Après la zone unique RER, allons vers la gratuité

Ça y est donc. Le Syndicat des Transports d’Île-de-France va pouvoir voter la zone unique pour le pass navigo. Son tarif s’élèvera à 65 euros pour tous. C’est une bonne nouvelle mais, à mes yeux, largement insuffisante, si elle ne marque pas le début d’un processus pour aller vers la gratuité des transports en commun.

STIF

Pour ce qui me concerne, à l’image d’autres militants et dirigeants du Parti de Gauche, comme Gabriel Amard ou Corinne Morel-Darleux, par exemple, la question politique de la gratuité des services publics est l’actualité. Il s’agit, pour ce qui me concerne, de bâtir de nouveaux outils de redistribution des richesses, au travers des services publics, mais aussi de poser la question des choix et donc des priorités politiques aux élus qui dirigent les collectivités territoriales. Tout ne peut être gratuit, c’est un fait, tant la gratuité a un coût pour la collectivité.

Avant d’en arriver là, il faut donc reposer la question des usages du service public autant que ses missions prioritaires dans les fonctions que doit assumer un espace urbain ou un ensemble humain (les gens qui y vivent). A mon sens, quatre fonctions centrales définissent la Ville d’aujourd’hui : logement et habitat, activités économiques donc emploi, services à la population, environnement. Ces quatre blocs définissent autant d’enjeux pour les politiques publiques, au service de l’habitant.

Chacune fait l’objet d’une action spécifique mais avec une méthode posée par le Parti de Gauche et que nous appelons la planification écologique. Ces fonctions font l’objet d’autant de politiques publiques ; elles convergent vers un but unique : permettre à nos concitoyens de vivre mieux, dans un espace préservé et amélioré, dans un temps libéré autant que possible de ces composantes aliénantes afin qu’ils puissent se réaliser individuellement et collectivement. J’insiste sur la notion de temps, parce qu’elle me semble réellement l’enjeu des décennies à venir. Et c’est à partir de là qu’un certain nombre de camarades du Parti de Gauche et moi définissons les usages et l’accessibilité aux services, pour revenir sur la gratuité.

gratuité

En effet, par expérience d’agent des collectivités locales, j’ai pu mesurer que les tarifs des services publics en conditionnent l’accès. Je vais donc repartir de l’exemple d’actualité : la question des transports en commun, dont il n’est plus à démontrer l’importance en matière de préservation de l’environnement mais aussi d’urbanisme. La massification des transports en commun au travers de tramways, tram-trains, trains express régionaux constitue une alternative aux véhicules individuels, notamment en termes de temps. Qui n’a jamais perdu son calme au volant de sa voiture en se retrouvant coincé dans les bouchons ? Qui n’a jamais regretté de ne pas disposer de transports en commun cadencés, efficaces, rapides ? Mais qui d’entre-vous ne connaît pas quelqu’un qui, disposant d’un véhicule individuel acheté à crédit, avoue ne pas prendre les transports en commun parce qu’ils seraient trop chers ? Oh, certes, en rapport avec le coût d’une voiture, de son entretien, de son assurance, du carburant, au final, le compte est fait. Mais certains ont le sentiment de ne pas avoir le choix et, sauf à les culpabiliser, il faut entendre cela.

Du coup, se pose la question de la tarification pour transformer l’usage que chacun peut avoir du bien commun que constitue le service public de transport. A ce sujet prenons le temps de revenir sur une vision des choses communément admise à gauche, qui voudrait que la participation même modeste au financement du service public participe à la « responsabilisation » de l’usager. Je considère cette vision comme erronée, dans la mesure où chacun contribue déjà au financement responsable des services publics de proximité comme nationaux au travers des fiscalités. D’où ma conviction que la gratuité devrait être la règle en matière d’accès aux services, donc aux diverses fonctions de la ville, en tout état de cause pour les citoyens. Sont exclues de cette vision les entreprises qui, elles, utilisant bien plus que le citoyen lambda les diverses fonctions de ville, doivent y contribuer plus largement.

Cette appréciation nécessite autant qu’elle justifie une refonte totale de la fiscalité, qui verrait une revalorisation de l’impôt sur le revenu. Parce qu’il est le cœur du financement de notre système de solidarité républicaine. En compensation, bien évidemment, il faudrait aussi revoir les impôts inégalitaires que sont la TVA ou la taxe d’habitation. Cela implique aussi une refonte complète des relations entre l’Etat et les collectivités locales dans le sens de plus et mieux de complémentarité entre les divers niveaux d’intervention.

La République sociale

Dès lors, se pose a gratuité des services publics comme objectif à atteindre. Ce qui est valable pour les transports en commun peut aussi s’appliquer à d’autres services comme la restauration scolaire, les équipements collectifs à destination de la petite enfance, les structures culturelles publiques telles que bibliothèques, théâtres, cinémas… Nous ne pourrons pas assumer la gratuité pour l’ensemble des services. Il faut donc accepter de faire des choix, d’assumer des priorités politiques sur quelques bases très simples. Quel service touche le plus aux biens communs indispensables à la vie, pour soi ou en collectivité (ce qui fait lien) ? Quel service contribue le plus à sortir les citoyens de l’aliénation consumériste ? Quel service contribue à une meilleure redistribution des richesses ? En fonction de la nature des espaces, des besoins des habitants, les réponses ne seront pas forcément les mêmes. Il faut donc aller au bout du débat avec les citoyens eux-mêmes. Et cela nécessite donc que les élus, autant que les militants politiques, associatifs et syndicaux, s’imposent de mener en direction des habitants et des usagers l’indispensable travail d’éducation populaire politique que nécessite la construction d’une culture de la gratuité.

Ce serait le début de la preuve par l’exemple qu’une autre société, basée sur d’autres valeurs que l’argent et la consommation, est possible pour la France.

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

2 responses to “Après la zone unique RER, allons vers la gratuité

  • des pas perdus

    Sous le Front de gauche c’est certain et sera ainsi que les transports collectifs de qualité s’imposeront.

  • emancipationurbaine

    Ce n’est finalement que le début d’un combat, mais je pense une véritable avancée pour amorcer un changement de mentalité. De toute façon, la logique de l’étalement urbain + véhicule individuel est mortifère et ne durera pas, si l’on peut commencer dès maintenant à penser la transformation ce ne peut être qu’une bonne chose.
    Cependant un risque demeure, une politique de transport trop efficace peut entrainer une continuité des ségrégations spatiales. De manière caricaturale l’ouvrier de nettoyage d’une grosse boite à la Défense n’habiteras jamais à Neuilly mais restera dans son ghetto (de pauvre) délabré de l’autre bout de l’Ile de France.

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