KinChino : guerrier de l’asphalte

Cela devait arriver… Et pas uniquement par politesse. Dans le petit monde de la blogosphère, il y a plein de choses, des bonnes et des moins bonnes. Et puis, il y a les rencontres que l’on fait. Rencontre avec Angelina, et ses petites fables, un de mes « Cris de plaisir ». Elle explore un univers qui n’est « jamais tout à fait le même, ni tout à fait un autre » mais que j’aime et je comprends. Il devait donc advenir que je m’efface pour lui céder la place. Dont acte :

L’artiste protéiforme KinChino continue sa mutation dans les voies du hip-hop, tendance engagé et indépendant. Il vient de sortir une deuxième mixtape qui fédère le gratin du collectif Altermutants.

L’Altermutant KinChino vient de sortir sa deuxième mixtape. Un petit événement qui commence à faire vibrer la planète hip-hop, KinChino a une deuxième fois su rallier des voix, des écritures à son projet en puisant dans le collectif Altermutants auquel il appartient. Un collectif d’artistes Hip Hop qui regroupe une tripotée de talents issus de la banlieue, « une alternative a un bizness de la musique en mutation » selon l’artiste.

KinChiro

Cela commence par une pochette verte et blanche qui claque un mélange entre le graff et le Hip Hop Old School. Cela continue avec une musicalité, des instruments live, une spontanéité assumée, un lyrisme un peu incongru dans un monde de béton. Yamakasi, esprit samouraï, guerrier un peu intergalactique mais pacificateur. Et pour cause, Etienne Chenet, l’âme mutante de KinChino est aussi le bassiste de Syrano dont il s’est assuré la précieuse participation.
A l’écoute, le projet « KinChino présente sa Mixtape : Volume 2 » se divise indéniablement en deux parties, en deux couleurs, qui s’intercalent et se répondent. Gris, dur, colérique, et très social d’un côté. Plus doux, feutré, sensuel, ludique de l’autre. Les chansons les plus vindicatives chroniquent plus qu’elles ne chargent. Si Tu Bouges La Tête avec Syrano est un son engagé et calme sur le monde et ses conflits géopolitiques et environnementaux (génocides, guerres civiles, guerres de religions etc…). « Si tu bouges ta tête alors bouge aussi ton cerveau. Nerveux et asservi, je provoque pas, j’avertis. ». Les textes nostalgiques Trente Et Quelques (avec Zé Riu et Sokrat) et son écriture quasi cinématographique et Quand (avec Myscier Blodya) sont portés par des musiques qui parleront peut-être moins aux jeunes mais se veulent sans concession, assénés comme des vérités par un flow âpre.

Le Palais Des Laids (avec Mauricio Santana) est un mix entre le hip-hop et le rock. Ce son fait le parallèle entre la laideur supposée des habitants des quartiers et le non accès pour tous aux droits, aux loisirs notamment. Il se veut aussi une dénonciation de la société de l’apparence. Les paroles sont drôles mais d’une cinglante vérité sur le deux poids deux mesures. Quant à Pornographie, le titre de la chanson éclaire suffisamment sur les métaphores sexuelles, romantiques et amoureuses que Zé Riu conjugue tout au long du morceau.

MAL A L’ÂME

Ici On S’Tue Pour Des Hosties (avec Syrano, R-mythe (JeanJean) et Cherzo) abonde en punchlines mystiques et images religieuses. Le texte dénonce l’emprise des religions sur les existences, les divisions qu’elles engendrent. Enfin, Bad Booda (avec Sokrat) ou l’itinéraire d’un homme déterminé, vrai et engagé. Des paroles crues (« L’Etat fait des ratures sur nos vies, à coup de procès verbaux ») qui font mal à l’âme (« T’es au choix l’homme libre, le bourreau ou la victime. »)

A côté de cela, l’album s’oxygène grâce à de véritables respirations musicales. La première chanson, Deuxième Étape (avec Mauricio Santana, Sokrat et Zé Riu) donne d’emblée et étonnament le ton de la douceur. Son refrain illustre l’ambiance du projet : « Les mecs s’tapent pour télécharger nos mixtapes » avec des featurings de qualité pour cette introduction, qui ne se démentent jamais tout au long de la mixtape. Blues et bossa nova grâce à Mauricio Santana. Sur une musique triste et lourde, il décline la condition d’un rappeur expérimenté qui tarde à percer dans le hip-hop. Tout à coup, on commence à se déhancher. Il faut dire que sous ses dehors de rappeur, Mauricio Santana est aussi un guitariste de jazz et de bossa. Blues marque un tournant sur la mixtape, puisque les chansons suivantes seront dans la même veine blues et mélancolique. Ici l’ambiance prend des teintes et des volumes, le sang afflue et gonfle les sillons du CD.
Lundi (avec Eliptik) s’ouvre sur un dialogue de 45 secondes tiré d’un film avec Lino Ventura semble-t-il, et se poursuit par une plage de saxophone pendant une minute. Un son calme, apaisé, jazzy. Encore une chanson douce à écouter. Le Petit Parvenu (avec Lektor, Pompier et Anakin) raconte le parcours d’une personne issue des quartiers qui aurait réussi mais aurait oublié d’où elle vient.
Troisième partie bonus, des chansons qui dénotent surtout par leur forme. Une Malédiction De L’Artiste avec Cherzo et son flow souple et inimitable, mais aussi Myscier Blodya, Pompier, Syrano, Timar de Ladesh, THO, Sokrat, Zé Riu, Mc Cool, Didateo et Ga*Hell. Un morceau de bravoure sur un thème immortel, exécuté sur du piano et du violon pour le plaisir des oreilles. Une ritournelle tristounette. Rendez-vous ensuite pour une intro japonisante. Le contenu de Pas Immortels est politique. Sokrat, Lektor, Zé Riu et Jay nous incitent à nous bouger « l’cul ». Le refrain chanté, assez original au demeurant, prend des allures de manif, de chant de stade, un truc qui galvanise et qui donne effectivement envie de se bouger le cul.
ALTERMUTER
Deux Clash clôturent l’album. Le premier avec Cherzo, très court et provocateur, est une forme de dédicace à KinChino et à son travail. L’atmosphère baroque et stromboscopique de ce morceau évoque plus la BO de Barbarella que le rap basique que l’on a l’habitude d’entendre chez les rappeurs français. Le phrasé de Cherzo ondule, s’immisce, danse le flow, musical et aérien. Décidément nous avons hâte de le voir sur scène après l’avoir vu à côté de Syrano. Le deuxième Clash prend plutôt des allures de Star Wars. La voix (Dark Vador ou sa doublure) extermine Cherzo et son clan. Attention, c’est un peu violent. Nul doute que de toute façon, ils ne tarderont pas à « altermuter ».
L’album est ponctué de slams ? monologues ? ovnis ? morceaux acapella enregistrés sur un Répondeur par Stens, Timar de Ladesh, Tricks et les autres. Une savoureuse façon de participer.
Cette mixtape est vraiment bien travaillée. Chaque morceau a son identité, sa personnalité, ses qualités, son univers musical. Surtout ce projet nous fait découvrir des rappeurs de talent sur du Hip Hop à l’ancienne. Pour moi, ce fut plaisir d’écouter du rap non commercial à texte, sur des instrumentales simples. C’est ce genre de projet musical que l’on devrait valoriser dans les radios ou sites spécialisés dans le domaine.
Vindicatif mais pas méchant, l’album jette un constat sur la société, un regard plein de recul, sans amertume mais d’où l’on sent sourdre la colère, l’impatience, la frustration. S’il n’y avait qu’un seul message à retenir à travers cet objet coloré et musical : le monde doit changer.
Kojiro et Angelina
Vous pouvez télécharger légalement « Kin Chino présente sa Mixtape : Volume 2 » sur la plateforme ITunes.
Pour en savoir plus sur le collectif Altermutants
Vous pouvez également lire cet article sur Bakchich
————————–

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

2 responses to “KinChino : guerrier de l’asphalte

%d blogueurs aiment cette page :