Des députés pour préparer la révolution citoyenne

A peine cinq petits jours depuis l’élection de l’autre François comme président de la République et nous sommes déjà dans le scrutin législatif. C’est ainsi, depuis l’inversion du calendrier électoral voulue par Lionel Jospin. Le Front de Gauche s’y engage en plein, drapeaux au vent, décidé à continuer à créer l’événement politique dans ce pays. Il faut dire que les excellents scores de nos camarades grecs alimentent l’espoir, bien plus que la victoire du candidat dit « sérieux ». Nous avons fait ce geste de salubrité publique qui consistait à virer le nain hystérique de l’Elysée, quitte à le remplacer par Hollande. Oui, à l’évidence, d’autres choix de société sont possibles que ceux qui entérinent la soumission à la loi du marché. C’est bien ce défi-là que, nous autres, nous proposons aux nôtres : la classe ouvrière, le peuple, de relever.

Avec, en toile de fond, la poursuite de la guerre politique que nous avons lancée contre le Front de la haine, le fameux rassemblement que les daltoniens appellent « bleu marine » mais qui est juste quelque part entre le brun des chemises et le vert-de-gris. Il prend aujourd’hui les contours d’une réorganisation de la droite à la mode italienne : une alliance de faits sur des « valeurs » et un programme salement convergent. J’en ai déjà parlé longuement, vous me permettrez de ne pas verser trop dans la redite.

Si d’aucuns lorgnent vers l’Italie contemporaine et ses dérives fascisantes, nous c’est la Grèce qui nous intéresse. Le berceau de la démocratie au sens occidental du terme a montré que le peuple en lutte préfère de loin la gauche de transformation sociale aux thèses fascistes. Le socle de la poussée de Syrisa est, bien entendu, à chercher dans les luttes sociales, les grèves générales, qui ont agité le pays ces derniers mois, pendant que la social-démocratie se compromettait dans des « plans de sauvetage » livrant aux banques les derniers acquis de la classe ouvrière autant que le patrimoine du peuple. La coalition de gauche radicale grecque a su éclairer les consciences :

« Alors que de nouvelles mesures d’austérité sont prévues dès juin, Syrisa a eu, pendant la campagne, un discours clair: refus des politiques menées et des memorandums, annulation de la dette, réforme des statuts de la Banque centrale européenne… Autant de thèmes qui ont rencontré un écho dans les oreilles de Grecs subissant, depuis plus de deux ans, l’austérité et ses conséquences : baisse des salaires, des pensions, des minima sociaux, privatisations, casse des services publics… »

Ca vous rappelle des choses ? Oui, moi aussi. Ce n’est pas pour rien que les parallèles sont nombreux entre Syrisa et le Front de Gauche. Bien plus que le front du refus des diktats de la finance, nous sommes, comme nos cousins Grecs, l’incarnation de l’espoir des peuples qui aspirent à une autre Europe, à un nouveau partage des richesses, à un contrat social redéfini. Cela justifie notre position d’autonomie vis-à-vis de la social-démocratie. Nous ne passons donc aucun accord avec le parti dit « sérieux » et ses supplétifs d’Europe Ecologie-Le Vide (EELV). Comme pour le second tour de la présidentielle, nous ne demandons rien, nous ne marchandons rien, nous ne négocions rien.

« Et la lettre de Martine Billard à Martine Aubry ? », allez-vous me rétorquer. Que les choses soient bien claires. De la même manière que nous avons fixé Nicolas le petit comme notre ennemi dans la présidentielle, nous assumons notre opposition résolue à une droite qui flirte outrageusement avec le FN. Si la division des gauches doit aboutir à son absence du second tour, c’est niet. Et c’est clair. Nous connaissons notre histoire, celle du mouvement ouvrier. Mettre un trait d’égalité entre social-démocratie et fascisme, cela a été la ligne de l’Internationale communiste au début des années 30 ; cela a abouti à la victoire d’Hitler, gardien de camp au service des grands groupes capitalistes allemands. Ne comptez pas sur nous pour rééditer la même erreur. Entre la compromission avec le grand capital et le zèle à leur service, il y a une marge que nous connaissons et que nous ferons partager.

D’autant plus facilement que nous avons pleinement confiance en notre peuple. A l’heure des choix, nous savons qu’il est armé, outillé, conscient et en capacité de se déterminer. La preuve en demeure cette absence totale d’état de grâce accordé au nouveau président. Personne n’est dupe quant à la politique qu’il mènerait s’il avait une majorité absolue. Non que le Front de Gauche ait vocation à être le point d’équilibre de la majorité parlementaire, cela n’est pas notre but. Nous, nous préparons l’avenir avec la construction de l’alternative. Et construire l’alternative, c’est plus facile avec 72 points d’appui élus à l’Assemblée nationale. Si, par hasard, nous ratons la majorité absolue dans l’hémicycle… 72 députés, quand viendra la grande vague de grèves qui va se produire pour bouleverser la donne dans la politique, ce sera autant de points d’appui pour la classe ouvrière en lutte.

Car nos députés ne sont pas des notables mais des outils au service de la révolution citoyenne. Ils seront ceux qui empêcheront la social-démocratie d’adopter en catimini les traités anti-sociaux que préparent les commissaires européens. Ils seront ceux qui feront barrage à la privatisation des services publics. Sauf à ce que les députés du parti dit « sérieux » fassent alliance avec les libéraux. Mais je ne ferai nulle procès d’intention, je préfère que le peuple juge sur pièce.

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Bonus vidéo : MOP « Raise Your Flag (Feat. Busta Rhymes) »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

10 responses to “Des députés pour préparer la révolution citoyenne

  • dareljedid

    Bien dit. La ligne est claire. Bises de Tunis, d’où je reviendrai dans dix jours chargé de sérotonine, de harissa et d’énergie pour la bataille en cours. La lutte continue, elle n’a jamais cessé. Amitiés militantes. A.

  • cafardages

    tu peux compter sur les cafards pour être présents aux législatives !

  • lejournaldepersonne

    C’est terrible la conscience
    Cette petite flamme qui danse
    Pas celle qui me rend présent, les choses présentes
    Mais celles qui brillent par leur absence
    C’est terrible la conscience
    Parce que je ne suis pas seule au monde
    Je suis peut être dingue, mais je distingue
    Entre la conscience psychologique et la conscience morale
    Le je ne suis rien… et le je vous dois tout
    C’est terrible la conscience
    Pour donner ou retirer du sens
    À la vie. À autrui
    Cette petite flamme qui tremble
    Et éclaire l’ensemble
    Oui, je me sens obligée… dans l’obligation de bouger
    Et de faire bouger les lignes
    Qui nous séparent de la vie, d’autrui
    Je me sens obligée de tendre la main
    À tous ceux qui ne se sentent pas la force de remonter la pente
    À tous ceux qui ont avec moi, une partie liée :
    La même raison de vivre et de désespérer
    Oui, je me sens obligée de prendre les armes
    Et de monter à l’assaut d’un immense quiproquo
    Qui prétend que c’est une question financière
    Alors qu’il n’en est rien… rectifie la bergère
    C’est juste une question d’appréciation…
    qui vaut le plus, veut peut-être le moins?
    Avec l’austérité qui se profile à l’horizon,
    Nous en sommes tous témoins
    C’est notre vision que l’on doit réviser
    Nos valeurs que l’on doit imposer
    Pour ne plus être à la merci du système
    Osons… faisons… FRONT COMMUN
    Contre les indignes et les indignés
    Soyons plus dignes que jamais !
    http://www.lejournaldepersonne.com/2012/01/le-front-commun/

  • sophievm

    Reblogged this on Le monde de Sophie and commented:
    Le camarade Nathanaël résume parfaitement bien les enjeux et nos tâches dans la période !

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