Motörhead @ le Zénith – 2011, nov. 21st – live report

La journée a été rude. J’ai un peu les nerfs à fleur de peau. Mais voilà, j’ai ma place pour Motörhead dans la poche et je suis aux portes du Zénith. Evidemment, direction le bar. Faut se frayer un chemin parmi le public qui se presse. C’est cool, malgré mes 40 berges, je fais pas vieux. Au zinc, je commande un demi de San Pellegrino sec et sans glace. Rock n’roll ou pas ? Comme je ne me suis pas renseigné, je ne sais pas qui joue en première partie. Bon… On va être poli et aller jeter une oreille.

Putain la claque ! C’est No One Is Innocent ! Merde ! Toutes guitares en avant, le chanteur Kémar toujours aussi énervé depuis que je les ai vus la première fois, ça doit remonter à 1994. Je vous dis pas comment ça me fait frissonner de voir ce groupe français, assez marqué gauche radicale – ils vont jouer Suerte en hommage à Salvador Allende -, jouer devant un public pas forcément très raccord avec les idées portées. Je ne dis pas que tous les fans de Motörhead sont des gros beaufs réacs. Je suis un fan hardcore de la bande à Lemmy et je ne crois pas que vous me classiez à droite. Mais revenons à No One Is Innocent.

Live @ Zénith - 2011, nov. 21 st

La rage au ventre, leurs riffs déchirent un Zénith plein à craquer. « Ne reste-t-il que la guerre pour tuer le silence », hurle Kémar, bondissant d’un bout à l’autre de la scène. Sur cette fin de première partie (ça m’apprendra à arriver à l’heure la prochaine fois), ce sont leurs « tubes » qui déboulent et mettent déjà bien en transe le public. Putain de moi, faut que je checke leur prochain concert, de préférence en guest star. Car, évidemment, je ne vois que quatre titres et j’ai un solide goût de revenez-y.

Le temps que le Road crew parachève la mise en place, c’est donc le début de la « messe païenne », selon le mot de mon ami Laurent Malagnoux * à qui ce papier est dédicacé. Tout va bien, j’ai laissé mon cerveau au vestiaire. Une clope. Et oui, quand on est vieux, comme la moitié de l’assistance, on s’en tape de l’interdiction de fumer placardée partout. Et question que ça tape, ça commence en fanfare avec Bomber, version vieux rock suintant des familles. Faut dire que Motörhead, c’est juste une bande de punks qui jouent du blues-rock un peu speedé aux amphétamines. Rien de plus, rien de moins. Et faut savoir aussi que l’Angleterre d’où débarquent Lemmy et ses potes, c’est l’autre pays du blues.

Live @ Zénith - 2011, nov. 21st

Le ton est donné et ça continue au fil des titres alternant entre extrait heavy boogie du dernier opus, The World Is Yours, et oldies indécrottables comme ce Stay Clean aux saturations de guitares étouffées. C’est moite et pesant. A peine la rythmique pour aérer l’ensemble ou, à tout le moins, donner au bassin de furieuses envies de se déhancher.

C’est sale, donc ; ça sent le mauvais whisky, la sueur et le sperme rance sur Orgasmatron, aux lueurs aussi glauques qu’un marécage dans le bayou. A ce stade, on s’en fout. Les jeunots, effrayés par le pogo qui a commencé sur Over The Top¸ ont battu en retraite depuis longtemps. Ils avaient dû croire que le solo pourri version Santana, avec réverb’ et échos, cinq minutes de torture, laissé à Phil Campbell, allait les ramener à la civilisation. Tu parles.

The Chase Is Better Than The Catch sonne le retour aux sources crasseuses. La batterie, rythmes telluriques martelés aux toms, te retourne le bide pendant que la guitare, revenue à de meilleurs sentiments, se fait bien vicelarde pour faire saigner les esgourdes.

Live @ Zénith - 2011, nov. 21st

Après la pause, le combo laisse croire que le repos va continuer. Whorehouse Blues joué en acoustique voit même Lemmy s’essayer à l’harmonica. Convaincant le bonhomme. Qui laisse du coup reposer sa voix de plus en plus éraillée. Mais c’est la dernière ligne droite, on le sait bien. A peine le temps d’une transition silencieuse et c’est Ace Of Spades qui déboule à 200 miles à l’heure dans ta face. Ne songe même à rependre ton souffle parce que là, c’est l’hallali. Overkill te concasse ce qu’il te restait de raison à grands coups de rangeos. Et le pire, c’est qu’au 2e break, tu t’entends hurler « Encore !!! ».

Mais c’est fini. Une heure trente aux compteurs. Question énergie, ils ont tout donné. Et, tel un zombie, tu te laisses porter par la foule direction la sortie.

Motörhead, c’est juste le groupe qui te demande de poser ton cerveau à l’entrée de la salle de concert pour rendre hommage à Fritz Lang. Le dernier groupe de rock en activité.

› Le site officiel de No One Is Innocent

› Le site officiel de Motörhead

 

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Bonus  vidéo : Motörhead « Ace Of Spades (live) »

 

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

3 responses to “Motörhead @ le Zénith – 2011, nov. 21st – live report

  • lemexicain25

    Je ne suis pas d’accord à 100% avec ta dernière phrase, mais Motörhead est effectivement l’un des derniers grands monuments du rock à tenir encore debout en 2011. Je n’ai jamais eu la chance de les voir en concert, j’aimerais beaucoup pouvoir le faire avant que Lemmy ne casse sa pipe… En tout cas ça fait plaisir de voir que je ne suis pas le seul rockeur du PG !

  • Yves Daniel

    Je ne brandis pas ma guitare
    Dans des poses guerrières
    Je ne cris pas que j’en ai marre
    Et que l’homme me désespère
    Bien à l’abri des bagarres
    Sur les scènes humanitaires

    Humble écolier du grand Homère
    Un tambourin pour mandore
    Je vais par monts et par galères
    Chantant mes vers de Mirliflore
    Haussant le ton, mais sans colère
    Quand les cuistres matamorent

    Rien à voir avec ces phares
    Eblouis de leurs lumières
    Qui au son de la fanfare
    « Nouvel Ordre Planétaire »
    Voudraient guider leurs barbares
    Vers quelque Eden unitaire

    Je ne suis qu’un pauvre trouvère
    Ambulant et herbivore
    Ruminant des pensées altières
    Sur les chemins qu’il explore
    De là je tiens mon magistère
    Qu’aux sommets cherchent pléthore

    Honte aux universitaires
    Et aux penseurs sémaphores
    Ignorent certains critères
    Qu’ils se vantent de folclore
    Ignorant, d’un mépris sincère
    Ce que c’est que le folklore

    Armé de patiente ouvrière
    On peut chaque jour voir éclore
    Dans les ruelles égalitaires
    En des langues multicolores
    Les réponses nécessaires
    Aux questions que l’État majore

    Aux stars qui s’offrent en idoles
    Aux intellos parasitaires
    Je laisse jouer le rôle
    Peu à mon goût libertaire
    De porte-plume et parole
    Pour les muets volontaires

    Je ne suis qu’un pauvre rapsode
    Un chanturleur vernaculaire
    Mais que personne n’inféode
    Et sans souci de carrière
    Je ne sais rien de la mode
    Sauf qu’elle court très loin derrière

    Je dois tout aux cantadores
    Sardes, baul ou brasileiros
    Blues-men e emboladores
    Vagabundos del pandeiros
    Je dois tout aux trovadores
    Cordelistas et violeiros

  • Morgane

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