Je suis communiste

Donc, hier comme annoncé, malgré ma fort méchante humeur, je me suis rendu à cette réunion de campagne Front de Gauche, pour la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis. Je ne vais pas m’étendre sur son contenu ni sur sa teneur. Nous avons bien bossé mais sur des éléments assez techniques et méthodologiques : le rôle du directeur de campagne, le nombre de tracts et d’affiches, etc. Bref, rien de passionnant pour le lecteur ; quant aux militants, ils savent de quoi je parle et combien ce peut être fastidieux.

Cette pénible introduction passée, je m’en viens à mon sujet du jour. Ce qui me renvoie à la réunion d’hier soir est la manière dont les participantes et les participants se sont présentés. Et quand mon tour est arrivé, j’ai dit ce qui est vrai : « Nathanaël Uhl, communiste, membre du Parti de Gauche ». Voilà donc le vrai sujet de ce billet du mercredi : je suis communiste.

Je ne l’ai pas toujours été. Mes parents sont des soixante-huitards assez classiques, mon père m’a plutôt élevé à l’anticommunisme de gauche. Quand j’ai adhéré au PCF en 1988, son premier geste a été de m’offrir Les Communistes contre la révolution espagnole de Juan Gorkin, dirigeant de feu le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM), un parti communiste non stalinien espagnol qui a joué un rôle assez important pendant la Guerre civile espagnole. Et qui a souffert de la répression stalinienne.

Guerre civile espagnole 1096-1939

Je ne suis pas, malgré les apparences que je nourris moi-même, un stalinien. Pas du tout un « néo-stal », selon le mot de mon camarade du NPA Montreuil Thibault Blondin. Ce, pour des raisons que j’évoquerai sûrement un jour, qui tiennent autant d’une approche philosophique que de mes origines recomposées. Mais je suis profondément communiste.

Sachez-le, je voue une admiration sans bornes aux militants du Parti Communiste Français qui ont donné leur vie à leur idéal, sacrifié bien des choses dont il est difficile de mesurer l’ampleur tant que nous ne nous sommes pas approchés très près d’eux. J’ai eu cette chance, au fil de mon itinéraire de vie, de mes rencontres professionnelles (journaliste de métier, j’ai dû interviewer beaucoup de gens, dont pas mal de militants communistes d’hier et de demain), au fil encore de mon implication politique.

Quand j’écris ces lignes, me viennent des visages extrêmement proches et très chers en tête : je pense à Claire Huot, mon amie de Montreuil qui pleure de voir tant de gens en quête d’un logement décent en 2011 ; je songe à Andréa, le Cadurcin qui tient les piquets de grève avant d’aller bosser ; je pense à Thierry, mon premier dirigeant départemental des Jeunesses communistes du Tarn qui essayait de vivre en tant qu’apiculteur en même temps qu’il construisait l’organisation dans un département pas forcément facile… Je pense à Henriette Zoughebi, qui passe aujourd’hui au tribunal correctionnel… Je pense à Gérard qui a adhéré au PCF le jour où il a commencé à bosser parce qu’il s’est retrouvé au métro Charonne le jour précis du massacre du même nom. Tous ces visages m’ont guidé dans mon cheminement.

Bref. Je suis communiste parce que je considère que la lutte des classes existe, qu’elle se durcit même chaque jour. J’appartiens au camp de ceux qui refusent le capitalisme qui « épuise la Terre autant que le Travailleur », selon les mots de Marx. Je crois que ce système inique n’a que trop duré et que seule une révolution populaire, de masse et de classe, y mettra fin. Mes références idéologiques sont nourries des auteurs communistes : Lénine, Gramsci et je n’ai même pas la décence de m’en référer à Jaurès pour autre chose que la République sociale et le pacifisme. En même temps, j’appartiens à cette sensibilité qui inscrit le communisme dans une tradition bien française, définie brillamment par Roger Martelli et qui explique son ancrage profond dans la société française.

Cette révolution, que j’appelle de mes vœux et à la réalisation de laquelle j’estime, à ma modeste place, contribuer chaque jour, je la rêve pacifique. Je veux croire que l’éducation populaire amènera la conscientisation des masses, selon nos belles expressions un brin surannées, et le changement du rapport des forces en faveur d’une gauche de transformation radicale de la société. Le peuple conscient de sa force et des enjeux politiques se réappropriera, par la voix des urnes autant que des mobilisations politico-sociales (je refuse d’opposer les deux), à la fois l’appareil de production et les leviers d’exercice du pouvoir. Et, ensemble, à la fin, nous abattrons la chimère capitaliste.

« Alors, pourquoi n’es-tu pas au Parti Communiste ? », pourraient s’interroger certains d’entre vous. Ce, d’autant plus aisément que j’ai été membre de cette magnifique organisation, aux errements violents je l’admets, pendant dix ans et que j’en suis particulièrement fier. Ma rupture avec le PCF remonte à 1998 et à la « mutation » imposée par Robert Hue. J’ai alors considéré que ce monsieur transformait mon parti en courant externe du Parti socialiste. Ce qui, pour moi et au regard de ma vision des choses était proprement inacceptable.

S’en sont suivies quelques années d’errance jusqu’à ce que je rejoigne le Parti de Gauche. Parti dans lequel je me retrouve, pour une fois, sans aucune schizophrénie politique. Je peux y être totalement moi-même : en construction d’un communisme dépouillé de ses oripeaux staliniens, de ses avatars aux couleurs de caserne, selon les mots de Georges Marchais.

Je peux être moi-même communiste au sein du Parti de Gauche d’autant plus aisément que notre parti n’a pas vocation à perdurer au travers des décennies. Nous ambitionnons en effet de construire une force politique nouvelle qui rassemblerait enfin toute la gauche de transformation sociale. Composant cette gauche de transformation sociale, je dénombre les communistes membres comme moi du PG, ceux toujours adhérents du PCF, les communistes de la FASE, les anciens communistes de carte toujours communistes de cœur qui ne se reconnaissent dans aucun parti existant… Et tous ceux qui, sans appartenir à notre famille de pensée commune, partagent notre volonté de changer le système en profondeur : des libertaires aux réformistes conséquents, à savoir ceux qui utilisent la réforme pour abolir le système existant, au premier rang desquels figure notre désormais candidat commun : Jean-Luc Mélenchon.

Voilà. Il me semblait important, un mois après l’ouverture de ce petit blog, de partager cela avec vous. Comme ça, personne ne pourra dire qu’il y a tromperie sur la marchandise.

 

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Bonus vidéo : Cyril Mokaiesh « Communiste »

 

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

8 responses to “Je suis communiste

  • Tontonfrog

    À part que je ne aie jamais adhéré au PCF, je me retrouve pleinement dans ton cheminement et tes idées. On pourrait être amis… Comment ?… Déjà ?… Bon ben tant mieux !

    • lecridupeuple

      Mort de rire Tonton !
      Bon, je dois venir chercher un saucisson, si je me souviens bien.

      En passant, je suis super content de recevoir des textos de toi comme celui d’aujourd’hui (le sujet mis à part). Tu as dit « oui ».

  • Simon ULRICH (@simonulrich51)

    Le livre de Roger Martelli est juste super. Dernier livre que j’ai lu avant mon départ vers l’écosse.

    Et j’aime l’article. Moi aussi issu d’une famille socialiste, aujourd’hui, je me considère à titre personnel, par l’action et le militantisme au sein du PG, membre des deux familles. J’ai la sensation de revenir aux origines, de reformer la famille séparée au congrès de tour, laissant le libéralisme aux radicaux-socialistes (PS), menant avec tous les camarades du FdG la lutte pour ce socialisme révolutionnaire.

  • tenshu

    Tout de même, j’ai adhéré au PG moi aussi mais par ce que je suis un Jaurèssien jusqu’au bout. Sur ce point le congrés de lancement du PG a été très clair, nous sommes un parti socialiste républicain.
    Je sais que le mot Communisme peut revêtir des dizaines de signification, Jaurès lui même là employé. Néanmoins je suis curieux de savoir si tu n’a pas peur de te voir déçu par les propositions du PG.

    Dans le sens ou la collectivisation des moyens de production n’est pa sun de ces objectifs explicite, où la lutte des classes est au second plan par rapport à la révolution démocratique.

    Je suis curieux d’avoir ton point de vu.

    • lecridupeuple

      Disons que la sensibilité dans laquelle tu te reconnais n’est qu’une composante du parti creuset qu’entend être le PG. Il rassemble aussi des décroissants, des écologistes radicaux. Donc, je suis une sensibilité minoritaire, comme pratiquement toutes, au sein du Parti.

      Après ce qui m’intéresse, c’est moins le PG avec son programme que le PG avec sa dynamique de disparition à terme. Le PG sans le Front de Gauche ne m’intéresse pas. J’ai rejoint ce parti dès sa création, un peu avant même, parce que je savais que nous lancions le Front de Gauche dans la perspective de créer la force politique nouvelle. Pour moi, les partis ne sont que des outils valables à un moment politique donné. Il faut les adapter à chaque situation nouvelle. Ou en changer.

      Donc, le programme ne m’importe que peu, parce que je sais que, dans la force politique nouvelle, la socialisation des moyens de production y figurera 🙂

      • tenshu

        C’est bien, c’est optimiste en tout cas!
        Même si je suis beaucoup plus sceptique sur l’avènement du parti creuset que nous voulions au lancement du PG sur el modèle Die Linke.

        On ne peut pas le reprocher au PCF mais tout de même c’est foutrement dommage.

  • Alain Péchon

    discours de Jaurès, en 1900, à Lille !

    Par conséquent, au nom de la lutte de classes, nous pouvons nous reconnaître entre nous pour les directions générales de la bataille à livrer ; mais, quand il s’agira de déterminer dans quelle mesure nous devons nous engager, dans l’affaire Dreyfus, ou dans quelle mesure les socialistes peuvent pénétrer dans les pouvoirs publics, il vous sera impossible de résoudre cette question en vous bornant à invoquer la formule générale de la lutte de classes.

    Dans chaque cas particulier, il faudra que vous examiniez l’intérêt particulier du prolétariat. C’est donc une question de tactique et nous ne disons pas autre chose. (Applaudissements répétés.)

    De même, il n’est pas possible que vous prétendiez introduire le principe de la lutte de classes en disant, comme le font souvent nos contradicteurs, que le Parti Socialiste doit toujours être un parti d’opposition. Je dis qu’une pareille formule est singulièrement équivoque et singulièrement dangereuse.

    Oui, le Parti Socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste, c’est-à-dire que tous nos actes, toutes nos pensées, toute notre propagande, tous nos votes doivent être dirigés vers la suppression la plus rapide possible de l’iniquité capitaliste. Mais, de ce que le Parti Socialiste est donc essentiellement, un parti d’opposition à tout le système social, il ne résulte pas que nous n’ayons à faire aucune différence entre les différents partis bourgeois et entre les différents gouvernements bourgeois qui se succèdent.

    Ah oui ! la société d’aujourd’hui est divisée entre capitalistes et prolétaires ; mais, en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, par le retour offensif de la barbarie féodale, de la toute-puissance de l’Eglise, et c’est le devoir des socialistes, quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passés paraissent renaître, c’est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière. (Applaudissements bruyants et prolongés.)

    Je suis étonné, vraiment, d’avoir à rappeler ces vérités élémentaires qui devraient être le patrimoine et la règle, de tous les socialistes. C’est Marx lui-même qui a écrit cette parole admirable de netteté :  » Nous socialistes révolutionnaires, nous sommes avec le prolétariat contre la bourgeoisie et avec la bourgeoisie contre les hobereaux et les prêtres.  » (Vifs applaudissements.)

  • ElleElle18

    Je suis touchée par votre témoignage. et ravie de voir qu’on partage des chemins finalement similaires.

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