Bienvenue dans l’ère de la contre-révolution

Après l’analyse de l’événement politique de ce premier tour de l’élection présidentielle, je veux bien sûr parler du score du Front de Gauche, il faut revenir sur la seconde ligne force de ce moment politique : la recomposition, par l’extrêmisation, de la droite. Beaucoup ont été choqués par les 18 % de l’héritière de Montretout. Ayant vécu et milité dans les Bouches-du-Rhône, ayant participé à la reprise de Vitrolles aux Mégret, je l’ai été dans une moindre mesure. Mais il ne faut pas s’arrêter là, au risque de se planter comme le fait encore François Hollande avec sa pseudo analyse sur la « colère sociale ». Ce qui est en train de se passer sous nos yeux, c’est ce qu’annonce depuis longtemps l’ami Stéphane : la fusion idéologique du Front national et de l’UMP sarkoziste. Sur la base de valeurs et d’analyses désormais communes, ils ont rassemblé 45 % des électeurs.

Arrêtons de parler de vote contestataire concernant le FN. C’est un vrai vote d’adhésion. Les électeurs frontistes, je ne parle pas même des militants, veulent voir Marine Le Pen au pouvoir. Et pour cela, ils entendent bien s’en donner les moyens. Un sondage paru dans Les Echos de ce mercredi 25 avril donne quelques clés. Comme on le sait depuis plusieurs mois, l’électorat UMP veut un accord sur les législatives avec le FN. Plus surprenant, pour les anti-Le Pen de base, 59 % des électeurs de Marine Le Pen souhaitent un accord avec l’UMP. C’est désormais possible au vu des convergences idéologiques entre les deux pôles de la nouvelle droite.

Ces convergences ont été mises en lumière par les interventions successives de Marine Le Pen puis de Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de l’élection présidentielle. Les mots sont quasiment décalqués les uns sur les autres, au point que l’on a pu croire que Nicolas le Petit a copié puis collé les maux de la millionnaire pour écrire son discours. Nous assistons là à l’aboutissement d’une longue bataille idéologique initiée dans les années 1970 par la Nouvelle droite. Celle-ci définissait ainsi ses buts :

« Agir sur les mentalités de nos contemporains pour accélérer dégoût et mal vivre propres à notre modernité, que l’on désigne habituellement sous le terme de « morosité » et qui nous apparaissent comme des maux beaucoup plus profonds et constitutifs qu’un simple pessimisme occasionnel né d’un reflux de l’Histoire. Il s’agit en effet – très précisément – de l’échec absolu de l’aventure républicaine et de toutes ses retombées morales et socio-politiques qui grèvent notre avenir à court et moyen termes et obscurcissent notre horizon individuel et collectif. Aussi devons-nous accentuer ce délabrement des êtres et des choses qui aboutira nécessairement à un état pré-révolutionnaire favorable à l’éclosion de la morale néo-droitiste, c’est-à-dire à la résurgence d’une humanité aristocratiste. Nous voulons que notre avenir nous ressemble, et qu’il ait des couleurs éclatantes (sic). »

C’est très précisément ce qu’ont fait les penseurs du sarkozisme en accentuant les divisions entre Français, en s’acharnant à morceler le corps social, en s’attaquant aux corps intermédiaires avec conscience et méthode. La mise à sac du compromis politique républicain issu de la Résistance, le fameux programme du Conseil national de la Résistance, a été l’objectif de l’UMP du nain hystérique. En cela, elle partage un objectif majeur avec le Front national. Elle partage aussi bien des « principes » : les racines « chrétiennes » de la France, le rejet des musulmans sous couvert de « laïcité », l’aspiration au repli sur soi nationaliste… Les « cadres » de la Nouvelle droite se retrouveront, à la fin des années 80, autant à droite, notamment au sein de Démocratie libérale, qu’à l’extrême-droite. Ils se sont pour ainsi dire répartis les cibles pour y faire progresser leurs idées et mener une bataille culturelle au sens Gramscien du terme.

Le cheminement de l’UMP vers les thèses de la Nouvelle droite a été long, tant la survivance de l’influence chiraco-gaulliste a été longtemps un rempart aux rapprochements idéologiques entre la droite et son extrême. Mais Nicolas le petit avec sa garde rapprochée issue du groupuscule d’extrême-droite Occident : Longuet, Devedjian, Novelli va conquérir la machine électorale UMP et en redéfinir le projet politique sur le long terme. La théorie du « choc des civilisations » en devient le cœur ; elle est accompagnée d’une réécriture de l’histoire de France et d’un projet de recomposition de l’ensemble de la société française. C’est la version française de la révolution conservatrice, ou de la contre-révolution si on veut, menée par Thatcher en Grande-Bretagne, Reagan puis Bush Jr aux Etats-Unis, Umberto Bossi et Gianfranco Fini en Italie.

En parallèle, dans les pas d’un Bruno Mégret qui a été exclu du FN pour ces raisons, l’héritière du « détail de l’histoire » va décapiter la vieille garde frontiste regroupée autour de Bruno Gollnisch pour transformer le F-Haine en machine à conquérir le pouvoir. Le corpus idéologique reste le même mais les aspects les plus clivants sont estompés, les provocations sont bannies. Toute ressemblance avec l’évolution du Mouvement social italien (regroupements des nostalgiques de Mussolini) en Alliance nationale de Gianfranco Fini n’est pas due au hasard. L’objectif est la conquête du pouvoir. Les convergences politiques avec le sarkozisme, la bataille culturelle que ce dernier a menée, autorisent en effet les gars de la Marine à rêver d’une revanche sur la France des lumières.

Regardons bien les comportements en termes de vote pour comprendre que les électeurs du FN et de l’UMP viennent du même camp idéologique. Depuis 2007, le bloc électoral UMP-FN reste globalement stable. Il n’a varié que de 70 000 voix entre le premier tour de 2007 et celui de 2012. Au fur et à mesure des scrutins intermédiaires entre ces deux moments clés, nous avons pu mesurer le lent glissement des électeurs sarkozistes vers la Le Pen. Glissement idéologiquement autorisé par les propos des flingueurs du président bientôt sorti : Hortefeux, Guéant et consorts ; glissement politique alimenté par le transfuge du FN puis du MNJ (Mégrétiste) Guillaume Peltier ; glissement généré aussi par les déceptions engendrées par des mesures jugées trop « libérales » en matière économique et sociale. S’ajoute à cela le parfum de scandale, qui marqua la fin du septennat giscardien et qui revient en vogue, de Takkieddine et le Karachigate à l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit jamais. Il sonne le glas de la « République irréprochable ». D’où le déchainement de l’UMP, du « cancer de l’assistanat » cher à Laurent Wauquiez jusqu’à « l’effraction » de François Baroin. La panique est elle que l’Elysée permet au ministre des transports Thierry Mariani de livrer au journal fascisant Minute l’exclusivité de la pétition de la Droite populaire contre le droit de vote aux étrangers.

L’UMP et le FN ont aussi en commun la même cible première, celle avec laquelle « tout se jouerait », cette fameuse création idéologique qui porte le nom de « classes moyennes ». Ce morceau du corps social se sent aujourd’hui fragilisé et se radicalise. Comme je l’ai déjà écrit, il s’agit là d’une mécanique que l’historien Pierre Milza a longuement décortiquée dans ses ouvrages consacrés à la montée des fascismes. Face à la menace de prolétarisation dont elles se sentent victimes, les dites « classes moyennes » trouvent dans les partis fascistes les moyens pour rétablir un ordre qu’elles estiment naturel : leur « supériorité » supposée en termes économiques, sociaux et culturels, sur le prolétariat.

Il y a donc bien 45 % des électeurs qui ont choisi la contre-révolution cette année. Ce n’est pas rassurant. Mais pourquoi la France resterait à l’écart d’un mouvement qui frappe toute l’Europe, et pas forcément des pays arriérés. Le même processus est à l’œuvre en Italie, je l’ai dit ; en Hongrie ; en Belgique ; aux Pays-Bas ; au Danemark… Voilà donc ce à quoi nous avons à faire. En tenir compte, c’est se donner les moyens de lutter, politiquement, idéologiquement, culturellement contre ce projet de société. Continuer à donner du crédit à la thèse de la « colère sociale », c’est se tromper lourdement.

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

23 responses to “Bienvenue dans l’ère de la contre-révolution

  • Bienvenue dans l’ère de la contre-révolution « "l'Humain d'abord" par PG87

    […] on lecridupeuple.wordpress.com Évaluez ceci : à partagerEmailPrintJ'aimeJ'aime  […]

  • gauchedecombat

    je crois en fait que nous avons tous deux une partie de l’analyse. La fusion des droites dures, je l’ai également suffisamment martelée. Mais s’y ajoute le fait que, face aux nombreuses affaires judiciaires qui les taraudent, l’ump s’accroche au pouvoir comme un dernier moyen d’y échapper est également une réalité, par delà ou en deça ton analyse idéologique qui effectivement tient la route. Mais il y a aussi des questions plus prosaïques…. matérielles, faites d’intérêts personnels.

    • lecridupeuple

      Vu que je les évoque aussi, je suis d’accord sur le moment prosaïque. Mais, vieux marxiste que je suis, je reste un poil campé sur la vision longue 🙂
      Tu ne m’en veux pas ami ?

      • gauchedecombat

        meuhhh non ! Nous n’avons simplement pas la même origine en terme de culture politique. Moi, je viens de la gauche alternative, et me revendique de l’alter-mondialisme, voila tout. Donc, non marxiste… Tu ne m’en veux pas l’ami ?

      • lecridupeuple

        Toi, t’en vouloir ? Jamais ! C’est une décision politique, jamais de souci entre nous deux 🙂

  • la droite la plus ridicule du monde « les échos de la gauchosphère

    […] pas sur la violence de leur propos et les différents symptômes de ce que je nomme quant à moi National-Sarkozysme  depuis que notre (sic) Président/candidat s’est entiché des électeurs du FN, qu’il […]

  • Jean Jacques

    L’article est très bon et c’est pourquoi je me permets de signaler quelques désaccords 🙂
    Je tiens d’abord à dire que j’approuve totalement votre attitude : analyser, comprendre, en tenant compte des données historiques, sociologiques, etc. autant que politiques, car c’est le seul moyen de lutter. Ca paraît banal de dire ceci, mais je suis encore une fois très agacé par la réaction des gens et des médias de gauche en général, totalement béats d’effarement, voire d’une admiration mal assumée pour le « génie » politique du FN. Et à nouveau se mettent en place ces réactions qui ne font que servir l’extrême-droite : le « plus jamais ça », le folklore antifa (la formule est un peu dure, mais je l’assume), les manifs gentillettes contre les « fachos », « les jeunes contre Le Pen », les unes dramatisantes, etc. etc. Et tout ce petit monde se complaît de sa supériorité morale et culturelle, dans une espèce de cercle vicieux dialectique : le fn monte, donc on a raison de dire que la France est facho, donc on est content d’être « l’avant-garde éclairée » qui le dit, etc. et en retour les électeurs de droite et extrême-droite se sentent renforcés dans leur dénonciation des élites bien-pensantes, dans le sentiment d’incompréhension de la part des « intellos » parisiens ou citadins, etc. Et donc le FN continue de monter. En somme on creuse le fossé et on radicalise les deux partis. Je rajoute que ces anti-FN traditionnels de gauche n’aiment rien tant que désigner des coupables, trouver des responsables, ce qui leur permet de se dédouaner et de ne pas remettre en cause leurs moyens de lutte qui sont les mêmes depuis trente ans et n’ont rien fait d’autre que de prouver leur caractère inefficace voire nuisible.
    Comme vous l’aurez compris, mon but est de répondre à la question : que pouvons-nous faire? Je ne nie pas qu’il y ait des responsables à cette situation, notamment politiques et médiatiques, du côté de l’UMP (et aussi du PS). Mais à la limite je m’en fous. On le sait, maintenant, au lieu de se lamenter ou de condamner (attitude profondément droitière paradoxalement), il faut trouver des solutions – nous remettre en cause plutôt que d’incriminer bêtement la droite (comme si on s’étonnait que la droite soit à droite)
    Cette petite introduction () étant faite, je reviens à votre article. Je suis tout à fait d’accord sur le sens de l’histoire que vous pointez. Très rapidement le FN va changer de nom (dixit Collard), déjà l’étiquette lors des législatives sera un truc du genre « la vague bleu marine » (je ne sais plus où j’ai lu ça). Entretemps l’UMP, s’il y a défaite (et même une victoire ne ferait que retarder un peu l’évolution), va très probablement imploser : une partie ira vers le centre pour fonder une droite dite républicaine, une autre s’alliera avec le FN. Je ne poursuis pas plus, vous avez bien montré le processus. J’aurais toutefois quelques réserves à apporter à votre analyse:
    – Déjà le rapprochement avec Pétain, la face sombre de l’histoire française, etc. Je ne nie pas que ce qui travaille profondément le présent, c’est ce sillon de la contre-révolution. Mais déjà, de manière pratique, dans l’idée de « comment lutter », je trouve contreproductif d’assimiler constamment les époques, notamment Vichy et l’UMP/FN. Je ne suis pas sûr que vous fassiez cette erreur d’ailleurs, mais une lecture un peu rapide pourrait le laisser entendre. D’une part parce qu’on s’empêche ainsi d’évaluer finement, dans sa singularité et ses spécificités, la situation présente ; il y aurait beaucoup à dire là-dessus mais je pense que le FN a connu quoi qu’on en dise une importante mutation ces derniers temps, son discours socioéconomique en est la meilleure illustration, et au-delà du FN il faudrait parler pour la droite des questions relativement nouvelles que sont l’Europe et la mondialisation (sur lesquelles peut-être le Front de Gauche n’a pas été suffisamment clair et insistant, je le signale au passage). D’autre part parce que dans la bataille idéologique la plus concrète, cette assimilation Pétain-Le Pen ne sert personne à part Le Pen. Elle sert les sentiments de mépris d’incompréhension, de haine des élites, etc. sur lesquels s’appuie le FN pour convaincre, surtout son électorat populaire. C’est un peu ce folklore de la gauche anti-FN que je dénonçais plus haut. On joue aux résistants contre les fascistes comme on jouait petits aux gendarmes et aux voleurs. Ca ferait bien rigoler lesdits résistants.
    – J’ai parlé d’électorat populaire. Je renvoie à l’émission de Mermet sur FInter hier, avec l’interview d’un spécialiste des extrêmes droites européennes assez intéressante, je lui reprends quelques idées. Le noyau dur de l’électorat Le Pen n’est pas populaire : ce sont les vrais fachos d’abord (groupuscules néonazis, nostalgiques des colonies, cathos intégristes, etc.) et toute une classe de petits et plus gros patrons, petits commerçants, classes moyennes rurales, retraités assez aisés et agriculteurs réacs, anciens aristocrates, etc. qui elle aussi ne bouge pas beaucoup et pour laquelle le vote FN représente autant un vote pour la permanence de la France contre la décadence généralisée (discours contrerévolutionnaire) qu’un vote profondément capitaliste et élitiste, oligarchique, qui considère que les pauvres doivent rester à leur place, que leurs petites affaires doivent être encouragées et soutenues, que l’Etat jacobin doit arrêter de se mêler de leurs oignons, etc. L’électorat populaire vient ensuite comme force d’appoint (c’était la formule du spécialiste). Je schématise un peu en deux grands groupes ce vote, mais ça reste relativement convaincant : le groupe 1 ce sont les 10,5% qui ont voté Le Pen en 2007, le groupe 2 c’est ce qui s’y est rajouté en 2012 (soit environ 7-8%) et que Sarkozy avait récupéré lors de son élection. Il faudrait faire une analyse fine de ce groupe 2 (le groupe 1 on le connaît mieux). Je pense qu’il est plus volatile que ce qu’on croit. Il s’agit sans doute d’un électorat populaire de droite qui a toujours existé et qui peut dans certaines situations s’extrémiser – c’est l’analyse de Mélenchon, que je trouve assez pertinente. Mais j’aimerais savoir à quel point cette adhésion au FN et à la droite est véritable. Autrement dit, je pense qu’une partie est « récupérable », une partie qui vote certes par protestation et envie d’emmerder le monde, mais aussi qui est séduite par un discours social et anti-oligarchie très clair de la part de Le Pen. Paradoxalement elle est la meilleure à porter ce mot d’ordre du « qu’ils s’en aillent tous » parce qu’elle n’a pas à s’embarrasser de cohérence idéologique, qu’elle peut jouer le cynisme et l’émotionnel les plus complets. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Car on sent bien que cette alliance est très hétéroclite et fragile, sur un plan idéologique comme sociologique. Si l’on cible bien les attaques, on peut la faire éclater. Le spécialiste interviewé expliquait ainsi que Le Pen était très embarrassée quand elle était interrogée sur les retraites (plus que le droit des femmes comme l’a fait Mélenchon, qui n’est pas au centre des préoccupations des électeurs FN, ni même de droite en général) : parce que son groupe 1 est profondément pour la réforme des retraites et même plus (fin des syndicats, des fonctionnaires, des aides sociales, etc.) tandis que c’est plutôt l’inverse pour le groupe 2… idéologiquement c’est la même chose puisqu’elle tient un discours où elle essaie de marier la carpe et le lapin, un capitalisme à la fois paternaliste et libéral dur d’une part, et la récupération plus cynique d’un antilibéralisme aux accents sociaux (qui n’est pas tout à fait une nouveauté à l’extrême droite : on se rappelle des nationaux-socialistes). Bref il faudrait faire une analyse sociologique et idéologique très fine pour repérer les failles, les points d’accroche, là où ça fait mal quand on tape : pas forcément pour ramener ces gens à gauche directement mais déjà pour les extraire de la droite extrême. On connaît encore trop mal l’électorat du FN, et on ne peut se satisfaire d’une analyse à l’emporte-pièce sur « la moitié de la France est facho ». Je devrais aussi parler des nouvelles positions de la gauche surtout PS, du rapport de Terra Nova sur les classes populaires, parce que cet abandon est une grande tragédie pour la gauche dont le rôle premier est de défendre le peuple. Après c’est un effet de vases communicants : tout cet électorat glisse de proche en proche vers la droite et/ou l’abstention-frustration. Il faudrait effectuer le travail inverse : que les électeurs de l’extrême droite reviennent vers la droite, et ceux de droite vers la gauche…
    – Sur l’UMP, je vais faire moins long, mais je n’aime pas trop cette analyse du « 45% de la France est contre-révolutionnaire ». Là aussi ça me paraît être une analyse trop grossière pour bien comprendre le mouvement. L’UMP est pour moi, je l’admets, le vote le plus difficile à comprendre en 2012. En sortant un peu de l’affectif (« comment peut-on encore voter Sarkozy »), je pense aussi que c’est un vote qui rassemble des « sensibilités » très différentes, des classes, des générations, des motivations très différentes. Je ne vais pas me lancer dans une analyse sociologique là parce que ce serait trop hasardeux, long et complexe. Mais ce que je veux dire, c’est qu’il est trop facile de considérer que parce que l’UMP tient le même discours que le FN, les électeurs UMP sont les mêmes que ceux du FN, sont eux aussi fachos, racistes, et tout le blabla. Une bonne partie des « possédants » (et leurs larbins qui croient se mettre à leur niveau en les imitant) vote UMP parce qu’ils considèrent tout bêtement qu’ils paieront moins d’impôts, que la droite est plus favorable à l’entreprise, au capital, à l’épargne, bref toutes ces idées extrêmement classiques – et les discours xénophobes, soit ils s’en fichent, soit ils comprennent bien qu’il s’agit de cynisme électoral, soit ils y sont vaguement sensibles sans être de profonds convaincus : ce qu’ils aiment c’est plutôt le discours sur la valeur travail, sur l’autorité, etc. Ca c’est un vote capitaliste, auquel il faudrait ajouter un vote libéral moins traditionnel (je simplifie encore un peu) et particulièrement attaché à la figure de Sarkozy, fringant avocat citadin, symbole de la (post)modernité mondialiste-pragmatique du 21e siècle (même s’il a un peu mis de côté cette image en 2012). Et puis, de la même manière que beaucoup votent Hollande faute de mieux, beaucoup votent Sarkozy par défaut, parce qu’ils ne veulent pas de Hollande. Là-dessus il faudrait pointer la responsabilité historique du PS. Dans un pays où plus que nulle part ailleurs en « occident » le système capitaliste est mal perçu, où l’idée d’égalité est profondément enracinée (je renvoie par exemple aux travaux de Todd), etc. etc. il y a la place pour une gauche réellement populaire, ce qu’elle n’est plus, objectivement (je ne dis pas que la droite l’est beaucoup plus : n’oublions pas quand même les 20% d’abstention…). Fondamentalement, je pense que c’est parce qu’elle a abjuré ses convictions pour accéder au pouvoir : il fallait faire moins peur aux puissants, aux installés, chercher les bonnes grâces des grands patrons, des chefs de presse, des grands financiers, etc. pour avoir les moyens matériels d’une victoire électorale – mais ce faisant elle perd les moyens idéologiques de cette même victoire : c’est le dilemme tragico-comique du PS depuis Mitterrand. Et s’il n’y avait eu un Sarkozy particulièrement antipathique, le PS aurait encore perdu cette élection, comme il perdra les prochaines si le champ politique n’évolue pas.
    Bref, je m’excuse pour ce très long message qui ne manque pas de digressions… mais je voulais pour l’essentiel remettre en cause l’idée d’une moitié fixe de la France qui serait contre-révolutionnaire. Cette idéologie est très forte et existe, mais selon notre action et les circonstances, elle peut perdre beaucoup de ceux qui la soutiennent plus ou moins inconsciemment. Elle est pour moi moins ancrée dans les consciences que dans les stratégies des plus puissants qui la répandent via notamment les médias et les discours politiques dominants : contrôle des masses par l’hégémonie culturelle. Mais ce qui est fascinant dans l’hégémonie culturelle c’est à quel point elle peut être parfois une chape de plomb qui semble impossible à soulever, et à quel point pourtant elle peut basculer rapidement lorsque se réunissent un plan d’action efficace et des circonstances favorables. Je suis persuadé que nous avons les cartes en main, pourvu que nous cessions de nous comporter en petits enfants et que nous nous mettions à penser intelligemment les moyens de notre lutte. Cette élection, quoi qu’on en dise, et mis à part les cris d’orfraie face à la poussée pas si importante que ça de l’extrême droite, a marqué l’ascension d’une gauche radicale qui peut réellement renouveler les équilibres et la parole politique. Pour la première fois depuis longtemps nous avons un instrument solide (quoiqu’encore naissant) pour mener la riposte, la bataille idéologique.

    • lecridupeuple

      Jean-Jacques, je ne vais pas répondre à tout.

      D’abord, parce que je rêve que d’autres s’expriment sur le sujet. C’est aussi pour cette raison que j’y vais un peu sans nuances.

      En revanche, si le « 45% ont choisi le camp de la contre-révolution » est un peu exagéré, par contre 33% est assez proche de la réalité telle que je l’analyse. Il y a des causes à cela : le refus de ce que la gauche a martelé comme « moderne », l’Europe, l’euro, les 35 heures, en est la première… Je crois que j’y reviendrai dans une nouvelle note de blog.
      Il y a aussi toute la bataille culturelle, la triangulation, qui a été menée depuis des années par l’UMP et qui porte ses fruits.

      Je crois que ce qui est le plus difficile pour nous, gens de gauche, qui sommes attachés aux racines révolutionnaires de la France, depuis les Lumières jusqu’à la Résistance en passant par la Commune et le Front populaire, c’est d’admettre que ce pays que nous aimons est capable d’engendrer un mouvement réactionnaire d’une telle ampleur.

      Voilà pour ce qui me concerne à l’instant T. Mais que la parole circule.

  • despasperdus (@despasperdus)

    Je te rejoins dans l’analyse. La nouvelle droite a fait du bon boulot avec De Benoist… Le patronat a directement recruté chez Occident pour former des jeunes prometteurs au sein d’associations telles que l’ALEPS ou l’Institut supérieur du travail.

  • Jean Jacques

    Merci pour la réponse. Paradoxalement je suis assez réjoui de ces élections, notamment pour la gauche et notre gauche. Mais même à droite, même au FN, il y a derrière la prétendue victoire de l’extrême droite des ferments de division à tous les niveaux dont on peut largement profiter si on sait les exploiter. Que la France ait aussi une histoire réactionnaire, c’est un fait ; on a tous été enthousiastes et un peu naïfs, on a fini par croire aux sondages et commentateurs, mais qu’il y ait 1/4-1/3 de Français réacs n’est pas une nouveauté et je l’admets sans peine. Comme je l’ai dit, il y a des points sur lesquels on va pouvoir frapper l’extrême-droite, du fait de contradictions internes entre ses électorats et ses discours (un anti-libéralisme mêlé de libéralisme effréné… c’est passé cette fois puisque ce n’était là que le début, mais si le FN se grossit d’une partie de l’UMP et veut prendre réellement le pouvoir, ils devront affronter ce problème… d’autant qu’en cherchant le pouvoir ils vont perdre au moins partiellement le bénéfice de leur image de principaux antisystème). Je crois que le FN se nourrit certes de la xénophobie et du conservatisme le plus radical, mais aussi de la peur de l’Europe, de la mondialisation, du déclassement social, du chômage, du manque d’information et d’éducation, etc. etc. Autant de points sur lesquels nous avons largement les instruments pour combattre et faire changer d’avis. Je suis persuadé que réduit à son électorat « dur » le plus réduit, le FN tape au maximum 8-10%. Ca veut pas dire qu’on va y arriver du jour au lendemain, ni même d’ici la prochaine présidentielle, mais ça veut dire qu’il y a une moitié des électeurs FN qu’on peut amener à se détourner de l’extrême droite même si ça n’est pas pour venir directement vers nous. Je crois aussi qu’il faut changer notre stratégie et répondre coup par coup sur chaque argument : on devrait tous avoir en main les chiffres, les arguments, les données qui permettent de contredire les délires du FN sur l’immigration, et contrer les mots utilisés par Le Pen (clandestin, immigrés de seconde, troisième génération, etc. etc.). C’est en martelant ces arguments de raison autant qu’ils martèlent les leurs depuis 30 ans qu’on organisera la riposte. Parce que les grands mots, les slogans, les insultes, le mépris, les manifs gentillettes, etc. ça ne marche pas. On est plus intelligents et mieux armés idéologiquement qu’eux et on n’en profite pas, c’est bien dommage ; à la place on tombe dans une opposition de cour d’école au mieux, ou on s’enferme dans notre citadelle d’incompréhension un peu dédaigneuse au pire. Tout ceci implique aussi qu’on se bouge, qu’on analyse précisément le vote FN, socialement, géographiquement, politiquement, etc., qu’on aille dans les régions où ils sont implantés, qu’on amène nos solutions, etc. Parce que même si je vois plein d’opportunités, je suis bien conscient qu’ils ne vont cesser de progresser si on ne fait pas ce travail. La période est dangereuse, nous sommes sur une ligne de crête, mais je suis certain qu’il y a là, dans ces moments de crise (étymologiquement le moment de séparation, où les choses se distinguent, où l’on fait des choix, où les masques tombent) l’occasion et la chance d’un renouveau pour nos idées et nos solutions. L’histoire va en outre dans notre sens (fin de l’hégémonie des Etats-Unis, grave crise du dollar en perspective, bulle immobilière et chômage en Chine, crise désormais à peu près insoluble de la zone euro et de l’Europe toute entière, crise écologique irréversible dans le système actuel, etc. etc.), mais si nous attendons simplement d’en récolter les fruits sans effort, ce sera le FN qui profitera du désordre. Il faut préparer le terrain, patiemment, inlassablement, et s’organiser, se rassembler, innover. Si on se contente de se lamenter, d’incriminer tel ou tel, de cracher sur la France des fachos, de se satisfaire de soi, on est voué à la catastrophe. Le hasard n’arrive qu’aux esprits préparés comme disait Pasteur. Et comme a dit JLM : d’ici 10 ans nous serons au pouvoir!

    • lecridupeuple

      Je suis d’accord avec ta conclusion : se lamenter ne sert à rien. Comprendre, c’est mieux. D’où ma note que je vais devoir compléter par une 2e pour te répondre plus longuement 🙂

  • Jean Jacques

    Ah c’est gentil 🙂
    Si vous ne l’avez pas encore lu, le dernier billet de JLM est intéressant et j’adhère à l’analyse : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/04/25/apres-le-premier-tour-un-moment-de-pause-clavier/#more-11990 Les commentaires sont assez pertinents aussi (pour certains).

    Parce que je n’ai parlé là que du FN, mais il y a plein de raisons d’espérer pour le Front de Gauche. Il va falloir encore beaucoup nous améliorer : d’abord l’instrument politique lui-même : un changement du nom en « front du peuple » ne me déplairait pas. Il faut la possibilité d’une adhésion directe qui soit peu chère et différente de l’adhésion à un parti classique (sous quelle forme?…). Il faut multiplier les systèmes d’associations horizontales entre militants/sympathisants, sur internet comme dans la vie réelle (assemblées citoyennes, petits groupes de 4-5, réseaux d’informations intriqués, etc.). Il faut mettre en place une plate-forme nationale d’échanges. Sur internet notamment avec des tracts et des argumentaires (entre autres) que chacun pourrait utiliser et distribuer autour de soi. Il faut se fonder sur un fonctionnement viral, faire circuler les mots d’ordre, les petits gestes à faire contre la domination actuelle. J’essaie déjà de militer en ce moment pour que les gens arrêtent d’acheter les journaux pseudo de gauche et s’abonnent/soutiennent la presse indépendante et réellement informative aussi bien les « gros » comme Médiapart, Arrêt sur images, Alternatives économiques que de plus petits, comme Acrimed, Fakir, le Tigre, l’homme moderne, etc.

    Mais il y a plein d’autres choses à faire… le but étant de lutter contre l’inertie populaire si bien entretenue depuis si longtemps. La grande victoire de cette campagne au-delà des chiffres est d’avoir su réveiller la gauche, la sortir de son endormissement. Et aujourd’hui on n’a plus honte ou peur d’affirmer ses idées même face aux pires opposants ; pour ça je ne saurais pas assez remercier le FDG et JLM. Je me souviens qu’il y a 1 an encore, j’étais totalement désespéré et je pensais que rien ne pouvait changer, qu’on pourrait simplement dire à chaque nouvelle crise « voyez on vous avait prévenu », et je me refermais sur mes petites certitudes.

    Le grand enjeu selon moi c’est la diffusion d’une information et de savoirs alternatifs. Tant qu’on laisse le monopole de la parole et de l’information aux dominants, on ne pourra rien faire. Evidemment la lutte est déséquilibrée, mais entre l’énergie dégagée par notre campagne, ce nouvel instrument qu’est le Front de Gauche, et les moyens que nous donne internet, il y a de quoi faire. Il ne faut pas arrêter de se mobiliser et d’informer autour de nous une fois la campagne achevée. Pour ça, l’élan engagé par le Front de Gauche est important, il se poursuivra je crois, et il a touché bien des gens a priori éloignés de nous ou qui se fichaient de la politique.

    Je parais très optimiste dans tous mes messages. En réalité je suis simplement positif, au sens le plus neutre du terme, justement parce que la situation est grave : désormais il faut agir et penser, gémissements et condamnations ne sont d’aucune utilité. Rien ne nous est assuré, rien ne nous est fermé non plus.
    Vous avez sans doute lu ceci aussi : http://www.fakirpresse.info/Les-graines-de-l-espoir.html

    • lecridupeuple

      Oui, j’ai lu la note de JLM dont on m’a rapporté qu’elle rejoint pas mal mon analyse. Et oui, faire connaître, éduquer, conscientiser, c’est l’enjeu. Ca tombe bien c’est notre méthode

  • ecridom

    Je me mêle de votre discussion. Je souscris tout à fait à ce que dit Jean-Jacques: il y a dans l’électorat Le Pen des contradictions qui sont pain bénit pour la pose de bâtons de dynamite; ces contradictions ont été visibles dès le début de la campagne, et on aurait peut-être pu la faire exploser en vol si on n’avait pas été seuls à se battre. Pas pour une question de nombre, mais parce que si le PS avait accepté le débat sur l’Europe et le MES dans le fil du Oui/Non au référendum sur le traité constitutionnel, les arguments du Front de Gauche auraient touché la partie « souverainiste » de l’électorat potentiel de Le Pen. En jouant l’exclusion des « extrêmes », le PS a entravé la capacité du FdG à limiter la casse. D’accord pour ne pas gémir ou condamner, mais si l’analyse est juste, la question de l’Europe doit revenir très vite sur le tapis dans la campagne des législatives.
    La part raciste et pétainiste est irrécupérable, il faut la laisser mourir de sa belle mort, en faisant des enfants de toutes les couleurs.

  • Et maintenant, place aux législatives ! | Place Au Temps

    […] Tout commence maintenant. La lutte contre la xénophobie, le racisme, la peur de l’autre n’en est qu’à ses prémices. Les temps qui viennent s’annoncent difficiles. Le vote FN n’est pas majoritairement contestataire. C’est en grande partie un vote d’adhésion, qui résulte d’un mouvement de fond de droitisation des élites et de la droite néo-libérales (cf. l’excellent article de notre ami le cri du peuple). […]

  • BA

    1- Premier mensonge :

    Sarkozy a bien assuré que Le Pen « est compatible avec la République ».

    Contrairement à ce qu’il a affirmé mercredi 25 avril, Nicolas Sarkozy a bien assuré la veille à Longjumeau (Essonne) que la candidate du FN Marine Le Pen « est compatible avec la République », comme le montrent ces images du 20 heures de France 2, diffusées mardi soir (voir à 16,45 mn).

    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/25/sarkozy-a-bien-assure-que-le-pen-est-compatible-avec-la-republique_1690764_1471069.html

    2- Deuxième mensonge :

    Nicolas Sarkozy nie avoir parlé du « vrai travail ».

    Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi sur TF1 vouloir parler le 1er mai, lors d’un rassemblement à Paris, de la « valeur travail », mais il a nié avoir utilisé l’expression « vrai travail » qui lui a valu les foudres des syndicats de salariés.

    « Non, non, je n’ai pas dit du vrai travail », a répondu le chef de l’Etat, candidat à un second mandat, aux journalistes qui l’interrogeaient. « Je veux faire du 1er-Mai une fête du travail (…) C’est une fête pour célébrer la valeur travail. »

    Il a pourtant bien employé l’expression lundi, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, en annonçant son intention d’organiser ce grand rassemblement place du Trocadéro.

    « Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, qui sont exposés, qui souffrent », avait-il alors expliqué à la presse.

    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE83O0IC20120425

    • lecridupeuple

      Y a de la cohérence dans ces propos Bruno. Et même dans les dénégations puisque ceux à qui sont destinés les propos initiaux les auront retenus. Merci de les avoir rappelés.

  • Victor Fuvel

    Un film à l’affiche depuis le 21 mars décrit cela in-situ.

    L’extrême droite depuis 2 siècles ce sont : les anti-lumières, la culture du préjugé, la haine de l’égalité, de la démocratie (baptisée démocrassouille !), la haine de la Révolution Française et de la République, le culte du chef, l’autoritarisme, le racisme aujourd’hui civilisationnel (Le Pen-fille, Gollnisch, Bompard), la haine des pauvres et des exclus, le harcèlement des opposants, etc. (Lire : « Les Anti-Lumières » de Z. Sternhell).
    Aujourd’hui les convergences idéologiques de la droite néo-conservatrice à la française des Mariani-Sarkosy et de l’extrême-droite ne sont pas minces.
    Un film illustre ce programme séculaire et cette convergence :
    « MAINS BRUNES SUR LA VILLE » ou comment des politiques d’extrême droite sont mises en œuvre en France aujourd’hui : exclusion, discrimination, contrôles policiers au faciès, fermeture des centres sociaux, politique municipale ultra-libérale, etc.
    Une analyse concrète d’une politique d’extrême droite dans les municipalités d’Orange et de Bollène, dans la circonscription de Thierry Mariani (Droite dite Populaire). En savoir plus :
    http://www.lamare.org/mainsbrunes
    http://www.cinemalaclef.fr/films/573-mains-brunes-sur-la-ville

  • CCC

    « Les électeurs frontistes, je ne parle pas même des militants, veulent voir Marine Le Pen au pouvoir. »

    Information intéressante car balancée de manière péremptoire et absolument pas sourcée !! Y’at-il eu un sondage de l’électorat FN lui demandant s’il voulait vraiment MLP au pouvoir ? Si oui, où est le lien dans cet article ?

    L’électorat du FN est un genre de fantasme construit collectivement par des gens qui pour l’immense majorité me semble n’en connaître aucun dans la vraie vie (ce n’est pas une affirmation, notez, c’est une impression personelle). En l’absence d’études sociologiques réelles concernant l’électorat du FN, tout n’est qu’affaire de conviction et de représentations de la personne qui les qualifie. C’est de la non-pensée pure.

    Même si mon vécu ne vaut pas plus que celui d’un autre, je connais des gens dans mon entourage qui ont voté Marine au premier tour par ras-le-bol et impression dominante que Sarkozy ou Hollande étaient identiques. J’ai des amis qui ont pratiqué un pur vote de « troll », sur le mode « ça servira à rien mais ça foutra la merde ». Sont-ils représentatifs, majoritaires ? Je n’en sais rien… mais ils EXISTENT. Ils ont donc par définition valeur de contre-exemple.

    Affirmer que les électeurs FN pratiquent un vote d’adhésion et donc dont en accord avec les valeurs portées par ce parti est contradictoire avec les résultats de la présidentielle. Si 18% de notre population était réellement contre le mariage homo, pour la préférence nationale, contre le droit de vote des étrangers, contre la libéralisation des moeurs, contre la présence de l’Islam en France, Nicolas Sarkozy aurait gagné vu qu’il s’est approprié ses valeurs. Le manque à gagner de l’aile « centre » de l’UMP aurait été gaillardement compensé par ce vote « d’adhésion ».

    Vous avez raison quand vous dire que les gens de gauche (moi le premier) ont un côté « autruche » et ne veulent pas imaginer que tant de leurs concitoyens soient devenus réacs et xénophobes. C’est un réel argument. Mais en dehors de ce côté « pensée magique » existant, le fait est que personne ne sait de quoi est composé l’électorat du FN. La théorie Sarkozyste du « peuple en souffrance » me paraît tout autant tenir debout que votre théorie de « 18% de réacs aggravés »… la vérité, comme pour les chiffres des manifs, doit être quelque part au milieu. 🙂

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