Est-ce que vous avez compris à présent ?

A tout le moins, nul ne pourra dire que nous n’avons pas prévenu. Cette marche du Front de Gauche, conclue par le meeting de la Bastille, donne le ton. Nous avons lancé l’insurrection citoyenne, l’insurrection civique. L’affluence à la Bastille, ce 18 mars, était celle des soirs de victoire de la gauche. Et, pourtant, nous n’en sommes encore qu’au début de la campagne électorale officielle. Le décor est planté, nous vous avons fait la démonstration de notre force.

Oui, nous étions plus de 100 000. A mon poste, tenant la corde dans le carré de tête, j’ai pu voir les trottoirs remplis de monde de Nation à Bastille. Au-delà de la nuée des journalistes, il y avait des nôtres devant nous… C’est cela d’offrir un outil politique aux inorganisés, aux non-militants, à ceux qui étaient loin de l’action citoyenne : ils n’ont pas l’habitude des cortèges. Devant… Derrière… Sur les côtés… Du moment qu’ils sont là, ils se fichent bien de l’importance d’un cortège ordonné, de l’impact que cela a sur chacun. Et, peut-être, ont-ils raison dans le fond. C’est, comme l’écrit l’ami José, « le grand fracas ».

Oh ! Bien sûr… Parmi les dizaines de milliers d’amis montés de leurs provinces, il y avait pas mal de militants habitués à nos rassemblements. Ils y étaient même majoritaires, très largement. Quand la SNCF fait payer plein pot le billet, faut avoir le militantisme sérieusement arrimé pour se dire « on y va quand même ». Petit plaisir personnel : cela m’a permis de revoir les camirades (contraction d’ami et de camarade) de Besançon : Emmanuel, le Mexicain et les autres.

Place de la Nation, vers 12h30...

Donc, oui : de Province, ce sont surtout des militants encartés qui sont arrivés sur ce lieu de convergence de toutes les révolutions : la place de la Bastille. Mais pour les Franciliens, changement de donne. Là, ce sont les citoyens que l’on dit lambda qui sont venus en masse. Nous autres militants de Paris et de ses banlieues, quel que soit le logo sur notre carte, sommes minoritaires. Je m’en rends compte en faisant mes tours de sécurité. Pas de badges ni d’autocollants… ou alors trop. Et ces regards surpris, comme épatés de leur propre présence, de l’importance de cette présence.

Il y a là une jeunesse nombreuse, souriante, rigolarde, fière de son tour joué aux bien-pensants. Quelques heures plus tard, en rentrant vers chez moi, je la croiserai – plus qu’enthousiaste – sur les trottoirs, dans les couloirs du métro, se ruant vers le RER qui la ramènera dans ses quartiers. Elle a l’insolence crasse de ceux qui n’ont peur de rien. Et elle nous incarne bien, cette jeunesse de banlieue. Tout autant que ces couples, finalement sans âge à force d’avoir des âges trop différents. Ils se tiennent par la main, par la taille ou juste par le regard. Ils s’embrassent en écoutant le discours de leur candidat. Parce que, oui ! Notre projet est porté par l’Amour. Cet amour qui nous amène à proclamer le droit du sol intégral : « Tu nais ici, tu es Français ! » Cet amour de soi et des autres, c’est le Front de Gauche en chair et en os. Ce sont ces familles venues en nombre, les enfants batifolant sur la place, ravis.

Le Front de Gauche, ce dimanche 18 mars, c’est aussi une marche des fiertés. Fierté retrouvée pour l’allocataire du RSA que les oligarques qualifient d’« assisté » quand ce sont eux qui bénéficient le plus des largesses de l’argent public. Fierté de ces couples homosexuels qui n’ont pas à endurer le regard réprobateur des bas du front. Fierté de ces salariés de Fralib, accueillis en triomphe par l’assemblée de Bastille et qui lèvent haut l’étendard du combat de classes. Fierté de ces militants communistes qui n’ont plus à subir le mépris condescendant des éléphanteaux du Parti dit socialiste.

Nous sommes fiers d’être ceux que nous sommes ! Insolents ! Rebelles ! Le drapeau rouge à la main ! Le bulletin de vote entre les dents! Vous avez raison de trembler, de trépigner de rage messieurs Raffy et Barbier. Nous sommes dangereux. Nous ne sommes plus la gentille variable d’ajustement au service de l’hégémonie social-démocrate. Ce temps est révolu. Nous sommes l’insurrection qui vient, la vague rouge qui va laver les plages de votre confort acquis sur la sueur des autres.

A tout le moins, vous ne pourrez pas dire que nous n’avons pas prévenu. Est-ce que vous avez bien compris à présent ?

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Bonus images et sons et mots : le billet d’Annie sur penseelibre.fr : Quelques photos 18 mars Bastille, j’y étais.

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Bonus vidéo : HK & Les Saltimbanques « On lâche rien » (Live at La Bastille, 18 mars 2012) forcément..

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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