La Marseillaise alimente la vague rouge

Cette Internationale lancée gare de Lyon, pour faire front face aux fans de Sarko montés d’Avignon dans le même train que nous, a la saveur de la victoire proche. Ce lendemain de meeting monstre à Marseille, les clignotants sont allumés : le Front de Gauche peut renvoyer dans les cordes et l’héritière de Montretout et Nicolas le petit. A Marseille, où la droite dirige et où le Fhaine réalise des scores inquiétants depuis des années, nous avons eu droit, dès 4h30 (heure de notre mise en route) et jusqu’au bout de la nuit, à des encouragements marqués venus d’anonymes : coups de klaxons, poings levés, bises soufflées du bout des doigts… Des marques de sympathie pas vraiment habituelles dans cette ville que je connais pour y avoir vécu et travaillé. Vous comprendrez donc que, pour moi, ce meeting sur les plages du Prado n’avait rien de banal.

Au final, il n’a été banal pour personne. Ni pour cet ancien camarade socialiste qui me raconte : « Tu peux pas imaginer le nombre de socialistes qu’il y a aujourd’hui ». Ni pour Gilles, ancien secrétaire de l’union départementale CFDT qui arbore ce demi sourire que je lui connais bien. Ni pour ces dizaines de milliers de gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam mais qui, à l’image de cette militante EELV, sont venus voir, écouter, comprendre, choisir. Selon France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, nous sommes au total « 120 000 et 150 000 ». Jusqu’à 15h45, l’avenue du Prado est bloquée par la foule qui ne cesse de descendre depuis le rond-point du Prado jusqu’à celui du David. Les deux plages sont, elles, rouges de monde pendant les interventions successives de Clémentine Autain et de Pierre Laurent. Il faudra bien l’admettre, le parisianisme qui veut que le meeting de Marseille ne rassemble pas plus que la Bastille n’est plus de mise.

Puis, la vague s’élève quand notre candidat prend la parole. Il commence par une ode à la Méditerranée, lui qui la connaît si bien. En écho au grand historien Fernand Braudel, il ressuscite le mare nostrum comme lieu de rencontre quand les gouvernements de droite n’ont de cesse d’en faire une frontière. Méluche renoue avec Averroes autant qu’avec la Sicile arabo-normande lesquelles, dans le contexte de leurs époques respectives (le Moyen-Age), s’avéraient moments et lieux de rencontre entre les cultures autant que de tolérance. Et Jean-Luc de rappeler que les sciences et les mathématiques nous sont parvenues grâce aux Arabes et aux Berbères. Arabes et Berbères dont le rôle, plus récent, dans la défaite du nazisme est tout sauf anecdotique. J’ai – à ce moment-là – une pensée très émue pour mon « pôpa », Jean, né à Hussein Dei, grandi à Bab El-Oued, le pauvre blanc des quartiers populaires d’Alger la blanche, ville miroir de Marseille par bien des aspects. Je vous ai déjà dit que je suis fleur rouge, je passe donc sur les yeux mouillés qui sont les miens à ce moment-là du discours.

Encore plus quand les amis, les camarades, le peuple rassemblé sur ces plages, interrompent notre porte-parole à tous. C’est une déferlante de « Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais ! Ouais ! » qui s’abat sur le sable, forte de ces va et viens permanents entre la rue et le Vélodrome. Pour info, on ne sait plus si ce slogan marseillais par essence, bien que désormais adopté par toute la gauche française, est né au stade ou sur la Canebière. Et, dans le fond, qu’importe puisque ce sont des dizaines de milliers de gorges qui le portent jusqu’au soleil incandescent de cette après-midi de liesse. Vous avez eu, vu ou lu les discours des hérauts du Front de Gauche par ailleurs, je vous en épargne donc la redite. Je veux juste mettre en exergue les derniers prononcés par notre candidat :

« Il faut que je dise mes derniers mots pour aujourd’hui : nous sommes le même peuple, des êtres humains au bord de la terre féconde, tantôt Français, tantôt Espagnols, tantôt Arabes, tantôt Berbères… Ne baissez plus jamais les yeux. Nos combats sont tout d’abord un poème que nous écrivons ensemble. Vive la République ! Vive la France et vive la République sociale ! »

Sur les bords de la Méditerranée, les mots de Mélenchon se font plancton dont chacun se nourrit avant de repartir à la rencontre de ses voisins, de ses collègues, de celles et ceux qui ne savent pas encore s’ils vont voter et pour qui. Assurément, à regarder la maigre affluence de la Concorde sarkoziste, malgré les TGV spéciaux à 10 euros (encore !) la place, il n’est plus utopique de songer que nous avons le pouvoir de le sortir dès le premier tour. Quel bien immense cela ferait à la démocratie ! Il faut voir le contraste entre ces Marseillais attablés qui, vers 20 heures, saluent entre poings levés et applaudissements nos « Résistance ! Résistance ! Résistance ! » entre le Cours Julien et la Plaine d’un côté ; les mines grises de ces supporters de Nicolas le petit le lendemain dans le TGV entre Avignon et Paris.

Nous sommes la jeune France, nous sommes les gars de l’avenir !

Pendant ce temps-là…

Mes amis de Montreuil étaient plus de 300 réunis pour regarder la diffusion en direct du meeting marseillais.

Mes voisins du 18e arrondissement ont organisé une écoute collective à laquelle ont assisté une belle centaine de personnes.

Et l’Olympique de Marseille a remporté sa troisième Coupe de la Ligue d’affilée. (Désolé, c’est ma seconde troll fana de l’OM)

Et Nicolas le petit a fait un flop à la Concorde.

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Bonus vidéo : IAM « Bad Boy de Marseille (Feat. La Fonky Family) »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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