PS : vote utile, vote qui mutile

Donc, hier dans UMP matin, l’excellent Pierre Moscovici est revenu à la charge sur le vote utile en invoquant le spectre du 21 avril 2002. A croire que plus la campagne de son poulain Hollande patine, plus le parti socialiste va jouer sur les peurs du peuple de gauche de se voir privé d’une représentation, même la plus pâlotte, au second tour de la présidentielle. Cet appel, qui désespère plus qu’Aulnay-sous-Bois, est une nouvelle mutilation de l’esprit.

Je ne peux dire mieux

Ce rappel incessant du 21 avril 2002 met en exergue l’absence de programme cohérent, d’engagement clairement en rupture avec la décennie que nous venons de vivre. La dernière idiotie en date : ce débat fumeux sur la création de 60 000 postes d’enseignants par « redéploiement » ou par créations effectives, n’est qu’un des stigmates de ce programme flou qui, visiblement, a du mal à convaincre. Jusque dans le camp du parti socialiste où les tenants de feu la gauche de ce parti en viennent à exiger des explications, à l’image de la sénatrice Marie-Noëlle Lienneman, pourtant douée pour avaler les boas constrictor.

Il y a beaucoup à dire sur les lacunes, les non dits, les manques et même les écrits du programme de François Hollande : acceptation de la règle d’or et, très précisément, « l’engagement de ramener le déficit public à moins de 3 % du PIB en 2013 sera tenu », tient à relever Pierre Moscovici dans l’interview accordée à Direct matin, mardi 17 janvier. Comment ? Par une hausse de la fiscalité sur les entreprises ? Non. Par une abrogation du « bouclier fiscal » et le rétablissement de l’Impôt solidarité sur la fortune dans sa pleine et entière conception mitterrandienne ? Je cherche.

Doit-on chercher là, dans ce flou, les raisons qui motivent le refus de François Hollande de débattre avec le candidat du Front de Gauche, programme contre programme ? Parce que nous, nous en avons un : L’Humain d’abord, disponible dans toutes les bonnes librairies.

Ca a plus de gueule que Hollande Bayrou, non ?

Par voie de conséquence, il faudrait renoncer à réfléchir ; à critiquer, fusse-ce de manière constructive ; à exercer notre esprit citoyen, pour voter les yeux fermés, dès le premier tour, pour le candidat social-démocrate. Ce n’est finalement que cela que nous proposent les ténors du parti socialiste, les snipers du candidat Hollande, jusqu’à Gérard Filoche et ses amis de feu la « gauche du PS ». Le tout au nom du « tout sauf Sarkozy ». Bien sûr. Et la marmotte, le chocolat, l’aluminium, tout ça… Autant se faire remplacer le cerveau par un bulletin de vote Hollande tout de suite, messieurs les bien pensants. C’est d’autant plus évident qu’il n’y a aucun risque de second tour Le Pen – Sarkozy. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce sujet, je n’y reviens donc pas.

Nous connaissons nos responsabilités. Nous pensons très fort aux amis sans papiers traqués, aux Roms victimes de rafles, aux victimes nombreuses de tous les aspects de la politique sarkozistes. Nous aussi, nous éprouvons de la compassion mais pas que ! d’autant plus aisément que nous sommes, en permanence, militants du Front de gauche sur la ligne d’affrontements sur ces questions, aux côtés de nos camarades libertaires, membres du Nouveau Parti Anticipaliste (NPA), du Parti Ouvrier Indépendant (POI) voire de Lutte Ouvrière. Sur cette ligne de front, celle du quotidien, celle où les beaux discours et l’appel à la responsabilité ne suffit plus, nous vous cherchons, « camarades » socialistes. Donc, arrêtez les leçons de morale. Nous savons qui est notre ennemi ! La politique de classe menée depuis dix ans, c’est cela que nous combattons.

C'est donc pas compliqué...

A l’instant où nous parlons, vous auriez bien plus à gagner à exposer des engagements clairs, une doctrine précise, des mesures concrètes pour rompre avec cette politique de classe qui fait tant de mal. Si vous teniez cette ligne, le Front de Gauche n’aurait plus de raison d’être. Las, votre absence de réponse explique notre puissance croissante.

Et les enquêtes d’opinion, pour le peu de crédit que je leur donne, mette en évidence une chose : nous ne nous adressons pas aux mêmes électeurs. Alors, au final, ne cherchez pas à mutiler l’esprit des Français, fichez nous la paix et faites de la politique. Vraiment.

Je veux finir avec cette citation de Gérard Miller, le psy à la mode, dont je ne suis pas fan d’habitude, sur touittère :

« Il ne faut jamais laisser au PS les coudées trop franches. Sans obstacles, sa libido chute illico.
D’où l’intérêt du vote Mélenchon. »

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Lie To Me (Dominatrix Remix)

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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