TVA sociale : Sarkozy en médecin assassin

Je ne peux commencer cette note du jour sans vous dire que je suis rageux ! Rageux de ne pas être à Amiens ce matin aux côtés de Xavier Mathieu, des « Conti », convoqué à une nouvelle audience judiciaire en raison de son refus d’accepter le fichage ADN des militants syndicaux. Le combat de Xavier, c’est notre combat à tous, les petites gens impliqués dans la lutte émancipatrice. Mais voilà, je bosse et je n’ai pas la possibilité, au regard des enjeux auxquels j’ai à faire face, de m’absenter ne serait-ce qu’une demie journée. Je ne m’étendrai pas sur la nécessité absolue qu’il y a à obtenir la relaxe de Xavier Mathieu, d’autres que moi ont écrit de belle manière sur le sujet à commencer par mon amie Laurence Sauvage, responsable du secteur « luttes sociales » du Parti de Gauche.

Xavier Mathieu avec Laurence Sauvage à la fête de l'Humanité

Ce qui motive ma prise de plume matinale, aujourd’hui, c’est la fameuse « TVA sociale » défendue par la droite, de Sarkozy au directeur de la communication de François Hollande, Manuel Valls. L’UMP a décidé d’accélérer le processus pour faire passer la pilule avant la fin de la législature. Prenons juste le temps de décortiquer ce qu’est la TVA sociale et quelles peuvent en être les conséquences. Attention, cette note va contenir beaucoup de citations d’économistes et/ou d’idéologues libéraux ! Ecartez donc les enfants et les socio-libéraux qui croient encore que Valls est de gauche. Pour un papier plus sain, allez lire l’ami Gauche de Combat.

La TVA sociale est le dernier avatar en date du transfert des cotisations sociales part employeur sur les ménages, donc sur les salariés. Nous connaissions tous les exonérations de cotisations sociales part employeur, chéries par la droite au nom de la sacro-sainte « compétitivité ». Je salue la franchise de la clique sarkoziste qui, peut être grâce à la multiplication des rapports de la Cour des Comptes sur le sujet – tous dénonçant l’inefficacité de la mesure en la matière -, n’ose plus les justifier par « la lutte contre le chômage (…) en faisant baisser le coût du travail ». Il s’agirait aujourd’hui de faire baisser le coût du dit travail pour rendre les entreprises compétitives face à la concurrence.

Comparatif des taux de TVA en Europe

Comme les exonérations n’ont pas suffi, voici le temps de la TVA sociale qui consiste en deux temps. Primo : une nouvelle baisse des cotisations sociales part employeur. Mais, comme nous sommes en « période de crise », pas question de faire baisser les recettes du gouvernement. Deuxio : on compense donc le montant de la baisse des cotisations acquittées par les entreprises par une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée, ce fameux impôt indirect qui frappe tous ceux qui consomment. Donc, les salariés. Le tour de passe-passe est assez simple finalement. Qui ne profite qu’au patronat, comme l’explique doctement Alain Madelin dans Le Point : « (il s’agit) de baisser les cotisations sociales des entreprises et de garder les bénéfices de cette baisse pour ces mêmes entreprises, même si, à l’intérieur du Medef, certaines voix se font entendre pour faire porter une petite partie de cette baisse sur les cotisations sociales des salariés. Au final, le jeu est très largement en faveur du patronat. » Pour les néophytes, Madelin est un des très rares hommes politiques fidèles au credo idéologique ultralibéral ; c’est loin d’être un membre de Lutte Ouvrière.

Du côté de l’UMP canal historique, on défend la TVA sociale par l’exemple allemand, voire danois pour les plus audacieux. Il est vrai que la nouvelle idole des marchés français, Angela Merkel, a adopté cette mesure. Mais… Mais… Mais… Ce matin, je regardais >itélé, comme tous les matins (oui, chacun ses perversions). Et je tombe sur mon bol quotidien de pensée unique avec la chronique économique d’Emmanuel Lechypre, le nouveau Jean-Marc Sylvestre. « Manu », plutôt genre thuriféraire de l’action sarkoziste d’habitude, a pris le temps d’expliquer en mots simples la TVA sociale. Et les situations auxquelles elle peut s’appliquer.

... les riches aussi.

Donc, la TVA sociale allemande, explique Manu Lechypre, est justifiée parce que l’industrie allemande pèse 30 % du produit intérieur brut (PIB : le total de la richesse produite) et que c’est un pays dont la balance commerciale (la différence entre exportation et importations) est largement excédentaire. En bref, ce sont les exportations qui dopent la croissance allemande. Le marché intérieur, la consommation des ménages, est secondaire outre Rhin. Et Manu de continuer en expliquant la situation française. Qui n’est que le strict contraire de nos amis germains. En France, le secteur industriel pèse seulement 12 % du PIB. La balance commerciale est chroniquement déficitaire depuis que la droite est au pouvoir, malgré les ventes d’armes. Le moteur de la croissance française reste la consommation des ménages. Que la TVA sociale va asphyxier. Dixit Lechypre.

Sarko et ses boys s’apprêtent donc à mettre en œuvre une saignée létale pour l’économie française. Le MEDEF, accroché à ses intérêts égoïstes, peut se féliciter de la décision gouvernementale. Pas sûr que l’économie, elle, goûte ce remède aux accents de mise à mort. Nous vous l’annoncions, le prochain plan de rigueur est pour bientôt.

La TVA sociale, allégorie

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Bonus vidéo : Orbital « Doctor Who (feat. Matt Smith) » (live at Glastonbury 2010)

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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