Au mur des Fédérés, pour continuer le combat des Communards

A Alexis et aux autres héritiers

Et oui, le 26 mai, comme tous les ans le dernier samedi de ce mois, un certain nombre d’amis et camarades « montent » au Mur des Fédérés, dans le cimetière du Père-Lachaise. Au-delà de la commémoration de nos morts – les 30 000 victimes de la répression versaillaise à l’issue de la répression de la Commune de Paris -, nous réaffirmons notre position. La Commune de Paris a contribué à marquer le clivage politique à gauche. C’est un peu ce que je tente de démontrer dans mon bouquin en cours, malheureusement un peu en sommeil (lui aussi) pour cause d’élections.

Avant la Commune de Paris, la gauche française est composite. On y trouve des Girondins fédéralistes, des républicains conservateurs (mais le seul fait d’être républicain suffisait à classer à gauche au XIXe siècle), des Montagnards centralisateurs et jacobins, des socialistes utopiques aussi bien que « scientifiques » (les marxistes essentiellement), des anarchistes… Le déclenchement de la Commune de Paris et l’affirmation de son contenu de classes : république ; école laïque, gratuite et obligatoire ; premiers prémices de l’autogestion ; centralité de l’émancipation des travailleurs… va générer une fracture dans cette « gauche ».

Ce contenu politique va amener un certain nombre de républicains à s’en démarquer. La plus connue de ces figures demeure Gambetta. Arago, maire de Paris et bénéficiant d’une certaine aura dans les milieux républicains, se détournera lui aussi de ceux qui lui permirent d’arriver au pouvoir. Dans un certain sens, le vieux Victor Hugo se démarquera des Communards avant que de s’émouvoir de la répression. Ces personnalités ont en commun de considérer que la République est suffisante. Elles s’accordent aussi sur une sorte de mépris de classe envers les ouvriers. Nous les retrouverons, par engagement ou par absence de prise de position, derrière Thiers et les fusilleurs.

Mais il faut aussi reconnaître que la violence de la répression va déclencher un mouvement de sympathie (au sens grec du terme) envers les Communeux. Des gens qui se taisaient ou se contentaient de regarder les événements prendront, à retardement, partie pour les révolutionnaires. Ils vont contribuer à creuser le fossé qui va structurer la gauche entre pro et anti-communards. Cette ligne perdurera longtemps. A mon sens, elle est toujours vivace aujourd’hui. Dans la mesure où je ne reconnais pas comme amis de la Commune la droite qui n’en salue que le patriotisme.

Une nouvelle étape de la structuration de la gauche sera franchie, pour lui donner ses contours actuels, avec l’affaire Dreyfus. A l’issue de cet autre drame, qui finira heureusement mieux que l’insurrection populaire parisienne, la gauche ne tolérera plus en son sein d’antisémites. Mais ceci est une autre histoire.

En montant au mur des Fédérés, nous rappelons donc de quel côté de la barricade nous nous situons. Parce que oui, en premier lieu, nous continuons à donner du crédit et du corps à la lutte des classes, même si elle s’est complexifiée en apparence. Comme nos glorieux anciens de 1871, nous sommes dans le camp des « partageux », des réprouvés, des « sans ». Et nous réclamons que notre place – majoritaire – nous soit rendue. Sinon, nous la prendrons. Nous exprimons donc que le combat des Vallès, des Dombrowski, des Théo Frankel, des André Léo, des Louise Michel est toujours actuel et que nous le poursuivons tracts et bulletins de vote en main, tant que la démocratie nous le permet. Nous proclamons que nous n’oublions pas : les héritiers de Thiers, qu’ils se nomment Sarkozy, Copé ou Fillon, ont le sang des nôtres sur leurs mains.

Pour m’en rappeler, je n’ai pas grand chose à faire. A quelques dizaines de mètres de chez moi, la rue Myrha a vu Dombrowksi blessé à mort sur la barricade. La rue Fessart, près de laquelle j’habitais avant, a connu la dernière barricade de la Commune. Et, vendredi dernier, André m’a fait découvrir la rue Burcq où auraient été fusillés les derniers Communeux.

 

Montée au mur des Fédérés : samedi 26 mai à 14h30,
rendez-vous au cimetière du Père-Lachaise, entrée Rondeaux, métro Gambetta (ligne 3)

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Bonus vidéo : Noir Désir « Le Temps des cerises »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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