Monsieur le président, les commémorations ont un sens !

En ce 11 novembre, chacun aurait pu penser que le temps était au recueillement, à la mémoire, à un salutaire retour sur notre histoire commune à nous peuples d’Europe. Au Parti de Gauche, nous avons une réflexion sur le premier conflit mondial, sa nature profonde, ce qui distingue cette guerre des autres. Ce qui l’inscrit dans l’histoire comme spécifique. Sans exiger que notre vision soit prise pour argent comptant, nous aurions pu penser que le moment était à débattre sur ce temps de notre histoire.

Las, l’omni-candidat Sarkozy a jugé bon, non de s’inscrire dans l’Histoire et la réflexion, mais de pousser les feux de sa réécriture de l’histoire. En effet, il a sauté sur l’occasion de cette commémoration, la première sans présence d’anciens combattants de 1914-1918, pour lancer l’idée d’un Memorial Day français. Il s’agit de transformer le 11 novembre en « jour du souvenir » des morts pour la France, toutes guerres confondues, qu’il s’agisse des morts de la première guerre mondiale ou de ceux morts en Afghanistan, des victimes des guerres coloniales à celles de la guerre de Corée. Bref, un grand amalgame dont la seule logique est de rendre hommage à « celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays ». La belle affaire que voilà !
Nous retrouvons là une tendance lourde de la pensée dominante en historiographie : tous les morts se valent. Les victimes de la barbarie nazie équivalent aux militaires de métier morts« pour aller combattre le communisme » sur le T-Bone en 1953. Les conscrits envoyés en Algérie mourir pour empêcher le peuple d’obtenir son indépendance équivaudraient aux volontaires partis en Afghanistan donner les moyens à la France de réintégrer l’OTAN… Bientôt, pourquoi ne pas mettre les gendarmes décédés dans l’assaut barbare de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie sur le même pied d’égalité que les Kanaks morts au front entre 1914 et 1918 pour permettre aux capitalistes français de trouver un débouché à leurs productions, débouchés que les colonies ne leur offraient plus ?
Oui, c’est évident, ces quelques lignes évoquent des sujets bien différents. Et c’est ce que tente de faire l’UMP dans sa reconstruction idéologique de l’histoire et, par là même, de la France.
A titre personnel, sans engager l’organisation à laquelle j’appartiens, je m’oppose à la multiplication des journées mémorielles imposées par le pouvoir, qui sont autant de moyens de tenter de récupérer à son profit des éléments de l’histoire. L’Histoire, justement, est chose trop sérieuse et trop importante pour chacun d’entre nous, pour qu’elle fasse l’objet d’aussi basses manœuvres.
C’est aussi pour cela qu’il faut rejeter la nouvelle tentative d’amalgame à laquelle se livre la droite. Les commémorations sont des symboles, certes, mais elles constituent aussi des moments pour se retourner sur soi, un soi collectif pour le coup. C’est d’ailleurs pour cela que, à Montreuil, nous nous sommes toujours opposés aux tentatives de travestissement des journées commémoratives orchestrées par la municipalité.
Non seulement les commémorations ont un sens mais elles font sens.
Pour compléter cette note, je vous renvoie à la lecture du courrier qu’André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme, a envoyé hier au président de la République sur le même sujet.
————————————————————-
Note rédigée pour le blog 93100dessusdessous auquel je collabore, en tant que militant du Parti de Gauche à Montreuil.

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

Les commentaires sont désactivés.

%d blogueurs aiment cette page :