Duval MC nous sort (de) l’Etat second

« Et ouais, ça vient de Marseille frangin. » C’était l’album de l’année 2011. En téléchargement libre, et aussi en .ogg (extension du logiciel libre de lecture des fichiers musicaux) pour rester cohérent, au rythme d’un morceau par mois. Ce sera probablement celui de l’année 2012. Avec Etat second, l’ambianceur éducateur Duval MC livre une belle galette de hip hop aux accents électroniques prononcés, capable aussi de lorgner du côté du dubstep et autres joyeusetés ragga auxquelles je suis, en temps normal, assez hermétique. C’est la deuxième livraison de Duval MC après un Matière première, gavé de 14 titres, paru en 2008.

Mais il faut écouter le deuxième titre (dans sa version en téléchargement) de ce projet pour comprendre. On désobéit et son rythme très dansant file une sacrée envie de remuer son cul alors que chacune des paroles est un déclaration de guerre sociale. Vous savez, pour avoir lu ce que j’écris sur la musique, que ce genre de mariage est un vrai plaisir pour votre serviteur. En plus, quand il y a un clin d’œil aux Conti « défonçant la préfecture », est-il vraiment possible de résister à l’envie de booster les basses déjà bien grasses, monter le son pour transformer l’assemblée citoyenne en free party ?

Il peut le dire, sans fausse modestie, Duval MC et son pote DJ Kafra envoient du bois. « Le Danceflooor, on va lui faire comme une préfecture en Corse. » Moi, je suis désolé, mais ça me parle. Je suis bien loin d’être aussi anarchisant que les membres du groupe, pourtant. A ce sujet, Duval MC, ce n’est pas de l’engagement de façade. Les actes suivent les mots. On les retrouve dans des rassemblements contre le nucléaire ou contre l’OTAN. Du genre, de rassemblements, qui peuvent mal tourner et joliment raconté sur NATO Game Over avec Ramia et ses superbes vocalises anglaises aux volutes arabisantes en prime. Pour moi, qui a vécu à Marseille et qui suis un peu âgé à présent, il y a, de ce côté, une sorte de filiation – évidemment plus radicale, apanage de la jeunesse – avec le Massilia Sound System qui a marqué de son empreinte les bas fonds militants de la cité phocéenne.

Photo : Katrema

Mais revenons à cet Etat second de belle facture. Qui brasse les sujets de préoccupation du temps présent. Vous avez vu, j’ai résisté à la tentation de citer « le temps de rage » de La Canaille. Oups… j’avais réussi. Sujets du temps donc, je vais y parvenir. C’est que j’ai une sale manie, j’essaie toujours de tisser des liens entre des gens, des groupes, des projets, sans trop leur demander leur avis. Je pourrais aussi dire que Duval MC, dans une veine plus électro, creuse un sillon assez parallèle au travail d’une autre Marseillaise : Keny Arkana. Je vais revenir à Duval MC, je vous le promets.

Anarcho, j’ai dit ; écolo radical aussi, qui fustige l’exploitation du gaz de schiste sur Gaz mais aussi le greenwashing ou capitalisme vert en vogue ces derniers temps sur Bla bla durable. La France coloniale, d’hier ou d’aujourd’hui, en prend aussi pour son grade, vous savez cette « France forte » à la Guéant qui pense que l’Homme africain n’est pas rentré dans l’histoire. Ce genre de saillies sarkoziste, Duval MC adore. Ça lui a même inspiré un titre particulièrement salé : Quand j’entends le mot France dont je ne peux que vous livrer un extrait :

« Quand j’entends le mot « France » j’ai mal à la face
Elle m’horripile la France avec ces famas
Ces Mirages, ses falcones, ses mines et ses gaz
Ses hypermarchés qu’elle construit sans cesse
Quand j’entends le mot France j’ai mal au ventre
Pour tout ces sans-papiers à qui on pourrit la vie
Faire la queue à la pref flipper quand tu rentre
Et Carrefour paye une misère le coton du Mali
Tu vois pas la frontière? elle est sous le képi
Exploités las-bas, exploités ici
Restauration, batiment, contrat OMI
Une rafle à l’occaz pour l’electorat nazi
Et n’allume pas la télé où là tu vomi
Sevran, Zemmour, Hortefeux Steevy
Comme le discours de Dakar de Sarkozy
Niveau PMU 24 de QI 
»

Le texte intégral est là, pour celles et ceux que ça intéresse.

Par moments, Duval MC sait se faire plus léger, rappelant qu’il est avant tout un fouteur d’ambiance. Que ce soit dans ce registre, ou dans celui plus politique qui a d’abord attiré mon oreille, il le fait avec une belle langue, agile, incisive, innovante. Il rappelle ainsi que le rap est avant tout, en temps normal, une vraie poésie urbaine. Ce n’est pas inutile de le rappeler en cette période.

Voilà. L’album sort le 30 mars : 12 titres plus deux remixes. Et un inédit ! Pour les sons, outre Kafra, y a juste Imothep. Oui, le Imothep, architecte musical des grands anciens IAM. Je ne vous avais pas dit ? C’est que, pour être crédible et intéressant musicalement parlant, Duval MC n’a pas besoin de l’ombre portée de l’ami Imothep. Donc, je vous le glisse comme ça, juste pour la bonne bouche.

Faites ce que vous voulez, mais moi, pour faire ma campagne, cet Etat second est juste la bande son idéal. Comme une sorte de L’Humain d’abord en version musicale et libertaire, idéale pour se préparer à un porte à porte. Ceci est mon approche personnelle. Je ne parierai pas que Duval MC la fasse sienne. Merci à lui d’accepter ma vision de son son.

Retrouvez Duval MC sur son site.

Cadeau : téléchargez gratuitement Duval MC – Quand j’entends le mot France en mp3 ! Merci les amis pour l’autorisation.

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Bonus vidéo : Duval MC « On désobéit »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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