Front de gauche : et si on gagnait le combat de l’unité ?

Pas faux : « L’union est un combat », avait déclaré en son temps Etienne Fajon. Pourtant, nous autres, du Front de Gauche, sommes encore et toujours des ardents défenseurs de l’unité de la gauche. Unité de la gauche radicale dans un premier temps ; unité de l’ensemble de la gauche, y compris la gauche bourgeoise, dans une seconde étape. C’est là le fondement du désistement républicain que j’ai déjà évoqué dans ces colonnes et qui fait tant débat. Je n’y reviens donc pas. Je reviens du conseil national de mon Parti, tenu ce week-end à Saint-Denis. Nous avons confirmé notre feuille de route : l’unité comme moyen privilégié de construire l’alternative.

L’unité constitue une nécessité vitale tant le parti dit « sérieux » tire avantage de nos divisions. Je ne parle pas uniquement d’un point de vue électoral. Chacun pourrait trouver ici et là des illustrations montrant combien la multiplication des candidatures à sa gauche a permis, dans des situations serrées, de passer devant le candidat de la gauche radicale le mieux placé. Je parle plutôt d’un point de vue idéologique. La multiplication des discours proches sur l’analyse autant que sur les propositions, mais agrémentées de « c’est nous les meilleurs », « les autres sont des traîtres », « les purs sont ici »… contribue à démobiliser le peuple de gauche qui attend de nous des solutions plus que des débats à n’en plus finir sur le sexe des anges, les mérites comparés de Trotski et de l’anarcho-syndicalisme, réformisme et révolution… Ces débats sont passionnants mais… Mais il y a le Mécanisme européen de stabilité, la hausse du SMIC qui se fait attendre, des millions de chômeurs…

A l’heure où le Parti dit « sérieux » n’a de priorité que de trouver dix milliards d’euros, privilégiant visiblement la réduction des dépenses que la hausse des recettes, rassembler autour d’un projet novateur, en rupture avec les vieilles lunes du capitalisme, reste notre priorité à nous. Parce que l’unité, c’est le renforcement de l’outil politique utile à la classe ouvrière. Nous avons déjà un Front de Gauche qui rassemble outre ses trois fondateurs : Gauche Unitaire, Parti Communiste, Parti de Gauche ; Convergence et Alternative, la Fédération pour une alternative sociale et écologique, Femmes Egalité, le Parti Communiste des Ouvriers de France, République et socialisme. Le 8 juillet prochain, le courant unitaire du Nouveau Parti Anticapitaliste : la Gauche Anticapitaliste, se prononcera sur sa stratégie. La date m’a été confirmée par Myriam Martin, une de ses animatrices. Selon les écrits de nos camarades, la Gauche Anticapitaliste devrait rejoindre le Front de Gauche. Je me permets de citer des extraits de son analyse publique des législatives :

« Face à la crise et à la menace du FN, il faut, comme en Grèce où le courage et la dignité du peuple ouvrent la voie, rassembler une gauche anti-austéritaire indépendante du PS, qui défende un programme de rupture anticapitaliste, soit utile pour favoriser de puissantes mobilisations et relayer les aspirations populaires par l’action de ses élus.
Le Front de gauche représente un atout pour aller dans ce sens, pour imposer un véritable changement. Le Front de gauche a perdu des députés mais son ancrage est important sur tout le territoire. Il a rassemblé aux Présidentielles et aux Législatives, malgré la pression du vote utile, un score supérieur à celui qu’avaient enregistré séparément les candidats du PCF, de LO et de la LCR en 2007. Sa campagne des présidentielles a levé un espoir à la gauche du PS. En s’élargissant à toute la gauche radicale, en trouvant les moyens d’organiser durablement les forces militantes qui se sont retrouvées en masse dans les meetings de Jean-Luc Mélenchon, il peut concrétiser ces espoirs et renforcer son poids politique.
Tous les anticapitalistes écosocialistes peuvent et doivent se regrouper en son sein. »

Malgré mes relations autrefois orageuses avec la Ligue Communiste Révolutionnaire et sa suite, le NPA, je me réjouis franchement de cette évolution. Et pas seulement parce qu’elle me permet de retrouver des vieux copains. La persistance de groupes éparpillés, qui se présentent les uns contre les autres, ne fait le jeu que du parti qui tente, avec succès jusqu’à présent, d’assurer son hégémonie sur l’électorat de gauche. Le rééquilibrage du rapport des forces à l’intérieur de la gauche, puis son inversion, dépendent de notre capacité commune à dépasser des clivages anciens, des histoires dont l’actualité n’est plus, des différends culturels qui sont plus une richesse qu’un obstacle ; mais qui nous empêchaient de concrétiser la convergence d’analyses sur la lutte des classes et la bataille idéologique en cours.

Reste à se poser une question à l’heure où le Front de Gauche est appelé à faire assaut d’intelligence et de créativité pour accueillir durablement ces milliers de citoyen-ne-s qui n’entendent pas déposer les armes à l’issue de la séquence électorale. Faut-il que nous multiplions les chapelles au sein de ce corps joliment agrandi ? Ou serait-il plus utile de fédérer en trois ou quatre pôles bien identifiés les sensibilités qui l’irriguent et lui donnent sa force ? La lisibilité de nos débats en serait meilleure. Elle permettrait aussi d’éviter que les débats entre organisations ne phagocytent les contributions citoyennes que nous appelons de nos vœux.

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Bonus vidéo : Johnny Cash « You’ll Never Walk Alone »

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

26 responses to “Front de gauche : et si on gagnait le combat de l’unité ?

  • penseelibre

    évidemment qu’il faut l’unité, c’était n’importe quoi le NPA (Poutou très convainquant disant exactement la même chose que nous… !) faisant campagne tout seul. LO ils sont pas murs. Mais pour cette unité il faut (je me lasserait pas de la répéter) viser les classes popu et pas se contenter des fonctionnaires, de plus cela dépend des quels (fonctionnaires) ceux qui visent à l’amélioration des services publics ou ceux qui n’ont comme ambition que leur vie à eux ?
    pareil pour les classes moyennes… lesquels ? les caissières peuvent se croire moyennes, rien de plus difficile à cause du rehaussement de l’éducation et des postes de travail de faire la séparation entre classes popu et classes moyennes-basses. Il faudrait les définir et pas que théoriquement, mais dans les manières de les toucher dans les mots d’ordre, les thèmes abordés, le programme politique.
    car ces classes éduquées sont ceux qui font et feront basculer la politique à gauche (ou vers le fn). Les classes popu et moyennes basses sont éparpillées dans les lieux de travail, plus très syndiqués, etc.. chacun pour soi étant l’idéologie dominante.

    • lecridupeuple

      Je suis globalement d’accord avec toi, Annie. Sauf sur les fonctionnaires. C’est tomber dans le piège de l’oligarchie que de donner corps au mythe des fonctionnaires qui ne pensent qu’à eux : les planqués, les privilégiés, tout ça… C’est la droite qui tient ce discours.

      • penseelibre

        c’est dur « les fonctionnaires ». un qui est au chomage depuis longtemps ou n’a jamais trouvé de boulot qui corresponde à ses capacités (et pas qu’à ses diplômes, ça aussi faudrait faire la distinction c’est une spécificité française des employeurs de recruter au diplôme…) qui reste à cause du chômage déclassé en veut au fonctionnaire certes, mais quand ce dernier est incapable de comprendre cette humiliation ressentie quotidiennement c’est pas terrible pour qu’il n’y ait pas des jaloux… peu de boulot sont idéaux, mais le déclassé vit l’injustice dans sa chair, alors entendre des fonctionnaires se plaindre… bof.

  • babelouest

    Très bon billet, Nath. Ce que je connais des fonctionnaires montre que, même s’ils se sentent privilégiés, ils n’imaginent pas à quel point. Et le dialogue avec plus défavorisés qu’eux ne leur est pas évident, tout simplement parce qu’ils n’ont pas de contacts avec eux. Et quel chômeur ira traîner ses guêtres dans une réunion syndicale, s’il n’en a pas auparavant tâté ?

  • rocknrouge

    De quels privilèges parle-t-on, au juste ?

    • babelouest

      Tout bêtement la pérennité de l’emploi. Aujourd’hui, c’est un bien ô combien précieux.

      • rocknrouge

        Malgré mon statut de fonctionnaire, j’ai commencé par un stage d’un an, pendant lequel flotte l’épée de Damoclès de la non-titularisation. Cette période de stage peut être renouvelée une année supplémentaire, avec le risque du licenciement en cas de non-titularisation la deuxième fois.

        J’ai fait les frais du renouvellement de stage et de la pression accrue que cela implique. Je ne compte plus les collègues qui ont subi les mêmes angoisses, et je ne parle même pas de la part substantielle de licenciements à la fin de la deuxième année. Combien d’entreprises du privé font subir cela aux salariés qu’elle recrute ?

        Alors certes, l’emploi de fonctionnaire est pérenne, mais à quel prix ? Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, c’est une réalité concrète sur l’évolution des conditions de travail, souvent détestables. Et pour quel résultat ? Le recrutement de personnels contractuels en quantité toujours plus importante.

        Je n’ai pas la prétention d’être plus à plaindre que les autres travailleurs, mais cela n’empêche pas que mon employeur, l’État, se comporte en patron voyou ! Alors pour le statut de privilégié, on repassera. Et j’ai beau être fonctionnaire de catégorie A, ce qui me place dans la catégorie des cadres supérieurs, mon traitement mensuel est bien terne comparé à des cadres supérieurs du privé du même âge que moi.

  • Doktor Cyrus

    Très bon billet.
    Sinon, je ne savais pas qu’à gauche on en était à jouer à celui qui souffre le plus loin. Je trouve ce jeu démago particulièrement pathétique. L’éternel mythe « des fonctionnaires » était jusque là utilisé par la droite. Le changement, c’est maintenant?

  • Henri-Georges NATON (@natonhg)

    Voilà un très beau billet camarade… Oui le Front de Gauche est un outil incomparable de rassemblement de toutes les sensibilités de la vrai gauche, celle qui ne renonce pas à ses idéaux face à un pragmatisme imposé par la loi des marchés. Il faut continuer à bâtir cette unité sans que la structure ne devienne un carcan. Chacun doit pouvoir trouver sa place de discussion en gardant ses spécificités et ceci sans que les mécanismes délétères d’appareil se mettent en place, comme ils le sont dans tous, je dis bien TOUS, les partis. L’alchimie est complexe et instable car les bonnes volontés ne doivent pas se trouver fracassées sur les ambitions de certains. Regardons l’évolution de EELV, c’est exactement l’exemple à ne pas suivre. Notre grande force se trouve dans la construction d’un programme et dans sa diffusion par le biais de l’éducation populaire. La dichotomie entre les résultats de la Présidentielle et ceux des Législatives, est indicatrice que le travail d’éducation populaire est affaire de longue haleine et qu’un réel ancrage de notre mouvement ne se fera pas lors des séquences électorales mais entre celles-ci. C’est à dire dès maintenant… Alors au boulot mes camarades…

  • santana

    Le bonheur de l H depend aussi de l exterieur.
    Construisons le !

  • des pas perdus

    tu sais Annie, il faut se garder du mythe du fonctionnaire déconnecté des autres. Il faut faire un distinguo entre le haut fonctionnaire et le fonctionnaire lambda.

    • penseelibre

      dpp t’as pas vraiment tord… je le conçois pour les D et C.

      • des pas perdus

        les A et B ne comptent pas parmi les hauts fonctionnaires… Va dire ça à un guichetier de La Poste s’il a encore son statut.
        Petite précision quant à la territoriale. La loi 84-53 vient d’être modifiée. Des dispositions provisoires, jusqu’en 2015, prévoient la titularisation des contractuels qui remplissent certaines conditions.

  • jacques G.

    bien annie,entierement d’accord…pas vrai que les fonctionnaires lambda on les aime pas,mais c’est eux qui casse les couilles à la caf,aux impots quand tu demandes un échelonnement, et a la poste qui est devenue une boutique vente forcée…Ils n’y sont pour rien,mais ils font souvent le tampon…Vous savez quoi les amis, c’est bien de parler de robespierre et de jaures,mais c’est pas eux qui vont mettre du gaz sous ma marmite..Parler au peuple avec la langue du peuple. Dans les discours de jlm,a un moment il y avait de la vie et les gens ont suivi….Réunir toutes les forces contestataires me semble compliqué,mais c’est possible..car en y regardant bien,il y a un seul ennemi…et tellement de combattants prets à bondir…

  • Didier Vaillant

    Rien a redire concernant ton texte .Bienvenue au NPA si il veut rejoindre le Front de gauche . J’approuve aussi le fait de se regrouper derrière des valeurs communes
    Je serais d’autre part très content de retrouver tous ses camarades ( NPA , PCF , FASE et parti de Gauche ) , chose que je souhaite depuis longtemps
    Merci encore pour ton blog et tes infos
    Amitiés militantes
    Didier

  • Jean Argenty

    Salut, je suis cadre A, fonctionnaire dans la Santé, je forme les futures privilégiées qui vous laverons le cul quand vous pourrez plus le faire vous même. Je suis conscient que ma position professionnelle est, on peut le dire, plutôt avantageuse, ça ne m’empêche pas d’échanger avec des camarades moins bien lotis, avec des personnes qui viennent dans les AC raconter leur galère et puis merde, ça ne m’empêche pas d’avoir été galérien moi-même pendant toute une décennie et de m’en souvenir, et puis ça ne m’oblige pas à renier mes sources prolétariennes et ma culture communiste héritée de père en fils, ça ne m’empêche pas non plus de considérer que la Shoa c’est mon héritage d’européen et de savoir identifier sans doute mieux que beaucoup de déshérités, l’ennemi de classe.
    Faut-il cracher sur ceux qui sont un peu plus à l’aise juste au prétexte qu’ils sont un peu plus à l’aise ? Excusez-moi d’y revenir et d’insister, mais il n’y a rien de bon à prendre dans ce sens, c’est une certitude, félicitons-nous plutôt qu’il y ait aussi dans ces classes là de travailleurs, des syndiqués et des gens politisés comme moi et comme d’autres pour porter le fer dans ces milieux là aussi !
    A bon entendeur !

    Jean

  • Sialatn

    Bravo! Bon billet qui résume les attentes de tous ceux qui pensent aux français avant de penser à leur égo!

  • Claude

    Oups, j’ai fait un petit impair samedi dernier.
    Donc je me trouve avec une amie place Stalingrad pour le meeting-apéro-audit de la dette.
    Quelqu’un me tends un trac, je regarde vaguement, en haut je vois Gauche anticapitaliste.
    En moi même je pense NPA, je lui balance « ben moi vous savez je suis au PG, alors … »
    Il me repond « vous pouvez lire le trac quand même ».
    Je prends le trac, je le lis un peu plus tard et la je vois Front de Gauche.
    Oups!!!

  • RadTransf

    Moi je suis assez vieux pour me rappeler de la période où l’on se faisait brocarder et moquer parce que l’on choisissait un emploi de fonctionnaire. Tous ceux qui avaient un peu d’ambition, salariale notamment, allaient au privé. Alors maintenant il faut pas venir me pleurer dessus sur le sujet. surtout que si les fonctionnaires ont toujours la sécurité de l’emploi, c’est pas le miracle du saint esprit, c’est qu’ils se sont syndiqué et battus pour cela.

    Sinon a propos de l’entrée de la GA au FdG, je ne veux pas faire mon sectaire de base, mais après l’attitude qu’ils ont eu envers leur parti et leur candidat pendant la campagne électorale, es-tu sur que cela soit une bonne idée ? Ils n’ont eu aucun scrupule a lui planter banderilles sur poignards dans le dos, allant jusqu’à soutenir publiquement un autre candidat pour certains. Comment être sur qu’il ne récidiveront pas au FdG ?

  • Brindejonc François

    Je suis d’accord avec Pensée libre : il est fondamental de s’interroger sur notre action auprès des classes populaires. Il faut d’abord les définir et mettre en place une véritable Education populaire, préalable à leur re-conscientisation.
    Oui, tu as raison Nathanaël d’en appeler à un débat idéologique transcendant les divergences de chapelles.
    Ensuite, nous serons plus clairs pour convaincre et conscientiser les classes populaire et moyenne en cours d’abstentionnite aiguë par dépit, par désespoir aussi.
    Comment surmonter le rapport de classes qui s’est instauré ? Il est urgent de créer du lien, et ne pas s’enfoncer dans un débat délétère sur la prime aux privilèges.
    Réfléchissons d’abord à notre définition/position idéologique, pour adopter une plateforme commune au Front de Gauche, et pas s’embrouiller dans dans des querelle byzantines, puis allons convaincre les déclassés de reconquérir ce qui leur appartient : la démocratie tout simplement.

  • jacques G.

    Si les fonctionnaires sont un peu plus à l’aise que la classe ouvriere et bien je dis tant mieux,grand bien leur fasse..mais n’oublions pas les anciens fonctionnaires qui sont passés du jour au lendemain dans le privé…leur monde a du changer puisqu’ils se pendent ou s’immole en public…Nous sommes tous dans la meme galere, le temps est au rassemblement,certainement pas à la division…

  • Laure Z

    Étonnant de lire ici, dans les commentaires de ce blog, que certains se laissent encore piéger par le mythe du fonctionnaire peinard, pépère, qui ne bosse pas, accroché à la garantie de son emploi. Des privilèges ? Ou ça ? Pour qui ? Et si au lieu de systématiquement cogner sur ceux qui paraissent un peu mieux lotis que les autres, nous revendiquions plutôt que ces « privilèges » deviennent la norme pour tous ? Ou autrement dit, je suis ravie que mon voisin vive bien, je n’ai pas envie qu’il vive moins bien, je veux une société où nous vivons TOUTES et TOUS comme mon voisin : bien !

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