De 1871 à 2012 : aux racines de notre 18 mars

Je suis bien sûr que vous l’avez déjà lu, puisque bon nombre de mes amis blogchéviks ont écrit sur le sujet : dimanche 18 mars, nous allons (re)prendre la Bastille avec le Front de Gauche pour un meeting géant en plein air sur la 6e République. Le choix de cette date répond à notre volonté de nous réapproprier les symboles et les valeurs de la gauche : le 18 mars c’est le jour anniversaire du déclenchement de la Commune de Paris. C’est donc à mon tour d’écrire céans sur ce sujet, d’autant que c’est un peu – juste un peu – le cœur d’un livre que je suis entrain d’écrire. En pleine campagne électorale, c’est pas le meilleur moment je vous l’accorde mais bon…

La Commune de Paris, c’est un marqueur extrêmement fort dans l’histoire de la gauche française, puisqu’elle a tenté, en trois mois, de rendre concrète une utopie : la Sociale, comme on dit. Il s’est agit, pour les Parisiennes et les Parisiens, les « Communards », de renverser l’ordre établi pour remettre à l’honneur l’égalité, la fraternité, la liberté. Nous, au Front de Gauche, revendiquons cet héritage dont je vais extraire trois points clé. Mais, le premier aspect que nous revendiquons, c’est bien cette insurrection citoyenne.

Le déclenchement de la Commune de Paris, c’est une insurrection spontanée du peuple de Paris en armes, qui va se transformer, le soir même, en appel à l’élection. Les Parisiens ne gardent leur fusil que pour défendre le processus démocratique. Il faudra la violence de classe des Versaillais pour déclencher la guerre civile et les massacres. Aujourd’hui, faute d’être plus amplement informé, nous pensons que le recours aux armes n’est pas (encore ?) nécessaire pour mettre en place un nouveau contrat social. Nous avons confiance dans l’intelligence de nos amis, de nos voisins, de nos collègues… Bref, nous avons, chevillée au corps, la foi dans ce peuple dont nous sommes issus. L’arme que nous mettons à disposition du peuple pour abattre les privilèges et les privilégiés modernes, c’est le bulletin de vote. Premier point de notre héritage.

Le second a trois visages, sur lesquels je vais m’attarder parce que ce sont – malheureusement – des combats d’actualité : la place des femmes dans la société ; la place de l’étranger ; la propriété de l’appareil de production. Ces trois marqueurs identifient clairement la filiation entre les Communards et le Front de Gauche. C’est ce qui me permet de dire que nous sommes prêts à gouverner, puisque les valeurs de notre contrat social sont autant posées que les mesures que nous mettons à la disposition du Peuple pour renverser l’oligarchie.

Commençons par la place des femmes, même si je regrette que la Commune ne leur ait pas accordé le droit de vote. Les femmes donc sont sur le devant de la scène dès le 18 mars, à l’image d’une Louise Michel à Montmartre. Jules Vallès, dans Le Vengeur du 12 avril 1871, décrit avec enthousiasme : « J’ai vu trois révolutions, et, pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir. » La Commune voit la création du premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes, qu’animent Elisabeth Dmitrieff, aristocrate révolutionnaire russe de 20 ans, et Nathalie Le Mel, une bretonne de 45 ans, ouvrière relieuse. Les femmes obtiennent à travail égal, salaire égal , et créent de nombreux ateliers autogérés. Dans quelques quartiers, les élus appartenant à l’Internationale associent des femmes à la gestion municipale. En cette époque où règne « l’ordre moral », la Commune officialise l’union libre, conférant à la famille constituée hors mariage (concubins, enfants naturels) sa première reconnaissance légale. Enfin, la Commune bannit la prostitution considérée comme « l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines ».

Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, nombreux, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante dans le gouvernement révolutionnaire. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi sa désignation par le peuple : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel. » Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes. En retour, la Commune est entourée, durant son existence et après sa défaite, de la solidarité agissante du mouvement ouvrier international.

Enfin, nous assistons aux prémisses de l’autogestion, qui modifie fondamentalement la question de la propriété de l’appareil de production. La démocratie s’étend à l’entreprise. Des ateliers élisent, pour quinze jours, au conseil de direction, un ouvrier chargé de transmettre les réclamations et d’informer ses camarades des décisions prises. Dans l’orbite des chambres syndicales ou de comités de l’Union des Femmes surgissent de nombreux ateliers coopératifs. Cette pratique inspire le décret du 16 avril, prévoyant la remise en marche par les ouvriers associés des ateliers que leurs patrons ont désertés. L’atelier de réparation d’armes du Louvre se dote d’un règlement autogestionnaire.

Ces trois aspects du gouvernement de la Commune de Paris, nous les retrouvons dans le programme L’Humain d’abord, dans une vision adaptée au moment politique que nous traversons. Ils expliquent pourquoi pourquoi, avec d’autres camarades évidemment, je serai à la Bastille dimanche.

A vous y voir les amis !

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Bonus vidéo : L’Art Mais Rouge « Le 18 mars »

L’Art mais rouge – Le 18 mars

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

2 responses to “De 1871 à 2012 : aux racines de notre 18 mars

  • Annie

    femmes, immigrés.
    l’autogestion qui est la racine spécifiquement française de l’anarchosyndicalisme (dont j’ignore la date de début)
    cet anarcho que je porte dans mon âme. que j’ai « pratiqué » dans le PSU
    c’est un aspect oublié de l’esprit français c’est regrettable.
    c’est un peu différent de l’anarchisme pour moi. C’est une synthèse de la lutte « organisée » et dont on laisse l’initiative aux concernés (pour un mauvais résumé).
    Il faudrait dire aussi que l’anarchisme est un mot devenu péjoratif, très mal interprété au quotidien par les gens qui s’en revendique par « sympathie » sans en connaitre les « règles » car il y en a. C’est pas du n’importe quoi être anar, c’est une organisation

  • De 1871 à 2012 : aux racines de notre 18 mars « "l'Humain d'abord" par PG87

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