Florange : les ouvriers d’ArcelorMittal s’occupent de leurs affaires

Depuis le lundi 20 février, dans une indifférence quasi générale – à croire que la fourniture de viande hallal en Île-de-France constitue un enjeu plus préoccupant -, les salariés d’ArcelorMittal occupent leur usine de Florange, en Moselle. Ce qui est en jeu, ce n’est finalement pas grand chose et l’on peut comprendre que les grands médias fassent l’impasse. Pensez donc, il ne s’agit que de la survie d’un site industriel employant 5 000 salariés, pour l’essentiel des ouvriers, ces « invisibles » de la campagne électorale.

A l’heure où ces lignes sont écrites, environ 200 personnes occupent les locaux de l’usine ArcelorMittal. Cette décision prise par une intersyndicale unanime, et bien décidée à s’inviter dans les débats des candidats, entre un « référendum sur le chômage » et une « réforme du quotient familial », fait suite à l’oukaze de la direction d’ArcelorMittal sur le non redémarrage des hauts fourneaux au 2e trimestre. Rien moins que l’arrêt programmé du site. C’est vrai, sauf pour la presse quotidienne régionale, cela ne vaut pas un colonne de sortie à la une. Sauf pour l’Huma évidemment.

Donc, les camarades d’ArcelorMittal ont décidé de reprendre ce qui leur appartient : l’outil de production. Pour obtenir le soutien des pouvoirs publics et imposer le débat sur l’avenir industriel d’une région déjà bien sinistrée de ce point de vue. Qui se souvient qu’il y a 30 ans, avant que Mitterrand ne confie au père de François Chérèque la gestion de la désindustrialisation de la Lorraine, ce bassin concentrait le cœur de la sidérurgie française ? Ah oui… C’était il y a 30 ans, quand les ancêtres de ceux qui vont accepter – par leur abstention – le Mécanisme européen de stabilité, se vautraient dans la fange du « tournant de la rigueur ». Mais, revenons à nos moutons noirs, ceux qui ont visiblement décidé de ne pas se laisser tondre.

« Maîtres à bord ! », selon leur belle expression, leur prise de pouvoir dans l’usine de Florange est une étape en vue du Comité central d’entreprise d’ArcelorMittal qui se déroule jeudi. A croire que ces insolents ne veulent pas subir le même sort que leurs collègues de Grandrange en 2008. Grandrange, vous savez, les promesses de Sarkozy, « le site ne fermera pas », tout ça… L’usine, appartenant au groupe Mittal, a fermé en 2009. Avec cette mémoire, les ArcelorMittal de Florange ont décidé de ne pas se laisser faire, et encore moins de se laisser mener par de belles promesses. « Nous serons le cauchemar » de Sarkozy, annoncent-ils. Comment ne pas être à leurs côtés ?

Pour ma part, je ressens la décision du groupe ArcelorMittal de ne pas relancer les hauts-fourneaux au deuxième trimestre comme un abandon d’usine. En effet, la vente d’acier dans le monde est en hausse constante. En 2011, le cap des 1,5 milliards de tonnes d’acier produites a été atteint. Et le site de Florange dégage des bénéfices. Ah oui, ça vous rappelle quelque chose ? PSA-Aulnay peut-être ? Sera-ce que plutôt que de dégager des bénéfices réguliers, ArcelorMittal préférerait fermer un site pour accroître la rentabilité de son action ?

Moi, je dis : abandon du site par son propriétaire réel. Dans ce cas, me revient forcément en tête la Commune de Paris et le décret du 16 avril 1871 sur les ateliers abandonnés. Il confiait la direction et la gestion de l’appareil de production délaissé par les possédants aux ouvriers. Que ne nous inspirons-nous point de cet exemple à Florange ? Les camarades occupent les locaux de la direction, je leur fais confiance totale pour en assurer le rôle.

Et tant que nous sommes à parler d’industrie, je vous rappelle, pour conclure, que nos camarades des Fralib seront à Paris vendredi 24 février et qu’ils appellent à une manifestation de soutien. Vous trouverez leur appel là : Appel du comité de soutien aux Fralib.

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Bonus vidéo : Skalpel « Luttez ! Résistez ! Organisez-vous ! »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

6 responses to “Florange : les ouvriers d’ArcelorMittal s’occupent de leurs affaires

  • cpolitic

    A part nationaliser ArcelorMittal …

    On rachète, on prend ce qu’il y a de vendable, on liquide l’usine et les gens qui vont avec.
    La même technique que Bernard Tapie mais c’est la vision mondialisée et ultralibérale qu’on nous vend.

    On nationalise pour protéger les entreprises des requins de la Finance.

  • gauchedecombat

    #nath : bon billet ! J’en aurais évoqué le sujet si tu ne l’avais déja fait…. C’est effectivement nécessaire.

  • gauchedecombat

    @nath : ben attend j’ai encore deux autres billets sur le feu, peut pas être partout bon sang ! et pourtant cettte cause me touche, comme tout bon lorrain qui se respecte…

  • lecridupeuple

    Bon, mon Roland, prend ton temps 🙂 Tu sais pas que ma mère est de Mont Saint Martin… On est un peu pays du coup

  • Jennifer Berthelots

    A ce sujet, a propos d’Académie Française, ll se dit que le fameux libraire Gérard Collard, qui dirige la librairie Griffe Noire, envisage de postuler pour devenir à l’Academie Française !. Je suis convaincu que ça offrirait un 2nd élan à l’institution, foi de Saint Maurien. Non?

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