Juliette Estivill, indignée en campagne dans la péninsule ibérique

Elle est quasiment chez elle, Juliette Estivill, dans cette 5e circonscription des Français de l’étranger qui regroupe Andorre, Espagne, Monaco et Portugal. Du haut de ses 30 ans, cette prof d’espagnol en collège a bien failli retourner vivre au pays de ses ancêtres républicains. Mais la crise économique consécutive à l’explosion de la bulle immobilière en 2008 a remis ce projet à plus tard. « Mon copain est cuisinier, c’est raide pour trouver du boulot quand le chômage est à plus de 20 % », rappelle Juliette. En fait, la campagne percute sa vie autant que la vie alimente sa campagne.

Il ne faudrait pas croire que les Français vivant en Espagne ou au Portugal sont tous des employés de grands groupes financiers ou industriels vivant à l’abri d’un contrat signé dans l’hexagone. Il y a aussi pas mal de gens qui vivent et travaillent sous contrat local. Et qui prennent en pleine gueule les mesures antisociales du gouvernement conservateur Rajoy en Espagne ou se retrouvent dans les grandes mobilisations sociales portugaises. Du coup, les convergences avec la situation française apparaissent bien vite. « Quant tu discutes avec ces citoyens qui ont décidé que le Front de Gauche était pour eux, à eux même, tu vois que, d’aussi longtemps qu’ils vivent en Espagne ou au Portugal, ils suivent de très près ce qui se passe dans l’hexagone », explique Juliette. A Madrid, ce sont deux « expats », comme on dit, qui ont créé le Front de Gauche. Ils sont venus sur le site placeaupeuple2012.fr et se sont emparés de cette histoire en construction. L’un a rejoint le PG ; l’autre, qui militait déjà au Parti Communiste Espagnol, s’engage dans la construction du Front de Gauche à Madrid. Ensemble, ils ont initié des cahiers de doléances des Français de l’étranger.

Dans quelques jours, Juliette repart avec Alain Guillo, son fidèle organisateur de campagne, pour une troisième tournée dans la péninsule ibérique. Ensemble, ils rencontreront les Français d’Espagne et du Portugal, dans les cafés ou dans les locaux des organisations amies. A Lisbonne, le 12 mai, l’assemblée citoyenne a permis à une quinzaine de Français électeurs du Front de Gauche, dont la plupart ne se connaissaient pas, se sont rencontrés et ont pu faire connaissance. Ce faisant, l’expression de Mélenchon « On s’est retrouvés » a pris tout son sens. Toujours au Portugal, le 25 mai, une assemblée citoyenne se tiendra dans une galerie d’art à l’initiative d’une vieille dame cultivant son engagement libertaire de longue date de manière ostensible. Pour l’ami Bruno Fialho, son suppléant originaire du pays de la révolution des œillets, ça sera drôle comme rencontre. Lui – fils d’un des capitaines de la dite Révolution – et moi, ça nous fait rire.

Mais revenons à Juliette qui, ce lundi 21 mai au matin, quand je lui parle au téléphone, ne décolère pas. Motif de cette ire : la volte-face du nouveau président de la République concernant le retrait des troupes françaises en Afghanistan. Ce ne seront plus que les « forces combattantes » qui rentreront à la maison. Juliette, elle, est engagée depuis des années pour la sortie de la France de l’OTAN. Imaginez donc que ce « cadeau » fait aux Etats-Unis et à l’alliance atlantiste n’est guère du goût de la jeune femme. D’autant que, pour les Espagnols, émigrés ou non, l’intervention étrangère dans un pays ça ravive des mauvais souvenirs. En général, ça n’évoque pas les Brigades internationales mais plutôt la Légion Condor et les troupes mussoliniennes.

Ce n’est pas vraiment digression que d’évoquer ce point d’histoire. Les Français vivant en Espagne et au Portugal ont souvent des liens forts avec les pays où ils sont installés. Parfois, ils sont, comme Juliette, des enfants d’émigrés. Et la solidarité internationale est au cœur des préoccupations. « C’est fou, vu ce qu’on nous dit dans les médias de l’état d’esprit des Français. Mais dans toutes les assemblées citoyennes, la question de l’internationalisme revient dès les premiers échanges », sourit Juliette. Du coup, la nouvelle tournée se traduira par des meetings communs avec les partis amis, comme à Barcelone le 30 mai aux côtés des animateurs de Izquierda Unida, une sorte de Front de Gauche ibérique avant la lettre.

On comprendra aussi que la question de la construction européenne soit au cœur de la campagne de Juliette et Bruno. L’adoption, en catimini, du Mécanisme européen de stabilité, les a fait sortir de leurs gonds. Et le duo fixe clairement les enjeux de la législative sur ce point :

« Nous avons une possibilité de renverser la donne avec le Front de gauche. Pourquoi ? Parce que, si le Front de Gauche devient majoritaire en France, nous pourrons créer le rapport de force politique qui fait défaut aujourd’hui en Grèce pour ouvrir une nouvelle voie : celle de l’alternative à l’austérité et qui fera modèle, n’en doutons pas, en Europe pour mettre fin à la domination de la Troïka (FMI, BCE, UE) et de ses représentants politiques aux ordres. »

Dans la 5e circonscription des Français de l’étranger, le vote – électronique – commence le 23 mai. Dans les consulats, il aura lieu à partir du 3 juin. Le temps passe et Juliette raccroche le combiné téléphonique. Il n’y a pas de temps à perdre. Les Français de l’étranger, aussi, méritent une vraie gauche.

5e circonscription des Français de l’étranger : Andorre, Espagne, Monaco, Portugal
Score du Front de Gauche au 1er tour de la présidentielle : 10,94 %

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Bonus vidéo : Nuclear Device « Rudy 54.46 »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

2 responses to “Juliette Estivill, indignée en campagne dans la péninsule ibérique

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    Les « forces combattantes » seront seules à rentrer à la maison. Mais pourquoi se fâcher ? En raison de la décision de Hollande ? Menfin, restons calmes !

    Que diable ! Faisons confiance à nos amis afghans. Un tite bombinette, une franche attaque au lance-patate, un groupe d’énervés de la gâchette, enfin que sais-je ? et conséquemment quelques dizaines de personnes de nos « forces non-combattantes » rapatriées en boîte de sapin seront un argument que Hollande entendra mieux. Bien mieux.

    Bon, dommage pour les veuves et les parents éplorés. Mais, en ces temps où des sourds gouvernent, il n’y a que la vue des costumes en sapin pour les faire bouger… Faisons confiance à nos amis afghans. Faisons confiance à nos amis de partout en Afrique et ailleurs.

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