Corinne Morel-Darleux tient le Vercors

C’est un drôle de bout de femme que Corinne Morel-Darleux. Il y a de cela six ans, elle ne faisait pas de politique. Et la voici candidate du Front de gauche aux élections législatives dans la 3e circonscription de la Drôme. Face à Hervé Mariton, un des ténors de l’UMP, s’il vous plaît. Ce coin de France rassemble, entre autre, le Diois et les premiers contreforts du plateau du Vercors.

Quand, elle vient s’installer dans le sud de la Drôme, Corinne est à ce genre de moments où la situation générale est si complexe qu’il n’y a pas de vrai choix : ou on se cantonne à cultiver son jardin, ou on s’y met pour de bon. L’ancienne Parisienne – et je viens de l’apprendre : employée d’un cabinet de consulting auprès des multinationales du CAC40 – a plutôt opté pour la première partie de l’alternative. C’est la seconde qui va la rattraper, au détour de la création d’une nouvelle force politique, le Parti de Gauche dont elle est co-fondatrice en tant qu’ancienne porte-parole du mouvement Utopia. Corinne, c’est la décroissance, l’écologie radicale, la transformation en profondeur de la société. Je laisse la parole au sociologue Paul Ariès, directeur du journal Le Sarkophage, qui a ces mots justes pour moi qui la connaît un peu :

« Depuis des années, Corinne Morel Darleux partage tous les combats des gauches antiproductivistes et Objectrices de croissance : gratuité des services publics, réduction du temps de travail, option préférentielle pour les pauvres (donner plus à ceux qui ont moins), remise en cause du dogme de la croissance et du capitalisme vert, besoin de se libérer de la centralité du travail et de l’énergie nucléaire, nécessité d’inventer une société post-pétrolière, post-extractiviste, désir de marcher vers une société du partage, une société du Bien-vivre. »

J’ai eu l’occasion de dire combien Corinne avait compté dans ma lente évolution vers l’écologie et le refus du productivisme, alors que je suis un pur produit de la culture productiviste faussement marxiste. Est-ce que mon amie allait réussir, avec les rurbains et les agriculteurs de la Drôme méridionale, le tour de force qu’elle avait réussi avec moi ? « Il y a une culture de gauche, de résistance, bien implantée dans le coin, me répond-elle, entre deux séances de travail au conseil régional Rhône-Alpes où elle figure parmi les élus assidus. Du côté des paysans, on se retrouve sur les mêmes enjeux. » Sa circonscription, d’habitat autant que de cœur, est la première d’Europe pour la production agricole bio. Il ne faudrait pas croire aux légendes urbaines de la « gauche » bien pensante qui veulent que les agriculteurs restent d’odieux conservateurs.

Ils contribuent, à leur manière, à la vie culturelle intense qui marque le sud du département, vie marquée par une succession de petits festivals. Parce qu’elle est comme ça – il faut la voir danser quand les réunions sont passées -, Corinne ne se fond pas dans le moule mais organise sa campagne comme une succession d’événements culturels. A croire que la culture serait la marque de l’Homme, ce qui en fait la spécificité, et que la politique en serait un des maillons. Tiens, le 1er Mai, alors que le Front de Gauche prenait la Bastille de Crest, elle était entourée d’une fanfare, faisait appel aux « poètes, travailleurs, musiciens, paysans, militants et citoyens ». Tiens, le 3 juin, elle organise, avec ses camarades du Front de Gauche, une journée de meeting, concerts et débats à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Oui, Corinne croit à ce qu’elle dit et n’a de cesse que de mettre ses actes en accord avec une pensée toujours en mouvements. L’exigent François Ruffin, rédacteur en chef de Fakir, le journal fâché avec (presque) tout le monde, le dit à sa manière :

« Une candidate sympa et près de chez vous, qui allie le rouge et le vert, qui lutte contre les gaz de schiste et contre les fermetures de boîtes, qui ne cumule pas les mandats mais les combats, qu’est-ce que vous attendez de plus? Qu’elle s’appelle Jean-Luc ? »

Reste que ce n’est pas si facile de faire campagne dans une des circonscriptions les plus étendues de France. Et que les forces de gauche n’y sont pas implantées de manière égale partout. « Tu sais, dans le Vercors, s’il n’y avait pas eu les citoyens qui se sont emparé de la campagne du Front de Gauche, on n’aurait rien fait. Aucun parti n’est vraiment implanté dans ce coin », raconte Corinne. Les assemblées citoyennes ont donc joué un rôle capital. Parce qu’elles sont le lieu où chacun peut s’emparer du programme l’Humain d’abord, participer aux décisions, imprimer sa marque. Il fallait oser jouer le jeu jusqu’au bout, ne pas avoir peur de se faire déborder, craindre que les partis traditionnels soient oubliés… Corinne a montré, au contraire, que faire confiance aux citoyens, c’est le mieux à faire. C’est ainsi qu’elle tient le Vercors.

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3e circonscription de la Drôme : résultats de Jean-Luc Mélenchon, 14,47 % des suffrages.

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Bonus vidéo : New Model Army « Green And Grey (live) »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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