« Le capitaine de pédalo » et la violence en éfigie : les raisins de notre colère

Je prends le temps d’une courte note rassemblant des écrits précédents puisque revient, dans le temps de la campagne électorale, la question de la violence que les belles personnes prêtent à Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche à la présidentielle. Sa très commentée sortie dans le Journal du Dimanche sur « le capitaine de pédalo », adressée à François Hollande, a de nouveau attiré sur notre candidat les foudres des esprits qui s’autoproclament éclairés.

Je vous livre ici le passage d’un blog Désirs d’avenir réagissant aux propos de Jean-Luc et tentant de prendre de la distance avec l’émotion. Jugez par vous même de ce qu’il convient d’en penser :

Le pari de Jean-Luc Mélenchon est là. Réveiller par l’outrance et la violence des mots cette France groggy par les coups de boutoir de la crise, quitte à mettre au bout d’une pique médiatique la tête de celui qui incarne malgré tout l’espoir de la gauche, l’espoir d’une France débarrassée de Nicolas Sarkozy. Cette stratégie de Jean-Luc Mélenchon peut être payante électoralement s’il réussi le pari de ramener à lui l’électorat populaire.

J’ai eu pour ma part l’occasion de m’exprimer dans les colonnes du Cri du peuple sur « la haine qui m’incarne ». Pour compléter ces mots personnels et rebondir sur l’analyse que dresse le blog « Louise Michel », je veux tout de même partager avec vous deux écrits que j’ai produits.

Le premier est un condensé de mon intervention au congrès du Parti de Gauche, tenu au Mans en novembre 2010.

« Chers camarades,

Initialement, je voulais intervenir sur l’enjeu de l’élargissement du Front de gauche et, plus particulièrement, sur la nécessité de lancer en grand les partisans du Front de gauche. Et puis, ce matin, une rencontre avec des journalistes m’a amené quelques réflexions que je veux partager avec vous.

Tout part de cette remarque d’une journaliste estimant que Jean-Luc Mélenchon se montre « agressif »… Je ne pense pas qu’il s’agisse d’agressivité mais de l’expression d’une saine colère.

De quoi parlons nous ? La droite est entrée dans une nouvelle étape de radicalisation idéologique que nous diagnostiquons à bien des égards comme une forme de « thatcherisation ». Profitant de la capitulation en rase campagne de la social-démocratie, cette réaction se fixe comme objectif l’élimination, l’éradication, du mouvement social et de ses organisations syndicales et politiques ! C’est avec cette analyse que l’on comprend mieux l’attitude de la droite durant la bataille pour les retraites.

Voilà qui alimente la colère d’une majorité de notre peuple, colère qui confine à la rage. Cette rage, noire pour l’heure, qui peut virer au rouge détruisant tout sur son passage !

Je partage cette colère – et je suis sûr que vous tous ici aussi la partagez. Elle est même notre raison d’être ! Je souhaite pour notre parti qu’il soit le creuset de cette colère, son étendard, son débouché.

Je veux conclure en paraphrasant Villiers de l’Isle-Adam évoquant la Commune de Paris, une autre expérience creuset : « La gauche a survécu. Le soleil brille sur la Révolte. L’indomptable Liberté s’est relevée, chancelante mais appuyée sur tous ses drapeaux rouges.« 

Quelques jours plus tard, j’étais sollicité par mes camarades de comité pour rédiger l’éditorial du Petit journal du PG Montreuil n°2. Voici ce que j’ai écrit alors :

Nous ne sommes pas des gens bien élevés !

« Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas ! » Que cette petite phrase a fait couler d’encre ! Comme si le congrès du Parti de Gauche se réduisait à ce propos de Jean-Luc Mélenchon… Et, au final, pourquoi pas ?

A regarder le monde tel qu’il va, chacun peut ressentir au quotidien une saine colère. Colère quand le gouvernement sacrifie, au travers des retraites, le premier pan de notre système solidaire de protection sociale aux géants de la finances et aux fonds de pension. Colère face au démantèlement des services publics, derniers remparts contre l’exclusion pour trop d’entre nous. Colère face à la traque organisée contre les immigrés dits « sans papiers ». Colère quand, en Irlande, le Fonds Monétaire International fait baisser de plus d’un euro le salaire minimum horaire…

Au Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone fait le choix des partenariats publics privés pour la construction de collèges et réduit de façon drastique les subventions aux associations culturelles et sportives… Là encore, de quoi enrager !

A Montreuil, la fermeture du Centre municipal de santé Voltaire va encore réduire l’accès de nos concitoyens aux soins les plus élémentaires, tandis que le projet d’éco-quartier dans le haut Montreuil se dessine comme une arme de guerre contre les couches populaires.

A voir cela, nous vient l’envie de renverser la table ! Et c’est ce que nous ambitionnons. Nous sommes la colère, celle qui déplace les montagnes pour ouvrir la voie aux lendemains qui chantent ! Ne comptez pas sur nous pour devenir raisonnable.

éditorial du numéro 2

Je termine, parce qu’il n’y a guère à rajouter que dans le débat que vous voudrez, sûrement, alimenter, en disant que je suis entrain de finir de préciser ma réflexion sur la violence en politique, pour une note que je vous annonce depuis quelques semaines.

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Bonus vidéo : La Canaille « La Colère« 

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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