Face à Marine, il ne reste à Sarko que la crise

Les dernières mésaventures de la gauche ont remis à l’ordre du jour la tentation du vote utile. Il est vrai que la sensibilité générale à laquelle je me rattache a connu, en quelques mois, l’euphorie de la victoire assurée pour arriver aujourd’hui à une sorte d’abattement collectif. Mais, à qui veut bien prendre le temps de regarder les choses avec lucidité – ce qui n’est pas chose aisée, je le reconnais – c’est du côté de la droite qu’est l’affolement. Le risque est lourd pour elle que, comme le prophétise Le Pen père depuis des années, les électeurs viennent à « choisir l’original plutôt que la copie ».

la droite a peur

Mais repartons des gauches pour commencer cette réflexion. L’enchaînement de l’été jusqu’à l’automne : la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts, le Remue Méninges à gauche, la primaire socialiste a vu la gauche dans toutes ses sensibilités renforcée, rassemblée même quoi qu’il en ait été des petites phrases. Je rassemble les trois séquences parce que l’électeur, loin de partager et encore plus loin de s’intéresser à nos querelles byzantines, nous classe tous dans le même camp. La large victoire de François Hollande a donné l’image d’un Parti socialiste assumant sa cohérence : « Tout pour la victoire, qu’importe le projet ».

S’en est suivi l’épisode affreux de l’accord législatif entre les écolos et les socialos, cacophonie durable qui laisse à l’électorat un goût trouble dans la bouche et le sentiment que c’est reparti comme en 2002. La proclamation de candidature de Chevènement parachevant un tableau assombri au moins autant que le ciel d’automne.

Je ne partage rien avec François Hollande. J’ai même eu l’occasion dans ces colonnes d’exprimer ce que j’analyse de l’évolution dernière du Parti socialiste. Mais je suis d’accord avec lui lorsqu’il indique à ses proches, après la primaire, qu’il va avoir un trou médiatique et sondagier. C’est assez récurrent et stigmatise non un vrai recul, plutôt un rééquilibrage après une période de surexposition. Le vrai cafouillage autour de l’accord PS-Verts va finir par profiter, quoi qu’en pense mon excellent camarade Romain Jammes, au parti de la rue de Solférino. Quand il y a une querelle au sein de la sensibilité sociale-démocrate, c’est toujours au gros auquel elle profite. Vu que, dans le cas présent, les camarades d’Eva Joly lui tirent dans le dos, Flamby n’a qu’à attendre que le chamallow vert soit grillé pour le déguster.

Le Front de Gauche, pour sa part, se construit loin des projecteurs et participe de l’élan d’une gauche combattante, combattive, assumant sa radicalité. Loin des écrans télé, le Front de Gauche arpente le terrain, existe sur les marchés, mène ses porte-à-porte, est à la porte des usines autant que des agences de Pôle Emploi. Bref, il vit son bonhomme de chemin et grandit sans prendre au bloc social-démocrate avec lequel il ne partage que l’ambition de battre la droite. Un électeur du Front de Gauche n’est pas un électeur PS de moins, c’est un électeur de gauche de plus. Sans la candidature Mélenchon, il serait resté à la maison, n’en déplaise aux belles personnes.

Dans ce contexte, morose pour les sociaux-démocrates à cette heure et uniquement à cette heure, la droite ne s’y trompe pas. Comme le stigmatisait un hashtag sur twitter en octobre, c’est #UMPanique en ce moment. Le premier témoignage concret de cette débandade demeure la guerre ouverte entre Dati et Fillon en vue des législatives à Paris. Un camp sûr de gagner ne s’amuse pas à se genre de bêtise. Quand on en vient à en découdre pour une circonscription en platine, c’est que l’heure est grave. La peur est là qui tenaille le ventre : il faut se mettre à l’abri qu’on soit premier ministre ou qu’on s’appelle Dati. Mais à quoi tient cette panique à bord ? Tout simplement au fait que Sarkozy pourrait bien être absent du second tour de la présidentielle si la dite crise ne se poursuit pas.

Dessin de Loïc Faujour

Encore une fois, c’est le Cassandre de la droite, François Fillon himself qui a ouvert les vannes à l’hystérie collective à droite. Il a évoqué cette perspective, en creux, dès mars 2011. Il tentait alors de battre en brèche les candidatures « de division », notamment celle de Borloo. Message reçu, le héraut des centristes s’est couché platement. On attend en revanche Morin pour dimanche et l’éternel revenant Bayrou, le Chevènement bis, a annoncé hier soir sa candidature. Et de trois donc, pour la droite. Plus Marine Le Pen !

Il faut reconnaître à Fillon qu’il comprenait bien le message envoyé par une partie de l’ancien électorat UMP à l’occasion du scrutin cantonal de l’époque. Des pans entiers de l’électorat de droite s’en sont allés grossir la vague « bleu Marine », sanctionnant durablement les promesses non tenues du « Président du pouvoir d’achat ». Un sondage en date d’avril 2011, commandité par Le Parisien a accrédité l’hypothèse alarmiste du premier sinistre.

Depuis, force est de constater que la Len Pen a engrangé de nouveaux renforts. Le parfum de scandale, qui marqua la fin du septennat giscardien, revient en vogue, de Takkieddine et le Karachigate à l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit jamais. Il sonne le glas de la « République irréprochable ». D’où le déchainement de l’UMP, du « cancer de l’assistanat » cher à Laurent Wauquiez jusqu’à « l’effraction » de François Baroin. La panique est elle que l’Elysée permet au ministre des transports Thierry Mariani de livrer au journal fascisant Minute l’exclusivité de la pétition de la Droite populaire contre le droit de vote aux étrangers.

Las, cette outrance, loin de ramener les brebis au bercail sarkoziste, finit de faire sauter les digues construites par Chirac et consorts pour marquer une différence de fond entre la droite et l’extrême-droite. Pour machiavélique qu’il ait été, le Jaquot avait compris une chose : à trop flirter avec les thèmes d’extrême-droite, c’est à elle que l’on rend service. Il ne reste aujourd’hui, pour sauver la Sarkozie en péril, que l’aggravation de la crise et un troisième plan d’austérité. On prie qu’il arrive avant février ?

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Bonus vidéo: N.A.S.A. « Way Down (Dan Sena Remix) »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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