A Grigny, les quartiers populaires font front… de gauche

« Jean-Luc, sois le bienvenue à la Grande Borne. Sans équivoque. » Le cri a jailli, anonyme à jamais, dans le gymnase du Labyrinthe à Grigny. Ce dimanche 1er avril, avec le Front de Gauche des quartiers populaires, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent sont à Grigny. Ils prennent le temps de débattre avec les associations et les habitants impliqués dans la vie de ce quartier populaire plus cité dans la presse pour les faits de délinquance que pour la vivacité de son tissu citoyen. C’est qu’il se passe de belles choses à la Grande Borne et, plus largement, à Grigny.

Je ne vous conterai pas le menu des échanges qui ont lieu dans ce gymnase : ma tâche du jour me cantonnant à l’extérieur, accueil et sécurité des participants au meeting qui aura lieu quelques heures plus tard oblige. Sachez que la rencontre va durer deux heures environ. Et que les sourires des participants, à la sortie, témoignent de la richesse de ce vrai débat entre citoyens. Et oui, un militant n’est qu’un citoyen engagé, mais d’abord un citoyen. Il en va de même pour un candidat, qui n’est finalement qu’un citoyen qui a accepté une tâche militante plus lourde que d’autres. Du côté du stade Jean-Miaud, où va avoir lieu la prise de parole, les abeilles du Front de gauche s’activent. Le village militant permet à chacun qui le souhaite de s’impliquer dans la campagne.

Il y a du symbole dans la venue du Front de Gauche à Grigny, ville la plus pauvre d’Île-de-France, en lisière de « l’une des zones industrielles les plus riches d’Europe ». Mon ami Philippe Rio, nouveau maire de la ville, rappelle que 44 % des Grignois vivent sous le seuil de pauvreté. Les politiques successives de la droite et, pour une certaine part, de la sociale-démocratie n’ont servi qu’à aggraver la situation d’exclusion économique et sociale des habitants de cette banlieue. Ce qui vaut à Grigny vaut malheureusement dans bien des quartiers de France et de Navarre. Je pense en particulier à ceux de ma chère Seine-Saint-Denis : Montreau-Le Morillon à Montreuil, Allende à Villetaneuse, les Fauvettes à Neuilly-sur-Marne, la Boissière à Rosny-sous-Bois… La liste des discriminations dont sont victimes nos concitoyens qui vivent là prendrait bien plus qu’une seule note de blog.

Ces discriminations ne sont pas le fruit de situations locales. Elles sont bien le résultat d’une politique nationale. Et, pour sortir du phénomène de ghettoïsation, il faut bien renverser la table au niveau national. C’est le pari que nous faisons au travers du Front de Gauche. Pas avec de belles paroles mais avec des actes. Ces actes, les quelque 5 000 participants réunis au stade Jean-Miaud sont prêts à les mettre en œuvre, chacun à leur niveau. Le silence durant la prise de parole de notre candidat témoigne que les banlieusards rassemblés là sont venus chercher le mode d’emploi de la révolution citoyenne, autant qu’ils marquent leur implication dans l’insurrection qui vient.

Chacun a sa manière est venu dire aussi sa fierté d’être issu des quartiers populaires, ces cités stigmatisées par les médias de masse ; sa fierté de faire vivre au quotidien la solidarité, la fraternité quand les politiques gouvernementales brisent les services publics et l’égalité des droits. Parce que ces quartiers – nos quartiers – ont aussi les mille visages d’une vie riche, des échanges dans les halls d’escalier, des rencontres impromptues devant les commerces qui refusent de céder à l’intimidation de quelques petites têtes cramées qui se parent des atours de la respectabilité devant les caméras.

Celles et ceux qui sont réunis, attentifs et heureux en même temps, incarnent mieux que quiconque la France nouvelle que le Front de Gauche entend placer demain aux postes de commande, au travers de sa constituante. Je veux avoir ici une pensée pour François Asensi et les amis, aujourd’hui impliqués dans le Front de gauche ou non, qui ont créé l’Académie des Banlieues pour faire connaître cette vivacité, cette richesse, qui fait vivre les quartiers solidaires de ce que le gouvernement entend transformer en périphéries de la France.

Assurément, l’irruption des citoyens dans le débat politique, grâce à un Front de Gauche qui se dépasse lui même pour devenir un nouveau Front populaire, crée l’événement. Plus jamais nos banlieues ne seront le désert politique que voulaient créer les puissants pour éviter la révolte des gueux.

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Bonus vidéo : Grandmaster Flash and The Furious Five « The Message »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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