De Ris à PSA-Aulnay, l’humain d’abord

Porter la parole. C’est un peu notre but à nous, militants. N’ayant guère de soucis avec l’expression orale, je réponds assez volontiers à toute invitation qui m’est faite d’intervenir dans une assemblée citoyenne, un débat, un meeting. J’ai bien failli le faire à Tremblay. La FASE en a décidé autrement, passons. Ce vendredi 17 février, je serai à Ris-Orangis, pour parler emploi, « coût du travail », protectionnisme. J’ai été invité par l’Assemblée citoyenne de la ville où je compte quelques amis. Et j’ai accepté d’autant plus volontiers que, le lendemain, samedi 18 nous avons rendez-vous aux côtés des salariés de PSA à Aulnay. Il y a un vrai lien entre les deux moments. Je vais tâcher de l’expliquer ici.

L’affaire PSA est en effet bien révélatrice des perversions inhérentes au capitalisme. Les salariés du groupe qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot a vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. Le groupe a donc lancé un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre dernier, pour finalement atteindre le milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts. Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu.

Où est le problème alors ? Pas assez d’argent à redistribuer aux actionnaires ? J’ai bien peur que la réponse soit contenue dans la question. A noter que les économies, qui ont un coût (on ne le dit jamais), sont déjà provisionnées dans les chiffres présentés par le constructeur. Pour Aulnay, cette année, l’addition s’élève à 196 suppressions de postes. Pas moins. Mais, plus grave, le site devrait, selon la direction, fermer en 2014 avec 3 300 emplois à la clé. Je vous renvoie à la lecture de Bondy Blog pour mesurer la réaction des salariés.

Tout à son offensive contre les acquis de la classe ouvrière, le MEDEF nous explique doctement, relayé en cela par son bras armé l’UMP, que le coût du travail est la cause majeure des difficultés de l’économie française, dont PSA serait l’illustration parfaite. C’est la principale motivation du transfert des cotisations sociales part employeurs sur les salariés au moyen de la TVA dite « sociale ». Le sénateur socialiste Dominique Bailly estime, quant à lui, alors qu’il est loin d’être un communiste : « Sur un modèle de voiture urbaine, le « coût du travail » ne représente qu’entre 15 et 18 % du coût de revient du véhicule. »

L’Humain est donc devenu la première variable d’ajustement dans un univers où l’on ne maîtrise pas, malgré la politique crypto-coloniale de l’Etat en Afrique par exemple, le coût des matières premières, de l’énergie utilisée, entre autres choses. Voilà le véritable visage du capitalisme et de son bras armé : la finance. Pour accroître le rendement boursier de PSA, il n’y a de possibilité, dans ce système inepte, que de réduire les 15 à 18 % que représente l’activité humaine dans le prix de revient d’un véhicule standard. Pourrait-on inclure dans le calcul de ce prix de revient le montant des dividendes versés aux actionnaires ?

Cette situation motive la manifestation qui est a lieu samedi 18 février, à partir de 13h30, devant la gare RER d’Aulnay-sous-Bois. Vous trouverez ici aussi l’appel des organisations politiques « Pas touche – PSA Aulnay » à participer à cette manifestation.

Pour son exemplarité de ce qu’est le capitalisme aujourd’hui, elle sera au cœur de l’intervention que je vais présenter la veille devant les amis de Ris-Orangis. Si, par cas vous êtes dans le coin, venez donc discuter de l’humain d’abord avec nous. Et trinquer d’un bon perrier.

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Bonus vidéo : Crystal Fighters « I Do This Everyday »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

One response to “De Ris à PSA-Aulnay, l’humain d’abord

  • iceman75

    Si on pouvait juste parler de la part automobile dans le benefice, par rapport à la part PSA Finance (activité prêt lorsqu’on achète une voiture, par exemple) ou autres filliales aussi.
    Après il faudrait parler stratégie, du fait que construire des petits modèles à Aulnay dans un marché Euopéen en repli (et encore, on n’a rien vu… ), ce n’est pas le plus intelligent.

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