De Mélenchon à Pierre Milza, front contre front

Si j’en crois les retours, vous avez été nombreux à suivre « Des paroles et des actes » avec Jean-Luc hier soir. J’en suis assez heureux. N’ayant que peu de goût pour ce genre de grand messe, j’ai préféré faire autre chose mais, je l’avoue, j’ai été rattrapé par moi même : j’ai regardé le dernier quart d’heure. Vous vous fichez, à juste raison, de savoir ce que j’en ai pensé : a priori, je suis trop impliqué pour avoir un avis objectif sur la question. Et puis, je préfère savoir ce que les non militants en ont retiré plutôt que de repasser mes plats. Quoi qu’il en soit, elle a fait un carton.

Cependant, hé oui… J’ai apprécié les quelques dix grosses minutes, ou quinze petites, auxquelles j’ai assisté. Rigoureux sur les moyens utilisés – la démocratie, uniquement, la démocratie -, Jean-Luc Mélenchon a tiré toutes les conséquences pratiques de la crise politique, morale et sociale qui ravage notre continent, crise attisée par les mesures éco… non ! purement politique, mises en œuvre par les gouvernements de droite ou sociaux-démocrates.

Il y a là une crise profonde, alimentée par le fameux syndrome TINA (pour there is no alternative, il n’y a pas d’alternative), et mise en exergue par la paupérisation absolue des dites classes moyennes, prolétarisation orchestrée par le capital et ses laquais fidèles. Cherchez par vous mêmes les forces politiques concernées. Cette situation est grosse de dangers. Il faut relire sans cesse Pierre Milza pour le comprendre. Mais avant de revenir aux thèses de ce grand historien du fascisme, je veux prendre le temps de m’étendre sur ce qu’il se passe en France.

Depuis 2002, avec un net coup d’accélérateur depuis cinq ans, le pouvoir d’achat des Français fait l’objet d’attaques lourdes ; le système collectif parce que républicain de protection sociale souffre d’assauts répétés dont le but est de livrer aux entreprises privées un marché dont le montant s’élève à 2 500 milliards d’euros, bon an mal an, soit l’équivalent du budget de l’Etat. Conséquence directe, pour les membres de cette création idéologique que demeure les « classes moyennes », il devient de plus en plus coûteux d’accéder aux soins, plus difficile d’ouvrir droit à une retraite décente, plus insupportable de financer l’ascenseur social pour ses propres enfants. Ma génération, celle des quadras, et c’est un fait unique dans l’Histoire, vit, dans l’ensemble, plus mal que celle qui l’a précédée.

Le mirage du « travailler plus pour gagner plus », les promesses non tenues de revalorisation du pouvoir d’achat, ajoutées aux mesures que je viens de survoler brièvement, ont fini de dégoûter ces personnes qui se croient potentiellement bourgeois parce qu’on leur a fait miroiter qu’elles ne sont plus prolétaires. En découle le divorce auquel on assiste, sur lequel j’ai déjà écrit, entre ces millions de personnes et une droite de moins en moins républicaine mais de plus en plus visiblement au service du grand Capital. La social-démocratie n’apparaît plus crédible, non plus, sur le terrain économique et social, puisqu’elle clame haut et fort ses renoncements en la matière. On ne votera plus pour elle que par solidarité avec les sans-papiers, les Roms, celles et ceux qui n’ont aucun moyen légal de se défendre, seul ou en groupe, face aux forces de police transformées en milices politiques par Claude Guéant, digne successeur de Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy.

Oui, bien sûr, le FN a changé... de graphiste

Mais si ce sentiment humain de solidarité s’estompe en raison de l’accroissement des difficultés économiques et sociales, le vote Front national apparaît comme la solution ultime. C’est ainsi que s’opèrent ces grands transferts de voix entre l’UMP et le FN auxquels chacun peut assister s’il prend le temps de dépouiller les cartes électorales. En Seine-Saint-Denis, le scrutin régional de 2010 a fait apparaître avec violence ces déports de suffrages sur l’extrême-droite.

Il s’agit là d’une mécanique que l’historien Pierre Milza a longuement décortiquée dans ses ouvrages consacrés à la montée des fascismes. Face à la menace de prolétarisation dont elles se sentent victimes, les dites « classes moyennes » trouvent dans les partis fascistes les moyens pour rétablir un ordre qu’elles estiment naturel : leur « supériorité » supposée en termes économiques, sociaux et culturels, sur le prolétariat. Dans ces circonstances historiques particulières, l’oligarchie confie alors les rênes du pouvoir aux partis d’extrême-droite pour rétablir, non la paix sociale, mais l’ordre garant de la reprise de leurs activités lucratives. Je fais dans le rapide, voire le caricatural, parce que Milza est en vente libre et que ses livres sont très faciles à lire si on a un minimum de goût pour l’histoire.

Voici donc mises en lumières les raisons qui font que Marine Le Pen se rapproche de plus en plus des scores attribués à Nicolas le petit, qui n’est toujours pas candidat. Voilà pourquoi le spectre de la réédition du 21 avril n’est pas à redouter, mais que l’UMP a toutes les raisons de paniquer. Surtout quand les 340.000 créations d’emploi constatées aux Etats-Unis annoncent la fin de la crise économique. quand  La droite au second tour de la présidentielle pourrait bien avoir le cheveu blond et la blouse brune.

Marine choisit bien ses amis

C’est ce cadre précis qu’a décrit hier, entre les lignes, le camarade Mélenchon. Pour arriver à la conclusion qui s’impose : « à la fin, c’est entre eux (l’extrême-droite) et nous, que cela va se jouer ». Parce qu’au bout de dix ans de sarkozisme dans les têtes puis dans les faits, nous ne sommes plus dans une démocratie apaisée. Je n’emploierais pas de grands mots, de ceux qui font peur… Mais, soit la gauche éclairée, vivante et combative parvient à prendre la rue, soit ce seront les nervis de Marine qui le feront. Il n’y a plus de place pour les tièdes, ils ont passé la main en 2002.

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Bonus vidéo : patrimoine du mouvement ouvrier « Le Front Rouge »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

2 responses to “De Mélenchon à Pierre Milza, front contre front

  • des pas perdus

    Analyse partagée.
    Mélenchon a été clair là-dessus. Je crois que même certains journalistes présents ont été surpris… Pourtant, rien n’est ressorti dans les revues de presse à la radio… Et le soir du débat, Le Monde faisait une à la Libé sur les fameux 30 % !

  • Yves

    J’aimerais bien croire à une finale mélenchon-le pen, mais les francais sont trop couilles molles
    ce sera une finale le pen sarko ou le pen hollande .
    Je crois qu’il faut voter utile au premeir tour, et mettre ensuite la pression à fond sur Hollande quand il sera élu.
    Yves, Brest

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