Ami gauchiste : ton problème c’est pas Mélenchon, c’est le patron !

Après une première missive électronique à mes amis gauchistes, au sens léniniste du terme, je reviens vers vous, membres du NPA et de Lutte Ouvrière, du Parti Ouvrier Indépendant et autre ARS. Au départ de ce courrier, des échanges assez vifs avec le camarade recriweb sur touittère, au sujet de Mélenchon. Ce dernier, comme s’il n’en avait pas assez de l’acrimonie d’Europe Ecologie-Le Vide, de la haine de classe de Marion Anne Perrine héritière Le Pen, de la vindicte du parti dit « sérieux », le voici voué aux gémonies par nos camarades d’extrême-gauche. A telle enseigne que le NPA et LO présentent contre lui, chacun, un candidat dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

Ce mercredi 16 mai, au matin, l’attaque prenait des tours de jésuitisime. Tel militant « communiste révolutionnaire » se demandait :

« C’est quoi le but de la lettre de Mélenchon (à Jean-Marc Ayrault – NDA) ? Pousser à « gauche » un gouvernement pro-patronal ? Personne pour me répondre ? »

Il y a des questions rhétoriques qui n’en sont pas. Celle-ci est un chef d’œuvre du genre, puisque la réponse serait contenue dans la question. Alors, allons-y les camarades ! Et mettons tout sur la table. L’accusation est celle de réformisme, n’est-ce pas ? Nous serions les alliés fidèles du parti dit « sérieux ». Alors, nous allons reprendre les choses par l’absence de début. Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. En guise de preuve, notre soit disant « allié » n’a de cesse que de nous matraquer, avec autant de détermination que vous autres. Je passe sur les attaques en creux de Martine Aubry contre le candidat du Front de Gauche dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Elles n’ont échappé à personne. Je passe aussi sur les alliances cannibales entre le PS et EELV contre le Front de Gauche à Tremblay-Sevran-Villepinte ou à Montreuil-Bagnolet. Les voilà, vos preuves d’amour !

Mais revenons au point de départ de l’échange : la lettre du chef de file du Front de Gauche au nouveau premier ministre. Nous faisons, par sa plume, un certain nombre de propositions concrètes et immédiates pour améliorer tout de suite le sort de la classe ouvrière et des habitants des quartiers populaires de ce pays. Hou, le réformisme indigne ! Parce qu’il est réformiste de vouloir que les conditions matérielles d’existence de millions de salariés de ce pays se trouvent améliorées ? Parce qu’il est indigne d’un parti révolutionnaire d’œuvrer pour que, immédiatement, les mauvais coups du patronat et de la finance soient déjoués ? Je me permets de citer trois propositions formulées dans ce vil courrier :

« * L’interdiction des licenciements boursiers et suppressions d’emplois dans les entreprises bénéficiaires. Cette mesure de bon sens économique vise à empêcher des saccages comme ceux de Continental ou Samsonite. Elle empêcherait les actionnaires de préparer de nouvelles suppressions d’emplois dans des groupes bénéficiaires, de l’automobile (PSA, Renault etc), à la chimie (Sanofi-Aventis) en passant par les banques.
* La création d’un droit de véto des élus du personnel en cas de fermeture ou délocalisation et l’obligation d’examiner les propositions des salariés. Ces droits nouveaux des travailleurs permettraient par exemple aux salariés de l’automobile de Sevelnord ou de PSA Aulnay de faire entendre leur point de vue à des actionnaires jusqu’ici tout puissants.
* Un droit de préemption de l’activité par les salariés réunis en coopérative, avec un soutien juridique et financier public, comme le réclame depuis plus de 600 jours les salariés de l’usine Univelever-Fralib. Un tel droit aurait aussi permis d’envisager sous une perspective autrement plus positive la reprise de l’activité de SeaFrance. »

C’est effectivement de la haute trahison. Bon, je vais en finir avec l’ironie, puisque mes amis gauchistes manquent souvent d’humour. Revenons donc au fond, qui reste, depuis 1920 et La Maladie infantile du communisme, la question du rapport au parlementarisme. Lutte ouvrière, sur cette question, tranche : « Le pouvoir viendra du peuple, pas des urnes ». Je vais laisser Lénine répondre :

« Comment peut-on dire que « le parlementarisme a fait son temps politiquement », si des « millions » et des « légions » de prolétaires non seulement s’affirment encore pour le parlementarisme en général, mais sont franchement « contre-révolutionnaires »!? Il est évident qu’en Allemagne (et aujourd’hui en France – NDA) le parlementarisme n’a pas encore fait son temps politiquement. Il est évident que les « gauches » d’Allemagne (et aujourd’hui en France – NDA) ont pris leur désir, leur façon de voir en idéologie et en politique, pour une réalité objective. C’est là pour des révolutionnaires la plus dangereuse erreur. »

Quelle est notre manière à nous, militants du Front de Gauche et – pour ce qui me concerne – du Parti de Gauche ? Nous avons repris les choses par le bon bout : l’analyse historique et sa relecture en perspective. Le marxisme n’a aucune historicité. Il n’a, dans aucun pays, à aucune période, été mis en œuvre réellement. Par ailleurs, dans la marche vers le socialisme, les tentatives qui ont été faites ont toutes en commun de parier sur la transformation des structures de production, comme outil de transformation de la structure du pouvoir. Ce qui a amené, au mieux, un capitalisme monopoliste d’Etat. Au pire, la barbarie de Pol Pot ou de la Corée du Nord.

Nous, nous faisons le pari de l’éducation populaire politique pour transformer les consciences et amener la classe ouvrière à vouloir et à agir en faveur de la révolution. Permettez que je m’en réfère encore au camarade Lénine :

« On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. »

Avec le Front de Gauche, nous menons la campagne de conscientisation en direction des ouvriers, des celles et ceux qui se croient membres de cette construction idéologique qu’est la « classe moyenne », pour que chacun acquière cette conscience d’appartenir au final au prolétariat dans sa définition marxiste du terme. Faire la révolution dans les têtes est la condition sine qua non pour que la révolution des rapports de production – qui ne sont qu’un des aspects de la politique – mette fin aux rapports de domination de classe. Notre enjeu est là, notre bataille quotidienne, c’est là que nous la menons.

Enfin, nous avons placé – dans la bataille politique – le curseur des priorités au niveau de la lutte contre le fascisme nouvelle période incarné dans le Front national voire une fraction de l’UMP. Est-ce là le signe d’une dangereuse dégénérescence sociale-démocrate ? Je vais m’en référer, une fois n’est pas coutume, à Léon Trotsky pour répondre à cette vision des choses :

« La montée d’un mouvement fasciste de masse est en quelque sorte une institutionnalisation de la guerre civile, où, toutefois, les deux parties ont objectivement une chance de l’emporter (…). Si les fascistes réussissent à balayer (…) la classe ouvrière organisée, à l[a] paralyser, à l[a] décourager et à l[a] démoraliser, la victoire leur est assurée. Si, par contre, le mouvement ouvrier réussit à repousser l’assaut et à prendre lui-même l’initiative, il infligera une défaite décisive non seulement au fascisme, mais aussi au capitalisme qui l’a engendré. »

Voici la raison essentielle qui nous pousse à monter au Front, une fois de plus, au niveau national et singulièrement dans le Pas-de-Calais. Voilà, mes amis, quelques petits mots dont j’espère qu’ils vous seront utiles pour réfléchir à vos priorités politiques.

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Bonus vidéo : Pop Will Eat Itself « Kick To Kill »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

11 responses to “Ami gauchiste : ton problème c’est pas Mélenchon, c’est le patron !

  • rocknrouge

    Putain, je fais du léninisme sans le savoir. C’était l’objet de mon propos ce matin adressé à recriweb et toi-même. Je reproche au Front de Gauche de prendre la victoire de Hollande pour une semi-victoire, quand c’est une semi-défaite. Il va de soi que je distingue un Mélenchon d’un Hollande, dans ma dernière note j’ai qualifié Hollande d’ennemi de classe, qualification que je n’emploierai pas pour Mélenchon. Néanmoins, ses déclarations robespierristes récentes m’inquiètent. Bien sûr, je préfère Robespierre, le député du Pas de Calais (!) à Boissy d’Anglas, mais je n’oublie pas que son action a notamment consisté à freiner la démocratie des sans-culottes au profit du parlementarisme de la Convention.
    A l’époque ou Besancenot créait le NPA, j’étais enthousiaste à l’idée de voir la possibilité de se re-créer un « grand parti des travailleurs », et c’est en revanche une perspective que j’entrevois au sein du Front de Gauche, c’était l’objet d’une remarque faite à recriweb. Il est vital, comme il le fait, de questionner les orientations des différents partis de gauche, il est vital de créer un parti révolutionnaire, ce qui n’est le cas ni des partis du Front de Gauche, ni du NPA, mais je suis convaincu que le rôle des révolutionnaires est de constituer une avant-garde d’un Front de Gauche élargi, pas de camper dans des positions d’exclusion qui finissent par renvoyer dos à dos réformistes et adversaires des travailleurs. En ce sens, je rejoins Lénine qui l’expose bien plus clairement que moi.

  • cafardages

    on dit juste bravo ! Et assez de se bouffer le nez, pendant ce temps d’autres en profitent et se frottent les mains !

  • gauchedecombat

    j’ai rien compris… j’ai le cerveau totalement vide, en ce moment;…

  • olac (@Olac2012)

    bonjour, Tu trouveras ma courte réponse sur un blog que je viens de créer… http://olac2012.blogspot.com/2012/05/reponse-cridupeuple.html

  • Réponse à Romain « Rock'n'Rouge

    […] du fond idéologique. L’essentiel de ma position a déjà été exprimée dans ma réponse à l’excellent article de cridupeuple, je me contenterai donc d’enrichir mon propos. Je partage complètement ton avis sur la […]

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