9 février 1934: la révolution défend la République

Le 9 février 1934. Bon nombre d’entre nous ont perdu jusqu’à la mémoire de cette date, effacée je suppose par le 6 février de la même année. Les deux événements ont pourtant partie liée. Je me propose donc de faire un petit retour historique sur ces deux événements, qui illustrent le combat « Front contre Front » lancé par nous autres, militants du Front de Gauche.

Le 6 février 1934, il n’y a pas une mais deux grandes manifestations organisées par les associations d’anciens combattants : la plus connue est celle de l’extrême-droite, la plus connue ; l’autre initiée par l’Association Républicaines des Anciens Combattants, proche du Parti Communiste Français, tournera bientôt à la contre-manifestation face aux fascistes. Les deux cortèges ne se mélangent pas mais, dans la mémoire collective, il n’y a qu’une émeute de l’extrême-droite. Il est vrai que le cortège des anciens combattants « nationaux », s’approchant de l’Assemblée nationale réunie pour investir Daladier comme président du conseil, va transformer la manifestation en émeute avec tentation, voire tentative, insurrectionnelle.

Recréation de la manifestation du 9 février par la compagnie de théâtre Messidor

J’entends par là que l’émeute va être canalisée par les leaders d’extrême-droite à des fins de prise de pouvoir. La gauche de l’époque dénoncera d’ailleurs une « tentative de coup d’état ». Les affrontements avec la garde mobile sont extrêmement violents, ils durent plusieurs heures, mais l’émeute finit par tourner court. Un policier et seize manifestants sont morts. La police républicaine rétablit le calme et les « nationaux » rentrent chez eux. Pour autant, l’émotion est forte. La République a clairement tremblé sur ses bases. C’est un des rares moments où l’extrême-droite a mobilisé puissamment et a démontré sa volonté de prendre le pouvoir par la violence de rue.

La réaction des forces de gauche ne tarde pas. Le 9 février, à l’appel du Parti Communiste Français, une manifestation de défense de la République est organisée, place de la République à Paris. Elle rassemble plus de 50 000 personnes. Là encore, la police charge avec violence. Alors que les ouvriers rassemblés derrière le drapeau rouge n’entendent que défendre la cause républicaine. On dénombre 4 morts et 200 blessés. L’épilogue de journées du 6 et du 9 février sera la grande grève du 12 février 1934 qui voit l’unité d’action des organisations de gauche.

Cette séquence va jouer un rôle important dans la construction de l’union de la gauche. Le PCF va mesurer, devant la tentative de prise de pouvoir des fascistes, la dimension de l’échec de la politique de « classe contre classe », qui caractérise la social-démocratie comme un ennemi aussi redoutable que le fascisme. Cette ligne, strictement appliquée en Allemagne, a contribué à la victoire électorale des nazis en janvier 1933. La démonstration de forces des ligues factieuses à Paris le 6 février et l’échec relatif de la contre-manifestation du 9 vont jouer comme un déclencheur. Maurice Thorez, aidé par le délégué de la IIIe Internationale en France, le Tchèque Eugen Fried, vont initier un processus politique qui va déboucher sur le Front populaire et contribuer à infléchir la ligne du Komintern. Sur ce point, il est utile de lire l’interview de Danielle Tartakowsky au blog Canempechepasnicolas.

Le fait est que, face à la tentative insurrectionnelle de l’extrême-droite, il a fallu la réaction populaire, et la mobilisation de la classe ouvrière, pour que la « victoire » de la Police se transforme en victoire politique des forces républicaines. Cet enchaînement des trois journées démontre aussi que la défense de la République a toujours été assurée par la seule classe ouvrière et en premier lieu par les éléments révolutionnaires de cette classe. Parce que la République n’est pas neutre, elle porte en elle – pour son aboutissement – l’exigence de transformation sociale. En ce sens, Jaurès est proprement révolutionnaire.

Cette vérité est encore vérifiée aujourd’hui. Le combat contre le Front national ne peut se résumer à des belles incantations morales voire moralisatrices. Comme nous l’a montré le camarade Vincent Adami devant les usines de PSA, c’est physiquement qu’il faut faire barrage à l’extrême-droite.

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Bonus vidéo : Consolidated « This Is Fascism (Bass Mix) »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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