La République Espagnole, plaie à jamais ouverte

Ça y est, j’ai fini de digérer. Enfin, non, pas vraiment. La meilleure preuve est que je vais sous vos yeux ébahis (!) bloguer pour pouvoir tenter de digérer un peu mieux. Oui, ça un rapport avec Noël. Court le rapport : Elle m’a offert La Valise mexicaine, une série de clichés de Robert Capa, Chim et Greta Taro. Il s’agit d’une série de négatifs sur la Guerre civile espagnole, perdus puis retrouvés dans une valise au Mexique. Je parlerai de Capa and co plus tard. Ce que j’ai toujours du mal à digérer, c’est le dénouement de cette tragédie qu’est la guerre civile espagnole. Pour tout dire, une bonne part de son déroulement me reste aussi en travers de la gorge.

Capa, Taro, Chim

Ma relation à cet événement remonte, je crois bien, à l’enfance. Quand, avec ma mère et son nouveau compagnon (à l’époque, ils sont mariés depuis) nous nous sommes installés à Albi, c’était dans le quartier populaire de la Madeleine, que l’on appelait aussi « la Petite Espagne ». Ce quartier accueillait donc pas mal de réfugiés et immigrés espagnols. Par eux, sans forcément en parler beaucoup d’autant que je n’avais que neuf ou dix ans, j’ai approché le drame espagnol utlime dans un pays tout de même assez habitué à la chose. On va juste se rappeler l’invasion napoléonienne et son cortège de massacres de civils pour faire bonne mesure.

Mais donc, la guerre civile espagnole. Je pense que, pour tout militant de gauche, elle constitue une plaie qui ne se refermera jamais. Elle saigne à chaque instant nos cœurs. Enfin, désolé pour les grands mots, mais c’est le cas pour moi.

Frente Popular

L’Espagne c’est quand même juste le premier Front Populaire victorieux dans les urnes en février 1936. C »est une vraie révolution ouvrière, une expérience politique creuset dans laquelle, au départ, anarchistes, communistes de diverses obédiences et socialistes, voire républicains, créent un nouvel avenir. C’est ensuite le soulèvement franquiste et la guerre civile. Une guerre civile c’est juste une guerre fratricide qui exige l’élimination physique définitive d’un des deux camps. C’est un affrontement qui fait que le voisin, l’ami, le frère d’hier devient la personne la plus haïe. C’est donc une geste d’horreur et, en même temps, d’héroïsme. Surtout dans le camp républicain évidemment. Les franquistes, c’est juste de la chair à fusil, encore aujourd’hui. Pour moi, à tout le moins.

Et je présente ce disant mes excuses à mes amis espagnols ou d’origine espagnole. En effet, quand on arrive à discuter de la guerre civile avec des Espagnols aujourd’hui, bien souvent leur réaction est du genre « si vous nous aviez laissé entre nous, les choses auraient été différentes ».

C’est que, à la guerre civile, s’est bientôt ajouté autre chose. Les divisions italiennes envoyées par Mussolini ont été rejointes par l’aviation nazie et quelques « techniciens » qui devaient chercher le soleil andalou… On va dire ça puisque Hitler a toujours nié l’envoi de troupes en Espagne. D’ailleurs, Guernica, c’est sûr c’est un pétard…

Du côté des démocraties, ce sera… la non intervention ! Avec ce lâche, ce traître à la cause – pour ce coup et uniquement pour celui-là – de Léon Blum en grand défenseur de ce concept d’abandon d’une République sœur. Heureusement, les volontaires des Brigades internationales vont apporter une aide précieuse en hommes aux Républicains espagnols. Pendant que l’Union soviétique envoyait des armes, des chars, des avions en échange du bon or de la banque centrale ibère.

Enfin, la guerre civile espagnole, dans le roman inachevé de la gauche internationale et internationaliste, c’est aussi le pire : derrière la geste héroïque des généraux communistes Enrique Lister et El Campesino et de leurs troupes, il y a la liquidation du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM) puis de la Confédération nationale du travail (CNT – puissante organisation anarcho-syndicaliste)… Vous connaissez sûrement déjà, grâce au Land And Freedom de Ken Loach, adaptation de l‘Hommage à la Catalogne de George Orwell, lui même ancien interbrigadiste.

Brigades internationales Guerre d'Espagne

Cette partie de la guerre d’Espagne est intimement liée à mon itinéraire militant. Quand j’ai annoncé à mon père que j’adhérais au glorieux Parti Communiste français, il a eu mal au cœur pépère. Son sang de soixante-huitard à bagnole n’a fait qu’un tour, et pas un congrès de tour. Il a filé m’acheter Les Communistes contre la révolution espagnole de Juan Gorkin.

L’ancien dirigeant du POUM y décrit par le menu la répression stalinienne et les enjeux politiques du conflit entre PCE et PSOE d’un côté ; POUM et CNT de l’autre. D’un côté, il s’agissait de gagner la guerre pour pouvoir ensuite faire la révolution. Le POUM et la CNT défendaient l’idée que mener à bien la révolution était la seule condition pour gagner la guerre. On retrouve cette opposition dans la Commune de Paris aussi, une autre guerre civile. Au final, la gauche a tout perdu en Espagne. Et l’humanité a gagné… la 2e guerre mondiale.

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Bonus vidéo : Nuclear Device « Partisans »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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