de vue personnel, et je le nourris de 25 ans de militantisme et de 19 ans de pratique professionnelle dans la comm politique et institutionnelle.

Le 2e plan d'austérité de François Fillon

Donc, au début n’était pas la dette. J’ai déjà écrit que, à mon sens, il n’y avait pas de crise de la dette ni de l’euro. Las, vous êtes nombreux amis lecteurs, amies lectrices, à ne pas me croire. La dette et les déficits publics sont considérés par 33 % des Français comme les problèmes les plus importants pour le pays, devant le pouvoir d’achat et l’emploi, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France, paru dimanche 30 octobre (pile le jour de mon anniversaire soit dit en passant).

Il faut voir là le résultat d’un matraquage entamé il y a bien longtemps. Qui se souvient de Fillon, toujours le même, déclarant le 22 septembre 2007, « être à la tête d’un état en faillite » ? Tout commence là. Depuis, les déclarations brodant autour de ce thème se sont multipliées, alimentées par le pseudo crises du système financier international en 2008 puis par la pseudo crise de la dette. Cela étant, on nous a rabâché tout l’été que c’était la catastrophe, qu’on courait droit dans le mur, tout ça… Résultat, un premier plan d’austérité de 12 milliards d’euros annoncé le 24 août dernier. Dans l’indifférence quasi générale, à dire le vrai. En raclant les fonds de tiroir, on arrivera à mettre 300.000 personnes dans la rue contre l’austérité le 11 octobre suivant.

Entre ces 2 moments et depuis le dernier, il y a le long feuilleton grec qui a renforcé la peur du lendemain qui déchante. Allaient-ils payer ces fichus
Grecs ? Les Français allaient-ils devoir passer à la caisse pour ces danseuses hellènes ? Le tout accompagné de longues, très longues tirades médiatiques sur le thème « l’Europe est malade de la dette ». Le climat est bon, il est bien planté, la campagne de communication a porté ses fruits, vérifié par le sondage déjà mentionné.

Les syndicats ont appelé à manifester contre la rigueur

C’est dans ce contexte que, depuis quelques jours, la place parisienne : médias et états-majors politiques, bruisse de l’annonce du plan de rigueur 2 « le retour de la revanche ». Tous les possibles ont été évoqués. Dans un édito de l’Express, Christophe Barbier a évoqué la suppression d’une semaine de congés payés. Le gouvernement a laissé filtrer dans la presse qu’il travaillait sérieusement à mettre à place une deuxième journée de solidarité (travailler un jour férié sans être payé). Le Parti socialiste lui-même contribue à alimenter ce que je qualifie de psychose artificielle. Quelques heures avant l’annonce officielle du deuxième plan d’austérité, François Hollande, candidat du PS à la présidentielle, parle de « donner du sens à la rigueur », laissant entendre par là qu’il n’y pas d’autre voie. TINA* son amour…

Le moment est donc bien choisi pour une conférence de presse super pro, carrée comme jamais. Tout y est : mise en scène sobre à l’extrême, air gravissime de circonstance. « Même la tenue de Fillon est empreinte d’austérite: cravate et costumes sombres, très sombres », remarque Benjamin Sportouch, journaliste au service politique de L’Express, sur Twitter. Dans ce contexte, les mesures annoncées par François Fillon apparaissent presque « généreuses » et pas si injustes que cela aux yeux du grand public.
Pis : son antienne sur le « courage » va fonctionner. On prend les paris ?

Ajout de dernière minute: Jean-Luc Mélenchon vient de réagir dans le journal de la mi-journée sur France2. Ecoutez-le si vous voulez.

* TINA : acronyme à la mode, pour abrévier « There is no alternative ».

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Bonus vidéo : un autre point de vue sur la dette et la pseudo crise, Jacques Généreux invité de Salut les terriens!

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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