Le Front de gauche a les mains libres

C’est ce qu’il y a de bien avec la constance en politique. Pendant des années, nos positions politiques sont restées minoritaires et éparpillées entre divers groupuscules dans ou en marge des partis qui bénéficient de la mansuétude des médias commerciaux. Mais le discours ne variant pas, il commence à être pris en compte par un nombre croissant de citoyens. Puis, un évènement amène l’ensemble de ces groupuscules à se fédérer et, là, les minoritaires créent la surprise en devenant la majorité. C’est ce que nous avons réussi en 2005 avec le Traité constitutionnel européen. A la sortie des meetings du Front de gauche de Vierzon et Limoges, j’ai le sentiment que nous sommes en train de renouveler l’expérience avec, en ligne de mire cette fois, rien moins que la prise de pouvoir. Ce n’est pas là le fruit du hasard, notre stratégie vient de loin.

Dans le Cher, on a approché les 6.500 personnes ; les 10.000 dans la préfecture de la Haute-Vienne. Dans ces deux rassemblements d’éducation populaire politique, nombreux étaient les socialistes, y compris encartés. Pourtant, les baronnets locaux du parti autoproclamé « sérieux » * n’ont ménagé leur peine ni dans l’une ni dans l’autre des villes pour tenter de retenir « leurs » adhérents. A Limoges, ils ont recouvert les affiches de notre meeting en fin de matinée. Il nous aura suffi de quatre camarades et d’une heure pour réparer ce qui ne peut être que le fruit d’une stupidité individuelle. Pour tenter de garder les militants PS à la maison, feu la gauche de ce parti a poussé plus loin : elle a organisé une réunion avec le député emmanuelliste de la Creuse Michel Vergnier. Ca a tant bien fonctionné que je ne compte plus le nombre de personnes que, dans le Zénith, les camarades me signalent comme « encarté PS », « militant PS », quand ce ne sont pas des conseillers municipaux.

La veille à Vierzon, c’est un secrétaire de l’union départementale CFDT qui me demande son chemin pour gagner le parc des expos où  vont parler Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet. Ce n’est pas rien non plus tant, entre le TCE et nos positions respectives sur les retraites, les rapports entre le Front de gauche et la centrale dirigée par François Chérèque ne sont pas des plus simples… Au final, notre constance politique, cela fait juste dix ans que nous répétons les mêmes choses en boucle au risque de nous voir comparés à des vieux 33 tours usés autant que mon maxi de Ne ver Let Me Don par Depeche Mode, nous a rendu crédibles et dignes de confiance.

Ce n’est pas rien quand les repères se brouillent. Pardon… quand, syndrome de Fukuyama oblige (« le communisme est mort, le capitalisme a gagné, l’histoire est finie », les idéologues capitalistes et sociaux démocrates s’unissent – sans s’en rendre compte ? – pour brouiller les repères. Nous minorités devenues enfin visibles par l’efficacité du Front de gauche, apparaissons donc comme un point fixe auquel se raccrocher dans la tempête. Et bientôt, nous tiendrons la barre du navire après lui avoir imprimé le cap. Ce que nous faisons déjà entre reprise même tronquée de nos positions, recyclage de notre vocabulaire, référence permenante à nous. Heureusement que nous ne sommes qu’une candidature de diversion, de division, au service de Sarkozy, autre (rayer les mention inutiles).

Bref. Nous sommes le point fixe qui agglomère le rassemblement, j’en parlais encore hier. Nous avons la capacité à l’être en raison de notre cohérence. En 2005, non au TCE ; non au traité de Lisbonne en 2007 ; ni et au Mécanisme européen de stabilité en 2012. Nous avons également refusé  la directive rail ainsi que tous les autres oukases de la pensée inique. En sus du fait de pouvoir nous regarder dans la glace, cette persistance dans la même direction nous permet d’avoir les mains libres pour construire l’alternative. Nous ne sommes tenus par aucun engagement pris de concert par le parti populaire européen et le parti des « sérieux » européens. Le seul engagement qui nous lie les main reste le mandat que nous a confié le peuple. Ah, oui : cela porte le doux nom de démocratie.

Ce qui vaut pour le cadre européen vaut, bien évidemment, pour le reste. Nous allons pourtant devoir faire des compromis, avec nous-mêmes. Comme sur d’autres sujets, il faut prévenir, dire les choses clairement et honnêtement pour que nul ne se sente floué. Ainsi, nous répétons qu’il faut achever dans les urnes le sarkozisme à l’agonie. Quel que soit le cas de figure. C’est une simple mesure de salubrité publique. Nous disons aussi que, vu qu’Hollande ne peut pas nous faire perdre, nous proposerons des postes de ministres au parti « sérieux » ainsi qu’aux verts – sauf à l’amère, évidemment – dans le gouvernement de transition qui travaillera jusqu’à ce que l’assemblée constituante ait mené à bien ses travaux. Cette manière de faire : prévenir, dire ce que l’on va faire, c’est aussi cela qui nous donne les mains libres.

Au final, dans ce Limousin Terre de Gauche, où j’ai commencé à militer de manière organisée, il y a eu les premiers pas d’une méthode. Qui peut aller plus loin encore, vu comment le Front de Gauche est en passe de se dépasser lui même. Sur ce point, je veux juste préciser que ce n’est pas rien ce qu’a fait notre candidat lors du meeting de Limoges. Il a appelé à la création, partout, de comités locaux du Front de Gauche. Mais je lui laisse la parole, citée parLe Populaire du Centre, quand il revient sur la genèse de Limousin Terre de Gauche, qui élargit le socle de base aux camarades du Nouveau Parti Anticapitaliste ès qualité :

« A l’époque, il y avait beaucoup de scepticisme au sein même du front de gauche au niveau national. Moi, j’étais certain que c’était la bonne recette. Christian Audouin a su accepter le verdict de ses camarades sans orgueil obstiné.  Il y avait le risque que les socialistes appliquent la méthode du gros bâton, ce qui est leur façon ordinaire de traiter les autres. Ils ont pensé qu’ils allaient imposer leurs élus. Passer en force, exactement comme aujourd’hui. Ils se sont fracassés. Et c’est ce qui leur pend au nez si j’arrive à réunir les conditions du choix politique à gauche. »

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* Quand même, à quoi pensent les communicants du Parti « sérieux » ? Pour le provincial que je suis et resterai toujours, soit dit en passant le coeur de cible du Batave, « sérieux », ça renvoie à notaire. Et, sérieusement, qui voudrait, Sand y être obligé, confier ses intérêts à un notaire ?

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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