Bleeding Pigs @ Les Combustibles Paris, 2012 june 7th – live report

 C’est un live report, c’est une nécro. Il y a des trucs comme ça, on n’y peut rien. Ce jeudi 7 juin au soir, j’ai assisté au dernier concert que donneront les Bleeding Pigs, trio punk rock français issu de l’Essonne. C’était aux Combustibles, resto et salle de concerts du 12e arrondissement de Paris. J’en suis venu à les connaître parce que Thomas, le bassiste, est un ami, un camarade. C’est assez drôle aussi, comment la vie passe les plats. Je vais y venir.

Donc, Bleeding Pigs, à la base, c’est un groupe de potes formé au lycée de Mennecy, un de ses projets qu’on monte sans forcément beaucoup d’idées préconçues, genre « on a pas envie de trop se faire chier, si on faisait un groupe ? ». Ils sont trois, ce sera un trio guitare-chant, basse, batterie-chant. Ils ont 15 piges, la rage d’ados à cet âge, donc ils jouent du punk. Sauf que la sauce prend. Et à les voir sur scène, on comprend mieux. Ils ont la patate, comme on dit dans le milieu.

Ce ne sont pourtant pas de vraies bêtes de scène ; à l’arpenter en long, en large et en travers ; sautant partout. Mais ils dégagent une saine énergie. Leur set, première partie oblige, dure à peine trente minutes. Et je les retrouve dehors, tous en sueur. Accessoirement, je me demande si Thomas n’a pas mal aux cuisses à force de tenir la position d’un gratteux métaleux. Je gage que lorsqu’ils se sont formés, à quinze piges, avec l’absence d’inhibition qui caractérise la jeunesse, c’était encore pire.

Bref, ces mômes torchent leurs propres compositions, dans un style qui m’évoquent les heures de gloire du punk rock français : entre OTH, les $hérifs, les Rats… Cette école marquée par le fait de savoir jouer, poser des mélodies accrocheuses, des tempos qui cognent bien. Dommage que le public méconnaisse tant que ça les joies du pogo, je m’en serais bien tapé un hier soir. Le son des Bleeding Pigs est de ceux qui libèrent l’énergie. Un peu aussi comme les combos punks ricains de la côte Ouest, avec cette touche mélodieuse (je me répète, mais c’est voulu) qui évoque à l’ami Arthurfontel, qui m’accompagne dans cette équipée, les meilleures heures de Offspring (true story).

Avec tout ça, assez tôt, le trio du Sud Essonne va commencer à écumer les scènes. Rien qu’en région parisienne, ils dépassent les 100 concerts entre squats, bars, petites salles, lieux éphémères autant qu’alternatifs. Ils vont aussi partir en Province où ils vont côtoyer mon ami Raf d’Attentat Sonore, Raf avec qui nous avons créé en 1989 la première émission de punk, hardcore et redskin (ma touche à moi) de Limoges : Panik sur la bien nommée Radio Trouble Fête. Accessoirement, avec Raf et les potes de fac de l’époque, on a aussi monté un SCALP (pour celles et ceux qui ont l’âge de se souvenir de ces temps héroïques). Voilà qui boucle ma boucle perso d’une époque qui voyait tout juste naître les futurs membres de Bleeding Pigs.

C’est que les trois mômes ont donc rallié, sans forcément s’en rendre compte, la part consciente de la scène punk française. Do It Yourself et absence d’enjeux commerciaux. Leur album, Dionaea Muscipula (nom latin de la plante carnivore la plus répandue sur la planête), est en copyleft et précise : « Ne pas dépenser plus de six euros pour l’achat de ce disque ». L’autoproduction, si elle ne met pas suffisamment en relief la richesse musicale et les textures des voix (notamment quand les choeurs créent l’harmonie) est de belle facture quand on sait que l’ensemble a été enregistré à la maison. Les textes y sont engagés, « comme on l’est en première », précise Thomas sans trop se prendre au sérieux. Y apparaissent néanmoins des préoccupations que je retrouve aujourd’hui chez mon camarade futur urbaniste : la ville, l’écologie, le refus de la marchandisation du monde… Et l’emprisonnement, aussi, celui que l’on peut ressentir lorsque l’on a dix-sept ans, qu’on est pas sérieux, qu’on se sent cloîtré dans sa province ou sa grande banlieue de résidence. C’est chanté gentiment mais, à leur âge, c’était déjà faire preuve d’un engagement que l’on retrouve finalement bien peu dans les productions musicales actuelles.

Voilà donc, la nécro des Bleeding Pigs qui fleure aussi bon la nécro de ma propre fin d’adolescence. Ne serait-ce que pour m’avoir permis de m’y replonger avec délice et sans nostalgie, merci les gars. Et à bientôt d’entendre vos nouveaux projets.

Cadeau de Thomas : téléchargez l’album des Bleedings Pigs « Dionaea Muscipula » en mp3 (encodage 192 kb/s).

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Bonus vidéo : Bleeding Pigs « Il n’y a plus rien (live @ la Miroiterie) »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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