Arctic Monkeys @ Olympia Paris, 2012 feb. 3rd – live report

J’avais laissé les Arctic Monkeys un soir de novembre 2009, après une prestation au Zénith, combo post adolescent aux douilles longues, statique comme caché derrière leurs instruments. Un album, Suck It And See, et 100 dates pour cette seule tournée plus tard, nous avons de nouveau rencart, à l’Olympia cette fois. Première surprise : le set est diffusé en direct sur Arte live web. La salle parisienne, proclamée « Temple du rock » depuis les années 60, est pleine à craquer. Faut dire que l’affiche est alléchante, il y a Miles Kanes en première partie.

Pour ceux qui aiment, et parmi le public elles sont nombreuses, c’est une bonne nouvelle. Moi, je regrette le temps des Rascals, pop psyché plus brute. Les arrangements bien léchés de ce qui est, au final, une brit-pop peine rehaussée d’échos reverb sixties me laissent finalement assez froid. Mais, à côté de moi : Julien, David, Sylvain, Anne-Cécile et son amie ont l’air d’apprécier. Je vais tout de même commencer à m’agiter pour le dernier titre de cette ouverture : rien moins qu’un vrai morceau des Last Shadow Puppets, le combo formé par Miles K. et Alex Turner. Là, on renoue avec cette pop épique, naviguant allègrement entre Enio Moriconne et les Shadows, pour faire court.

Ça me donne l’occasion de commencer à mesurer l’évolution de Sir Alex, préfigurant celle des Singes de l’Arctique. Il a troqué son look de gosse de Sheffield un peu paumé dans le rock business pour une banane et un blouson en cuir cintré qui lui donnent des faux airs d’Eddie Cochran. Plus encore que dans le précédent concert que j’ai vu, on peut ressentir les effets de l’expérience Last Shadow Puppets. Le gars Turner a bien revisité ses classiques. Et les trois autres aussi ont pris de la bouteille.

Last Shadow Puppets on stage

Y a qu’à entendre la puissance de cette basse bourdon qui emplit la salle dès les premières mesures de Don’t Sit Down ‘Cause I Moved The Chair. Le public est cogné en plein foie. Ça hurle, ça crie, ça jette les mains en l’air. Alex Turner s’empare de la scène. Le chanteur guitariste bouge ! Oui, vous avez bien lu : il est vivant et embrase les planches. Sans minorer sa prestation, il n’aura certainement jamais le charisme ravageur d’un Dave Gahan mais, dans sa catégorie, il a bien fendu l’armure. Adieu le gamin, salut le rockeur. Seule sa voix est vraiment reconnaissable. Bon sang, ça fait du bien de le voir jouer au guitariste de métal, par moments, sans charres.

Pour le reste, on ne change pas les recettes qui gagnent. Impeccables de maîtrise, les Arctic Monkeys – articulés autour d’un couple basse-batterie proprement métronome – délivrent un set carré, faisant preuve d’une solide maestria instrumentale. C’est efficace et les faux refrains soulèvent la foule qui les reprend en cœur dès Crying Lightning, plus hymnesque que jamais. Faut le faire quand même, parce que la marque du gang, c’est quand même de délivrer des couplets qui n’en sont pas, de travestir les structures rituelles de la pop pour les malaxer et les régurgiter là où on ne les attend pas.

Des fois, je choisis des photoq quasi nettes

On passera sur le dispensable parce que trop évident The Hellcat Spangled Shalalala pourtant bien porté par ses six cordes diablement psyché pour rebondir sur un Brianstorm plus à tombeaux ouverts que jamais. Ce putain de morceau me fait vraiment penser, physiquement, à la descente de Mulholland drive dans un cabriolet Camaro aux freins déglingués. Ne cherchez plus le public, il est en transes. Si, à Rock en Seine, Alex avait besoin de chauffer la place, là, il lui suffit d’un « hello Parissss » pour que les spectateurs se mettent à sauter partout. En bras de chemise, il va en profiter pour taper la causette, entre vraie complicité et autodérision (« je salue les millions de personnes qui nous regardent sur le net »).

Pour le coup, le set est moins compact qu’auparavant. On prend le temps de se parler, de boire un coup, de souffler. La bouteille, je vous dis. Puis, c’est l’enchaînement fatidique, celui qui vous retourne un Olympia plus en demande qu’un héroïnomane privé de fix depuis dix jours : View From The Afternoon suivi de I Bet You Look Good On The Dancefloor. Question efficacité, il faut relever l’orgue très horror house qui soutient Pretty Visitors,avec ses accents sixties… Je l’ai déjà dit ? Faut croire que cette période musicale marque encore plus les Arctic sur scène que sur album.

Mais après, je reviens à mes amours

Mais le quatuor de Sheffield, dont j’ai déjà évoqué le goût pour l’autodérision, est aussi une bande de potes. Faut voir Alex aller se marrer avec le batteur, ou se la jouer avec son guitariste, à genoux, cambré vers l’arrière dans une attitude qu’on verrait plutôt chez le gratteux d’Iron Maiden. Et puis les potes, ce sont aussi Miles Kane, pour un Little Illusion Machine visiblement prisé par les adolescentes… Et un You and I marqué par la présence physique de Richard Howley. Cette face B de Black Treacle vivra bien toute seule vous verrez !

Je ne peux conclure ce survol d’un concert qui restera dans les mémoires numériques sans mentionner MON coup de cœur à moi : Do Me A Favor, interprété avec brio, délivre en plein ventre sa charge d’émotion rentrée, brisant les dernières (éventuelles) barrières du dernier auditeur qui n’était pas encore en transe. Voilà, c’est fait. Encore deux titres, dont When The Sun Goes Down qui nous permet un joyeux et viril pogo ; rappel. Puis fin. Et là, tu te dis que ceux qui parlent des Arctic comme d’un groupe de filles, ben… ils peuvent continuer à causer. Toi, tu t’en fous. Tu l’as vu ce concert.

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Bonus vidéo : Arctic Monkeys « You And I (feat. Richard Howley) » live at l’Olympia, Paris, le 3 février 2012

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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