L’Humain d’abord ou un dimanche avec Ian Brossat

Du côté du Front de Gauche, pour lequel je suis engagé, nous parlons beaucoup de L’Humain d’abord. Et pour cause, c’est le nom de notre programme qui a l’air de se vendre pas mal en librairies au-delà des ventes militantes… Mais que signifie concrètement ce vocable ? Je m’en vasi vous raconter une histoire vécue pour que vous comprenniez.

Le programme partagé du Front de Gauche

Au début est une petite dame qui a été mariée pendant onze ans puis a divorcé, ce sont les aléas de la vie. Depuis ce divorce, il y a deux ans, la petite dame, gentille comme tout, rencontre quelques difficultés. Elle cherche un logement mais elle n’a comme ressources que le Revenu de Solidarité Active, le fameux RSA, complété par deux heures déclarées dans une sandwicherie de mon quartier. Je dis bien « déclarées » puisque cette petite dame je la vois marner comme une dingue dans son boui-boui pendant des plombes, de 15h à 2h du mat’. Mais voilà, elle n’est déclarée que deux heures pour que son patron n’ait pas à payer les horribles « cotisations sociales » part employeur qui grèverait l’économie…

Seulement voilà, la petite dame a du mal, dans ces conditions à trouver un logement. Du coup, elle est ballottée de droite et de gauche, entre le domicile de sa nièce, celui de sa sœur… Elle n’a pas même d’adresse postale puisque sa nièce a peur que son propriétaire pense qu’elle sous-loue son petit appartement. « Quoi de neuf ? » Malheureusement, la seule nouveauté c’est que ce cas m’est apparu à moi. Une discussion en attendant un sandwich.

Emu, j’appelle Ian Brossat, élu de mon arrondissement, pour voir si on peut faire quelque chose. Il ne se l’est pas fait dire deux fois. Nous voilà partis rencontrer la petite dame dimanche dernier à 19h passées. En passant, je signale que le gars Brossat est juste le président du groupe des élus Front de Gauche au conseil de Paris et qu’il a quelques responsabilités au sein de son parti, le PCF. C’est pourquoi il me donne rendez-vous un dimanche. Travaillant dans les collectivités depuis 1992 et militant depuis 1988, je ne connais plus beaucoup d’élus qui s’impliquent de cette manière, y compris le dimanche.

C’est peut être bien ça, au fond, L’Humain d’abord. Sentir l’urgence, la nécessité qui dépasse toutes les autres notions. C’est pour cela, en tous cas, que je me sens bien avec mes camarades du Front de Gauche. Parce qu’on fait ça, aussi.

Donc, Ian et moi, nous avons été rencontrer la petite dame. Dont j’ai vu, au fur et à mesure qu’elle racontait son histoire, le visage se tordre, la gorge se nouer, les yeux se gonfler. Elle a réussi, au prix de quelle pudeur et de quel effort, à ne pas pleurer. Je ne sais pas si nous allons arriver à l’aider, à ce qu’elle trouve un logement décent, puis un vrai boulot. Mais, à tout le moins, nous aurons essayé. Si elle fait ce qu’elle doit faire de son côté, ni Ian ni moi ne sommes assistantes sociales (c’est un boulot trop important pour être confié à n’importe qui), elle aura peut être un appartement à elle d’ici quelques mois.

Je ne sais même pas si la petite dame est inscrite sur les listes électorales. A dire le vrai, je m’en fous. Et vous savez quoi ? Ian Brossat ne me l’a jamais demandé. L’Humain d’abord, je vous dis. Bordel !

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Bonus vidéo : Gang Of Four « To Hell With Poverty »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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