Qui es-tu Syriza ?

Par Mespetitesfable Angelina pour Bakchich, avec son aimable autorisation

Dans 13 jours, le 17 juin très exactement, pendant que nous élirons nos députés, les Grecs feront de même. L’équivalent hellène du Front de Gauche, Syriza, est donné en tête dans toutes les enquêtes d’opinion. du coup, retour sur cette coalition qui fait trembler Bruxelles et ses laquais au travers de la plume élégante et de l’esprit vif de mon amie Angélina.

Syriza qu’est-ce que c’est ?

C’est d’abord les premières syllabes des mots Synaspismós Rhizospastikís Aristerás (Coalition de la Gauche Radicale). C’est encore le résultat de la volonté politique de plusieurs courants de gauche ou directement issus d’un parti communiste (KKE) beaucoup plus radical qu’en France. C’est enfin une formation plébiscitée à près de 17 % aux dernières élections législatives qui l’ont placé à la tête de la gauche et l’ont propulsé deuxième parti politique de Grèce. Syriza n’est donc pas qu’un homme, c’est aussi un parti. Et pour le découvrir, il fallait se rendre le soir-même de la venue d’Alexis Tsipras et de ses camarades à Paris, place du Colonel Fabien.

Et surprise ! Tout comme lors de la conférence de presse à l’Assemblée Nationale ou sur la petite place Edouard Hériot, c’est ballot, on avait encore prévu trop petit. L’amphi était plein à craquer et les places furent chères. Un public hétéroclite en âge, majoritairement franco-grec s’est pressé à la rencontre avec la délégation qui avait accompagné Alexis Tsipras tout au long de la journée. Ce soir-là, j’ai appris avec stupéfaction que si tout ce beau monde souhaitait se prononcer lors des prochaines élections grecques, il devrait prendre un aller-retour Paris-Athènes presto. La première prise de parole de l’assistance a commencé par dénoncer le vol du vote des Grecs de l’étranger. Paradoxalement, le pays qui clame avoir offert la démocratie à l’Humanité n’a pas encore instauré le vote par procuration, pas plus que le vote dans les consulats et encore moins par internet. Mais depuis que la directrice générale du FMI nous a benoîtement informés que les Grecs ne payaient pas leurs impôts, nous ne devrions plus nous étonner de rien.

Photo (c) Angelina

Au programme de Syriza, il y a bien évidemment un programme à gauche, social et humain d’abord. Aux questions qui y opposent le chômage, le remboursement de la dette, l’euro ou pas l’euro et surtout l’Europe, les longues argumentations pour une politique sociale pleuvent. Lorsque l’épineuse question de la montée de l’extrême droite, et notamment du néo-nazisme, est posée, les dignitaires de Syriza savent tirer une analyse sans concession. Ils expliquent l’émergence d’Aube Dorée par « la crise de la représentation politique combinée à la crise sociale que nous vivons » et par ses positions sur l’immigration quand « les partis du gouvernement ont pris l’habitude de parler de ces questions avec une rhétorique de droite. » « Une rhétorique qui insiste sur le patriotisme et sur un fort sentiment de supériorité face à une population qui s’est sentie humiliée », précise le jeune Brunos qui reconnaît que se débarrasser de Aube Dorée ne sera pas simple. « Il ne suffit pas de dénoncer les anciens partis politiques pour leurs discours xénophobes », poursuit-il, « nos forces ont eu de graves insuffisances pour faire face à ce problème. » Mais « à l’heure où l’Europe était habillée de chemises noires, les communistes étaient debout et se battaient », avait auparavant rappelé la flamboyante Aliki Papadomichelaki. A l’image du Front de Gauche qui, en France, veut lutter front contre front contre le FN, elle me confirmera en aparté que, selon elle, combattre l’extrême droite devrait être une prérogative de toute la gauche en Europe.

Démocratie participative

Pour moi, le point d’orgue de la soirée fut néanmoins de découvrir une volonté affichée de démocratie participative, un désir de retour au peuple qui, par ses mots et sa philosophie évoquent la notion d’empowerment (autonomisation) ou bien le community organizing d’un Saul Alinsky bien plus que n’a réussir à le faire ici le Front de Gauche qui a pourtant scandé inlassablement « Prenez le pouvoir ». Fort de ses notions d’émancipation des populations et d’éducation populaire, Syriza exalte aussi l’organisation des citoyens par le bas. Après avoir, comme de nombreux pays, connu ce qu’ils appellent « le mouvement des places » des indignés, les Grecs de Syriza veulent promouvoir la nécessité de l’auto-organisation des citoyens à l’échelle locale, favoriser des forces dans les réseaux de solidarité au sein des grandes villes, s’investir dans des assemblées populaires dans les quartiers, dans l’organisation d’initiatives par le bas telles que les repas de quartier, les trocs… « Pas à pas, il faudra faire la transposition des débats sur des échelles plus larges. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du collectif. Parler à ses voisins, alors que nous ne le faisons plus, est l’élément fondamental d’une politique de gauche à l’heure actuelle. Syriza ne peut se substituer à l’ensemble de ce fonctionnement social. Il est important d’entraîner ce collectif vers des perspectives de luttes fondamentales comme pour les services publics qui en Grèce viennent à manquer cruellement. » Riche en émotions, la soirée se termine sur la résolution que personne ne doit rester seul dans la crise.

Le début et la fin de cet article sont lisibles ici

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Bonus vidéo : Franz Ferdinand « Ulysses »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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