Patricia Guilhot bat la campagne chez ma maman

C’est un bout de la plaine de la Limagne et le début de la chaîne des Puy. Au cœur du Puy-de-Dôme. C’est là qu’habite ma maman et mon pôpa, dans une commune qui compte, royal au bar, 180 habitants : Tourzel-Ronzières. Dans ce village, composé de trois noyaux, on se connaît quasi tous. Quand je descends, parce que ça m’arrive (même si ce n’est pas assez souvent, au goût de ma mère), je vais souvent partager un canon puis un frichti avec le maire et conseiller général, Luc Tixier ; sa femme, Arlette ; sa fille, Caroline. Tous trois sont des militants du parti dit « sérieux » mais de gauche et avec qui j’échange avec plaisir autant que sans complaisance. Il y a aussi la voisine, chez qui je vais chercher du saint-nectaire fermier, de ceux que vous ne trouverez jamais dans le commerce.

Là, nous sommes à plus de 700 mètres d’altitude, avec le Puy d’Isson en face. Dans le Dauphiné d’Auvergne. La maison de mes parents, l’ancien bar-restaurant de Tourzel, donne sur une petite église, en rude roman auvergnat, murs épais, peu de lumière. Elle est affectée aux expos, pour les offices faut aller à Ronzières. Il y a le nouveau restaurant, un peu chic, où on mange bien, des spécialités du coin, et – dessous – le musée de la cochonnaille, accessible 24 heures sur 24 pour peu qu’on sache où est la clé. Evidemment, moi je sais. Comme je sais que le redécoupage réalisé par Alain Marleix a bien du mal à passer. Le canton de Champeix était jusqu’à l’an passé encore rattaché à la circonscription d’Issoire, dont le député est le socialiste Jean-Paul Bacquet.

Mais, cette année, drame à Tourzel ! Désormais, nous sommes dans la 3e circonscription du Puy-de-Dôme redécoupée, dont le député sortant a nom… Louis Giscard d’Estaing. Oui ! Oui ! Le fils de. L’héritier même puisque Valéry en était déjà le député. Ma mère me rapportait, quand je suis descendu pour le meeting de Mélenchon à Clermont, les échanges avec les 78 voisins que recense le noyau de Tourzel. De mémoire :

« Dites, madame Brigitte, c’est pas parce que c’est « Louigi » (le surnom de LGE) qui est notre député maintenant, qu’on est obliger de voter pour lui ? »

Dame ! C’est qu’on est pas habitué dans le patelin à voter à droite. Pour rural que soit le canton de Champeix, ici, on vote à gauche ! Et pour de vrai. Le conseiller général Tixier était bien connu pour être à la gauche du parti dit « sérieux ». Je crois même qu’il a voté contre le Traité constitutionnel européen en 2005. Cela dit, ce n’est pas pour vous parler de lui que j’ai fait ce long prologue.

A toute chose, malheur est bon : certes, mes parents et les voisins doivent se cogner « Louigi ». Mais ils peuvent aussi bien choisir – aux deux tours siouplé – mon amie Patricia Guilhot ! Consillère générale de Clermont, co-secrétaire départementale du Parti de Gauche dans le Puy-de-Dôme, Patricia est un sacré bout de femme. Elle déborde d’énergie sans s’en cacher. Le plus souvent sourire aux lèvres, Patricia sait se faire respecter. Elle a tenu tête à Goutebelle, président du conseil général ; à Serge Godard, maire de Clermont ; à tous les vieux birbes d’un parti socialiste parmi les plus surprenants que j’ai eu à approcher. Il n’y a guère que celui des Bouches-du-Rhône pour faire « mieux » ou pire, selon que l’on goûte l’ironie. Ou pas.

Patricia Guilhot (prononcer Guillot, on est en terre d’oc ici) arpente avec conviction les marchés de cette circonscription vaste comme celles qu’on aime en province. Avec les trajets en voiture – grâce à la décentralisation, qui confie aux régions l’organisation des transports en commun, y a pas de moyens pour créer des lignes de TER adaptées aux besoins -, les journées commencent bien tôt et se finissent bien tard. Et faut composer avec un électorat mi urbain, mi rurbain, mi rural. Oui, je sais, ça fait trois « mi », mais vous n’avez qu’à aller faire un tour chez les agriculteurs ou les commerçants des marchés du cru pour comprendre qu’il n’y a aucune erreur sur le compte.

C’est donc dans ce contexte que Patricia bat la campagne, au sens propre comme au sens figuré. Avec, en toile de fond, un PS extrêmement divisé entre un canal historique un chouïa clientéliste et un canal habituel versé côté Solférino. Ou l’inverse, c’est selon. Patricia, me confiait-elle encore il y a peu, se fiche comme d’une guigne de cette concurrence. Elle préfère avancer sur ce qu’elle connaît bien : la jeunesse, les handicapés, l’action sociale. Autant de domaines dans lesquels elle œuvrait lorsqu’elle était encore vice-présidente de l’assemblée départementale. Et, surtout, domaines auxquels cette grande sensible ne sait rester indifférente. Pat’ fait partie de celles et ceux qui « souffrent avec » les autres. Sans commisération, avec, chevillée au corps, la volonté de changer radicalement les choses. Cet enragement l’a amenée à planter une carrière extrêmement prometteuse à titre personnel au sein du parti dit « sérieux » pour suivre son cœur et rejoindre le Parti de Gauche dès sa création avec nos amis communs Yves Carroy et Tony Bernard, pour ne citer qu’eux.

Patricia, la prochaine fois, appelle-moi

Voilà maman. Si tu veux savoir ce que pense ton fils, toi qui a voté comme ton cœur te le commandait aux présidentielles, tu sais.

3e circonscription du Puy-de-Dôme : 12 cantons.
Score de Jean-Luc Mélenchon : 11,8 %

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Bonus vidéo : The Shamen « Move Any Mountain (Beatmasters 12 inches Mix)« 

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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