Alexis Corbière « Le Parti de l’étrangère »

Article repris sur le site national de la campagne présidentielle du Front de Gauche.

« Notre « identité nationale », si je puis me permettre le clin d’œil, c’est la République avec ses conquêtes sociales arrachées par le combat historique du mouvement ouvrier contre lequel se sont toujours dressé le FN et ses ancêtres qui, même s’ils s’en défendent, sont contre-révolutionnaires, anti-républicains et collaborateurs. » Le ton est donné. Avec son Le Parti de l’étrangère, Marine Le Pen contre l’histoire républicaine de la France, Alexis Corbière, mon ami et camarade, livre un ouvrage de combat. Le militant renoue avec le professeur d’histoire pour armer intellectuellement celles et ceux qui se retrouvent dans le corps à corps avec les frontistes. Ce n’est pas là la moindre des qualités de ce livre qui se dévore.

Parmi les spécialistes du Front national, au sein du Parti de Gauche, Alexis a eu le courage de lire chacun des discours, des interviews, des articles de Marine Le Pen et de sa garde rapprochée. Il les a confrontés avec les écrits et traces archivées des fondateurs du fascisme français, de Robert Brasillach à Jacques Doriot. Il faut de l’abnégation pour se confronter à la haine à l’état pur. Alexis l’a fait pour nous et son livre est donc bourré de références, de citations, qui permettent de décrypter les origines mais aussi la cohérence d’une Marine présentée, à tort, comme plus ouverte et démocrate que son Jean-Marie de père. Juste parce qu’elle évite les jeux de mots nauséabonds.

En historien, l’ami Corbière met en lumière le roman national que distille le « nouveau » Front national : une pure création, dénuée de toute approche scientifique mais assumant une vraie cohérence idéologique dont le point de départ reste « les racines chrétiennes » d’une France qui serait à l’avant-poste dans le « choc des civilisations » théorisé par Samuel Huttington. Réécrire l’histoire de la France, en nier les fondements républicains, travestir les faits, s’arroger des figures de la gauche pour leur donner une signification totalement contraire à la réalité de leurs engagements, voici les méthodes utilisées par le Front national depuis des années pour rédiger une nouvelle geste nationale, plus conforme à sa vision politique. Alexis prend le soin de tout montrer, de décortiquer chacune de ces escroqueries intellectuelles assumées par les idéologues du FN pour les démonter une par une, avec le scalpel de l’historien. Ce travail est salutaire qui permet, entre autres, de réhabiliter une deuxième fois Roger Salengro, qui n’a jamais soutenu de loi favorable à la « préférence nationale ».

Contre Affiche FN

Au fil des pages, en même temps que l’auteur décrit les mécanismes de travestissements des faits mis en œuvre par les théoriciens frontistes, depuis Samuel Maréchal jusqu’à Louis Aliot en passant par Bruno Mégret, il met en lumière les similitudes dans la construction politique qui existent avec les organisations d’extrême-droite françaises des années 30, notamment le Parti populaire français (PPF) de Doriot, de sinistre mémoire. Il n’est probablement pas si anecdotique que l’ancien secrétaire général du PPF, Victor Barthélémy, collabo assumé, ait fini sa carrière politique comme premier responsable administratif du Front national.

Alexis nous permet donc de comprendre la filiation historique autant que politique du Front national, l’inscrivant dans la suite de tentatives d’unification des extrêmes-droites françaises qui se succèdent depuis la fin du XIXe siècle. Comprendre son ennemi, c’est se doter des meilleurs outils pour le combattre puisque, à la fin, c’est bien « entre eux et nous que cela se jouera ».

Mais, ce qui me bouscule le plus dans le travail réalisé par Alexis Corbière ce n’est pas tant la remise en perspective du projet de Marine Le Pen. Je partage avec lui, depuis de nombreuses années, qu’il est, ce projet, de transformer le FN en machine capable de prendre le pouvoir, avec un projet fasciste. Avant elle, Bruno Mégret l’a tenté, quitte à se faire exclure du Front national. Il doit aujourd’hui savourer cette forme de victoire posthume.

Non, ce qui m’inquiète le plus, c’est que le travail opéré par Alexis montre sur quelles bases s’opère la rupture des digues entre le courant atlantiste aux commandes de l’UMP et le « nouveau » front national. Tout part de la théorie du « choc des civilisations ». Une analyse du monde, que je ne partage pas du tout, mais que Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont fait leur tout autant que Marine Le Pen. La lecture de la Réponse au chanoine de Latran de Jean-Luc Mélenchon, en complément de l’ouvrage d’Alexis, fait froid dans le dos. Les convergences d’analyse mais aussi dans la réécriture du roman national, avec quasiment les mêmes méthodes et les mêmes cibles : Jaurès, pour ne citer que celui-ci, permettent de songer que d’aucuns sont entrain de dessiner les contours d’une nouvelle majorité politique, vertébrée idéologiquement autour de la révolution conservatrice. Il faut regarder avec précision ce qui se déroule en ce moment même dans les coulisses de la politique en Provence Alpes-Côte d’Azur pour se dire qu’il ne s’agit pas là des pensées de Cassandre.

 La future majorité politique ?

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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