Face à la droite populaire, Riva Gherchanoc fait front à gauche

Comment vous parler avec un minimum de recul de Riva Gherchanoc ? C’est une sacrée gageure pour moi, la connaissant comme je la connais, depuis 2006. Je me souviens de ce bout de femme toute en cheveux roux qui tentait, après une année à étudier le Droit à Bordeaux, de tenir le coup avec son Revenu minimum d’insertion. Je me souviens de ses prises de parole enflammées quand elle avait à faire connaître les injustices dont elle était témoin. Je me souviens, je le vis encore à dire le vrai, cette énergie incroyable, de celles qui abattent les montagnes.

Aujourd’hui, Riva n’est pas à proprement dire assagie. Toute membre du bureau national du Parti de Gauche qu’elle soit, toute candidate aux élections législatives dans la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis, elle reste cette femme engagée qui réagit au quart de tour quand les « siens » sont victimes d’injustice. Je dois préciser, à ce moment précis, que les « siens », ça fait du monde. Elle compte dans cet ensemble les habitants des quartiers populaires, les femmes, la jeunesse séquano-dyonisienne (celle qu’elle connaît le mieux), les précaires… Oh, ne croyez pas que la plus jeune candidate à la députation de mon département ait le tempérament maternel. Il ne s’agit pas de cela. Je parlerais plutôt d’une empathie profonde, cette capacité rare à faire siennes les souffrances des autres.

Parce que la souffrance, Riva a connu. L’angoisse de boucler ses fins de moi, quand on ne dispose que du RMI, elle a vécu. La difficulté à trouver un boulot, alors qu’elle avait assez brillamment réussi son concours de la fonction publique territoriale, elle a senti au plus profond d’elle. Ça forge le caractère mais ça ne blinde pas. En tous cas, ça ne blinde pas Riva qui a toujours chevillé au corps l’Humain d’abord. Quand je la vois discuter avec les habitants de Neuilly-sur-Marne, sur le marché de la ville, ça se sent. C’est un vrai échange, à base d’émotion autant que de raison. Elle ne lâche pas le morceau. S’il faut une heure pour expliquer, elle la prendra, qu’importe le résultat à la fin. Riva est une militante, de cette espèce rare qui s’oublie au profit des autres.

Parfois, pour celles et ceux qu’elle entraîne derrière elle, comme l’ami Franck Boissier, c’est un peu usant. D’autant qu’elle ne connaît pas le sens du mot « compromission ». Ses anciennes camarades de Ni Pute ni soumise s’en souviennent. Elle a mené la bagarre costaud quand Fadela Amara a choisi d’aller jouer les alibis dans le gouvernement Sarkozy. Je commençais à peine à la côtoyer et ses idées étaient aussi claires que l’eau de source. Ni transfuge, ni complice. De gauche. Tout simplement. Avec une légère dose de révolution : elle revendique sincèrement que l’insurrection citoyenne, c’est maintenant.

Pour Riva, une chose est sûre : le bien commun ne supporte plus de demie mesure en cette période de tension sociale extrême. Une tension avivée dans la circonscription la plus méridionale de la Seine-Saint-Denis par la Droite populaire. Son candidat ici se nomme Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP, ancien permanent syndical de la Police national qui a intégré la préfectorale par la grâce de Nicolas le petit. Les défenseurs du statut de la Fonction publique apprécieront. Les autres, et même ceux que je viens de citer, apprécieront aussi que le « monsieur sécurité » de l’UMP ait fait son entrée en campagne en tractant contre le droit de vote pour les étrangers extra-communautaires. Peu importe qu’ils vivent, travaillent et paient leurs impôts dans ce pays depuis un an, cinq ans ou dix ans. Le racolage en direction de l’électorat FN ne connaît pas de prescription.

Mais pour Riva, l’infamie de Beschizza noon plus ne sera pas prescrite… Faut dire que Gherchanoc, cela ne sonne guère plus français que Beschizza. Sauf que mon amie, elle, se rappelle d’où elle vient. Elle se souvient de ses origines russes si proches qu’avec la législation actuelle, elle ne serait certainement pas attributaire d’une carte nationale d’identité frappée du drapeau tricolore. Son suppléant, Moussa Diakhaté, lui aussi connaît bien ça. En raison d’une erreur administrative, il a connu le triste quotidien des « sans papiers » pendant plusieurs années. Moussa n’en tire ni gloire ni rancœur. Il est juste devenu défenseur des salariés et animateur de la CGT à Neuilly-sur-Marne. Manière de rendre aux autres cette solidarité dont il a pu bénéficier.

C’est drôle de les voir tous les deux, Riva et Moussa, côte à côte, sur les marchés, au porte à porte, dans les réunions publiques ou les assemblées citoyennes. A eux deux, ils forment une équipe solide, à l’image du Front de gauche sur la 3e circonscription. Je vous préviens juste, si vous les croisez, soyez patients : ils sont loquaces.

3e circonscription de la Seine-Saint-Denis : Gournay-sur-Marne, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand.
Score de Jean-Luc Mélenchon : 6 774 voix et 12,64 % des suffrages.

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Bonus vidéo : Lords Of The New Church « Russian Roulette »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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