Front de gauche : dimanche on vote, après on construit

Ça y est : dimanche, nous franchirons une nouvelle étape et nous saurons si la dynamique du Front de Gauche s’enracine, comme je l’espère, dans le paysage politique français. Dans le fond, je me fous pas mal que ce rassemblement pèse X ou Y %. Ce n’est pas le plus important même si j’ai déjà expliqué que plus la classe ouvrière disposera de députés Front de Gauche, mieux ce sera pour tenir la ligne de front dans les luttes qui ne manqueront pas d’arriver.

Je ne suis pas non plus un ardent défenseur de cette glose qui consiste à dire « ne donnons pas tous les pouvoirs au PS ». C’est aussi mobilisateur qu’un frein grippé sur un vélo cabossé. D’abord, cela signifie que nous accepterions la victoire du parti dit « sérieux » et que nous demanderions l’aumône d’une représentation à l’Assemblée. Pourquoi pas un strapontin ministériel, à ce compte-là, pour compléter l’humiliation ? Attention, je précise que je souhaite la victoire de la gauche aux législatives et, plus particulièrement, celle du courant dans lequel je me reconnais. Il semble mal parti que le Front de Gauche dispose prochainement de la majorité absolue à l’assemblée. Ce sera pour la prochaine fois. En attendant, je préfère que le PS ait la majorité, mais pas sans nous. Ça aussi je l’ai écrit, n’est-ce pas ? Je vais citer Mélenchon pour que tout soit bien clair :

« On n’est pas l’opposition, bien sûr que non. On ne peut pas dire non plus qu’on est dans la majorité dans la mesure où on ne va pas appliquer le programme du PS. Un opposant, par exemple, c’est quelqu’un qui vote la motion de censure contre le gouvernement. Moi, je prends l’engagement de ne jamais signer la motion de censure de la droite contre le gouvernement. »

Je prends bien le temps d’écrire tout cela, notamment pour prévenir d’éventuels procès d’intention de mon ami André. Voilà, j »espère que tout est bien clair.

Reste qu’en matière de projection, c’est bien difficile même pour les militants les plus habitués à l’exercice. Je ne me compte pas parmi eux, étant par nature assez pessimiste. Le parti dit « sérieux » évite tout débat politique. Et se contente de surfer sur la vague de « donnons la majorité dont Hollande a besoin ». Pour faire quoi ? On saura plus tard. L’UMP nous rejoue le sketch des chars soviétiques. Et va tenter de minimiser les dégâts. C’est de bonne guerre. Bref, on ne parle pas de choses sérieuses, l’absence de changement c’est bien maintenant.

Cela posé, je vais revenir sur ce qui, à mon sens, constitue l’enjeu de cette deuxième séquence électorale. Je suis ce que je suis, quelque part entre l’apparatchik et le « créateur » (?) d’idées. Les idées restent, pour autant, le cœur du combat politique. Les développer ; les rendre claires ; accessibles à tous ; les rendre incontournables dans le débat politique, là est mon objectif. C’est ce à quoi concourt un parti ou une organisation politique. Une fois aux postes de commande, les militants choisis pour exercer les mandats électifs ont charge de mettre en œuvre ces idées, puisqu’ils ont été élus pour cela par le peuple. C’est le principe de la Ve République, je fais avec même s’il est loin de me satisfaire.

Ceci exposé, j’en reviens à l’actualité. Ce qui sanctionnera notre victoire, ou notre défaite, au delà des scores de l’arithmétique électoraliste, reste pour moi l’enracinement de ces idées que nous avons mises sur la table tout au long des mois passés (presqu’un an à dire le vrai). De ce point de vue, il y a déjà de jolis bougés. La possibilité, évoquée par le gouvernement Ayrault, d’instaurer une échelle des salaires de 1 à 20 dans les entreprises publiques en est une. Les mouvements de bassin du nouveau ministre du « redressement productif », s’ils sont traduits en actes, montreraient que notre corpus de doctrine prend sa place. Là est la victoire.

Bon, ne tournons pas autour du pot, c’est bien évident que nos idées progresseront plus avec 30 députés qu’avec 18. Et nous pouvons mesurer qu’une organisation structurée, forte, disciplinée, nombreuse permet mieux de remporter ce genre de victoire visible. C’est cela l’enjeu de l’élection : elle permet de faire avancer nos idées, elle permet de mesurer combien elles ont progressé, elle permet de créer de nouveaux points d’appui pour qu’elles progressent encore. Dans un processus assez dialectique, n’est-ce pas ?

Mais, dans les faits, tout repose au départ sur l’organisation. Et là se pose la question du devenir du Front de Gauche. Comment allons-nous, ensemble, pérenniser l’expérience politique ? Comment allons-nous offrir le cadre qu’ils demandent à tous les citoyens qui se sont emparés de ce qui est dorénavant leur outil politique ? Chacun y va de sa proposition, de sa réflexion, et c’est bien normal. Les citoyens qui ont donné corps aux assemblées citoyennes devront pouvoir se prononcer et nous, membres des organisations fondatrices du Front de Gauche, devrons veiller à ne pas rééditer la triste expérience des collectifs unitaires antilibéraux. Je m’exprimerai, plus avant, sur ce sujet passionnant quand le second tour de l’élection sera passé.

Pour le moment, je crois qu’il est vraiment plus temps de se concentrer sur les élections législatives, de donner au Front de gauche le poids dont notre peuple a besoin. Il nous reste officiellement une grosse journée pour ce faire. Pour vérifier que nos idées novatrices, radicales, ces nouveaux référents politiques ont bien commencé à germer.

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Bonus vidéo : POD « Youth Of The Nation »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

10 responses to “Front de gauche : dimanche on vote, après on construit

  • Lisée

    D’accord sur tout, sauf que je ne voterai pas PS au deuxième tour, compte tenu de son attitude lamentable vis à vis du front de gauche et tout particulièrement envers Mélenchon à Hénin-Beaumont. Je me suis forcé (avec beaucoup de peine) à voter Hollande au deuxième tour, mais là, ça suffit. Le PS est notre pire ennemi.
    Lisée.

    • lecridupeuple

      Puisque tu en parles, le pire ennemi de la classe ouvrière et de ses organisations, c’est l’extrême-droite et les droites. Les chiens de combat dressés par l’oligarchie. Le PS est un concurrent pas très loyal mais pas un ennemi.

  • Bernadette Sire

    Issue de mouvements libertaires je fais parti de ceux qui ne sont encartés nulle part mais qui souhaitent faire vivre le FDG, continuer la lutte, arracher des bribes de démocratie, ne pas laisser ronronner les députés PS sans leur demander des comptes…
    Dans l’Aude, département rural, dans chacun des villages ou nous sommes passés avec la candidate FDG il y a eu des interventions pour demander la continuation d’assemblées citoyennes, la création d’un lieu « FDG-Front des Luttes », non identifié à 1 parti, qui puisse accueillir les associations en lutte, les partis, les personnes…. un besoin de rencontre, de parole, de réflexion, de lien…. c’est déjà une immense victoire. Cela pose aussi me semble-t-il la nécessité de faire de la politique autrement…

    • lecridupeuple

      Le Front de gauche, Bernadette, sera toujours identifié a des partis : ne serait-ce que ceux qui l’ont créé 🙂

      • babelouest

        « Le Front de gauche, Bernadette, sera toujours identifié a des partis : ne serait-ce que ceux qui l’ont créé 🙂 »

        Pas forcément : beaucoup de gens, ici aussi, préfèreraient un front de gauche qui ne soit pas assujetti à tel ou tel parti, pour là aussi discuter, apporter des témoignages, etc… Au PG on n’est pas contre : le PCF est évidemment plus réticent. On remarquera une proportion importante de militants non-encartés, mais prêts à participer à un Front de gauche en tant que tel.

      • lecridupeuple

        Je ne dis pas « assujetti », j’ai bien écrit « identifié », ce qui est différent.

      • babelouest

        Justement, j’ai rencontré des gens qui voulaient militer « au Front de Gauche », indépendamment des partis qui l’avaient créé. Ils demandaient une structure de dialogue, de discussion, libérée des étiquettes internes. Ils ne s’identifiaient à aucune des composantes du FdG en particulier. Des gens de gauche, quoi.

      • lecridupeuple

        je ne dis pas le contraire, je suis un fervent partisan de l’irruption citoyenne dans le Front de Gauche. Je dis juste que ce sont trois partis qui l’ont cr et que a restera.

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  • penseelibre

    Tout ceci est bel et bon. Mais si les gens qui se présentent sont pas valables ? on doit rester sur la couture du pantalon ? Moi ch’peux pas. j’obéis que quand je suis d’accord. J’explique les détails dans un billet (désolée pour le lien) http://www.penseelibre.fr/voila-pourquoi-je-ne-peux-voter-pour-les-candidats-front-de-gauche-de-mon-departement
    pour me « consoler » ils n’ont aucune chance d’être élu. Et si des gens pas à la hauteur de chez nous ont des chances d’être élu on va se retrouver avec des qui sont pas « honorables »… on est bien avancé, c’est pas le but.

    J’ai encore quelques heures pour me décider… c’est Sapin sinon. bof.

  • brunoarf

    Appel de Nadine Morano aux électeurs du FN pour le second tour.

    L’ancienne ministre Nadine Morano, candidate UMP dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle, a appelé dimanche les électeurs du Front National à se retrouver sur sa candidature au second tour.

    Nadine Morano, qui arrive en seconde position dans la 5ème circonscription de Meurthe-et-Moselle avec 34,33% des voix (contre 39,29% au PS) a déclaré sur France 2 : « La triangulaire est évitée. J’observe que le FN est plus fort, avec un peu plus de 11 points, qu’en 2007. Je voudrais appeler les électeurs du Front national qui partagent nos valeurs, mes valeurs, à se retrouver sur ma candidature au second tour ».

    Elle a appelé « tous ceux qui ne veulent pas du vote pour les étrangers, qui ne veulent pas une dépense publique débridée, tous ceux qui ne veulent pas que les policiers donnent des récépissés chaque fois qu’ils font un contrôle d’identité, tous ceux qui veulent une bonne gestion de la France (…) à se rassembler derrière (sa) candidature ».

    http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/appel-de-nadine-morano-aux-electeurs-du-fn-pour-le-second-tour-circo5405_1124969.html

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