Ambusquad « La Dernière Marche » : premier essai qui claque

C’est peu de dire que j’ai délaissé ces derniers temps le hip hop classique, ne trouvant plus guère, en France à tout le moins, de sons propices à mes ouïes sélectives. Je me suis donc cantonné à des groupes que l’on qualifie bien vite d’alternatif, de Duval MC à La Canaille… Je devrais peut être laisser mieux traîner mes esgourdes aussi puisque j’ai bien failli passer à côté de ça… Ca, c’est Ambusquad, un groupe de la banlieue caennaise, patrie du controversé Orelsan qui, lui, a tout mon respect soit dit en passant.

Donc, grâce à mes amis Katia et Fred Noblet, ce groupe, que j’ai cru né d’hier, est arrivé à mon lecteur mp3 au travers d’un premier album dispo en téléchargement libre : « La Dernière Marche ». Voilà… Seize bons titres, bien posés dans ma petite gueule de blasé, qui réveillent bien des choses….

Donc, c’est Ambusquad. 6 mecs : trois MCs : Isma, Malik, Driss ; un toasteur pour la touche chaude ragga, Karim ; le producteur sonore : Sylence ; un Brusco, DJ issu de la scène Drum’n’Bass notamment en charge des mix. Honneur à lui pour commencer tant le rendu général de l’album est plus que propre. Aucun pain dans les agencements, les nappes se superposent à la perfection, quel que soit le style utilisé. Du sacré taff qu’il enquille le Brusco.

Je dis bien quel que soit le style. Ambusquad, c’est certes du rap, mais du vrai qui va piocher partout pour construire un nouvel univers, propre au groupe. Sacrée intro, par exemple, sur « Zone sensible »¸dopée à la musique classique, samplée pour alimenter une ambiance sombre et oppressante. Oui, comme de vrai dans le hip hop, le son a du sens, qui souligne les phases des MCs. Et faire rimer une séquence musicale avec des paroles, figurez-vous que ce n’est pas si facile qu’on le croirait à le lire.

Au demeurant, je ne sais pas ce qu’il se passe à Caen qui rend le climat général de cette « Dernière Marche » aussi lourd, traversé par des éclairs de mélancolie déchirants. « Comptine d’enfance » cisaille bien le bide… A croire que ces six anciens, ils jouent, composent et écument les scènes depuis plus de 15 ans à présent, ne limitent pas leur horizon au bas de leur rue. Et que Pitbull et autres Tunisiano ne bornent pas leur vision du monde. Que grâce leur soit rendue, à eux qui nous font la grâce justement d’apporter un zest de conscience à une scène musicale décriée, pas toujours à tort, pour la vacuité de ses textes.

Ils vont jusqu’à écrire « Itinéraire d’un terroriste »¸fiction bien trop proche de la réalité pour laisser insensible. A mille lieues de tout manichéisme, ils s’attachent à décrire le lent processus qui peut amener un gamin à commettre l’acte ultime : donner la mort en donnant sa propre vie… Faut dire que vous en connaissez beaucoup vous des rappeurs non militants qui revendiquent Georges Orwell comme source d’inspiration ? Dans le morceau « Ennemis d’Etat », Ambusquad rend hommage aux livres « 1984 » et « La Ferme des Animaux ». Merci les gars, message reçu.

 Alors, n’allez pas croire que tout l’album est aussi plombé et que, pour l’apprécier, il faut avoir une licence de lettres ou n’aimer que le hip hop plongé dans le noir. Quelques vrais moments de lumière viennent déchirer les nuages sombres qui baignent les plages de la Manche. Il en va ainsi du guilleret (pour la musique en tous cas) « Pour mes gars », avec ses riffs de guitares mâtinés de funk et son support ragga de belle facture.

Moi, je dis merci Ambusquad.

Téléchargez « La Dernière Marche » via ce lien.

Retrouvez Ambusquad sur facebook et sur myspace.

——————————————–

Bonus vidéo : Ambusquad « Spirale »  (inédit)

Advertisements

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

Les commentaires sont désactivés.

%d blogueurs aiment cette page :