Homosexualités, féminisme : maman, c’est toujours l’heure des luttes

C’est drôle cette histoire de Gay Pride. Nous y avons rendez-vous samedi. Pendant longtemps, je suis passé à côté. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi. Faut que je vous précise avant que vous ne preniez pour un vieux con d’hétéro réac. Ma maman (coucou, je pense à toi – je sais, je devrais t’appeler, milles excuses) est une féministe de toute éternité. Je crois même que mon premier souvenir militant est lié au féminisme : je l’accompagne tenir une permanence du planning familial à une époque (1974 ?) où elles sont animées par des bénévoles. Aujourd’hui encore, dans sa bibliothèque, on trouve l’intégrale, ou peu s’en faut, des Editions des femmes, pourtant disparues de longue date. Je pense qu’il y a un rapport entre cet engagement qui perdure, qui m’a marqué fondamentalement (la femme que j’aime se félicite bien souvent de cette ascendance et de son rôle sur ma petite personne), et mon rapport à l’homosexualité.

Allez-y pour les jeux d’imagination sexuelle, j’ai tourné ma phrase ainsi pour cela. Bon… ça y est ? On peut revenir aux choses sérieuses ? Merci. Non, non… Le plaisir était pour moi.

Bon… Je disais donc que je vois un rapport très net entre le féminisme de ma maman, la manière dont moi aussi il m’a marqué et le rapport à la différence d’orientation sexuelle. J’ai eu la chance, je le mesure aujourd’hui, de grandir dans un milieu que je vais résumer ainsi : comme mes copains du quartier, on bouffait toujours un peu la même chose : riz, pâtes, patates ; mais, pour les livres, j’avais la chance de n’avoir qu’à tendre la main. Donc, un milieu ouvert intellectuellement parlant. Mes parents ont même tenu la première librairie de bande-dessinées à Albi, rue Sainte-Cécile puis rue Toulouse-Lautrec. Du coup, ma famille côtoyait des gens qui lui ressemblaient : un peu bohèmes, un peu artistes, pas mal cultivés. Il se trouve que, dans le lot, j’ai envie de dire forcément, il y avait des homos.

Du coup, dès tout gosse, des homos j’en ai vus plein. Et ça m’est resté comme ce que cela doit être : un truc tout à fait normal. Grosso modo, moi j’avais quoi ? Dix onze ans ? Les gens étaient gentils avec moi, me prenaient un tantinet au sérieux. Je ne voyais pas ce qu’il y avait de mal à ce que deux hommes s’embrassent. Un tout petit peu plus tard, je me suis rendu compte que mon meilleur copain de l’époque, Sébastien, préférait les garçons. Bon… Ben, c’était mon meilleur copain. On s’est perdus de vue, mais ça n’a aucun rapport avec sa sexualité.

ou « quand je veux », « si je veux » et « avec qui je veux »

Tout ça pour dire que l’homosexualité, comme le partage des tâches et l’égalité des droits entre hommes et femmes, m’a toujours paru naturelle. Du coup, je ne voyais pas pourquoi il fallait combattre pour des choses qui me semblaient relever de la norme. La Gay pride, c’était comme les commissions féministes, des trucs qui n’avaient plus lieu d’être. Jusqu’au jour où j’ai compris le problème. Ma norme n’est pas la règle générale. Et aujourd’hui encore, hommes et femmes, ensemble, doivent lutter pour une vraie égalité des sexes. Et aujourd’hui encore, hommes, femmes et trans sont obligés de se battre pour l’égalité des droits. C’est vraiment trop nul que ma norme ne soit pas celle de tout le monde. Et je vous engage, gentiment, à agréer à mon propos. C’est gentil.

Je suis convaincu qu’il y a une convergence de luttes entre féministes et LGBT. A la fin, il ne s’agit que d’une chose : quels que soient notre sexualité ou notre genre, nous avons les mêmes droits. Et les mêmes devoirs (en république c’est important). C’est aussi une question de rapport à la différence dans une société patriarcale parce que capitaliste, j’insiste sur le lien de causalité ; patriarcale parce que basée sur le rapport de pouvoir. Comme toute société bâtie sur une idéologie, elle a vocation d’universalisme. Le patriarcat n’est qu’une des armes de la domination mais elle exige d’être le référent unique. Si la différence de genres ou la différence de sexualité vient proposer un contre-exemple, elle doit être combattue. Ce n’est pas tout à fait un hasard si les féministes et les militants gay sont de concertles premières victimes de tous les intégristes religieux comme, par exemple, du pouvoir machiste à l’œuvre en Russie.

C’est aussi une question de rapport à son corps au final. Dans la société capitaliste, et donc patriarcale, le corps constitue un outil qui a un rôle particulier à jouer. Pas uniquement pour faire tourner l’appareil de production pour agrandir la richesse des possédants. Le corps de l’homme et de la femme ont pour rôle de reproduire la force de travail au travers des générations à venir ! Donc si, au nom du droit de la femme et de l’homme à disposer de son propre corps, la fonction reproductrice n’est plus mise en œuvre, y a crise. Heureusement, pendant quelques siècles, les religions monothéistes ont mis tout leur poids dans la balance pour prévenir les entorses à la règle.

Aujourd’hui, certes, Dieu est mort. Mais ses suppôts sont encore bien alertes partout dans le monde. Et, finalement, la Gay pride, au même titre que le combat féministe, ont encore de beaux jours devant eux. Malheureusement. Ma norme est pourtant sympa non ?

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Bonus vidéo : Pussy Riot « жжет путинский гламур »

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À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

14 responses to “Homosexualités, féminisme : maman, c’est toujours l’heure des luttes

  • Doktor Cyrus

    Allez Louia! Le fond de ma pensée.
    Donne moi ta norme, grand fou.

    Plus sérieusement, c’est exactement ce que je pense. Mais j’ai paradoxalement toujours du mal à formuler mes idées utiles. Alors merci de l’avoir fait!

  • Mc_Chouffe

    Joli billet.

    Quelques réformes urgentes :
    – Mariage et adoption pour les couples de même sexe (c’est le seul sujet sur lequel j’attends quelque chose du PS). Une discrimination inscrite dans la loi ;
    – Réévaluer les emplois « féminisés » qui sont systématiquement sous évalués parce qu’occupés par des femmes (amis syndicalistes, c’est à vous de jouer) ;

    Et puis les chantiers sur lesquels va falloir innover, parce que ça n’avance pas :
    – Les violences sexuelles ;
    – Violences homophobes ;
    – Le Harcèlement moral et sexuel au travail ;
    – Les discriminations en termes de salaire et d’évolution de carrière (là va falloir bosser et se former mais on sait comment les démontrer.Du moins les discriminations sexistes).

    Ce ne sont que quelques pistes, mes marottes, mais y a certainement plein d’autre choses, notamment sur le partage des tâches ménagères et l’éducation des enfants.

  • jacques G.

    Les premieres gay pride que j’ai faite dans les années 80 avaient un autre sens,c’était une manifestation (une vraie) pour éviter de se retrouver au poste parce qu’on avait embrassé un garçon dans la rue,marre de se retrouver a poil devant des flics alcoolisés,marre de se faire tabasser…Tonton a remédié a tout ça en dépénalisant l’homosexualité…Depuis les gay pride s’enchainent,elles ont changé,certains pensent qu’elles sont devenues des fetes commerciales, mais elles ont toujours leur intéret,plus que jamais vu la haine présente et la différence montrée comme une anomalie. Il n’y a pas si longtemps, dans un petit village français,un couple d’homos a été entérré vivant par quelques voisins..on en a parlé 2mn au 20h…puis plus rien…Ah barbarie quand tu nous tiens….

    • lecridupeuple

      Ouais… Je suis aussi un enfant de la dépénalisation de l’homosexualité. Mais l’homophobie est toujours d’actualité.

      • tom6775

        Contrairement à ce que l’on raconte souvent, la dépénalisation de l’homosexualité en France date de 1791, lorsque la Révolution a adopté un Code pénal où il ne figurait tout simplement aucune mention du crime de sodomie comme dans les pays alentours.

        Ce qu’a apporté la gauche en 1981 c’est :

        – l’abolition par la loi du 4 août 1982, sur proposition de Robert Badinter, garde des Sceaux, de l’article 331-2 du Code pénal établissant une distinction dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels (18 ans) et hétérosexuels (15 ans), article originellement ajouté par Vichy en 1942 et confirmé par les ordonnances du gouvernement de Gaulle en 1945, et de l’article 330-2, ajouté par la loi du 25 novembre 1960, qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels. *La France revenait donc au statut qui avait prévalu de 1791 à 1942*.
        – durant l’été 1981, le gouvernement amnistie et libère les détenus homosexuels condamnés au titre de l’article 331 (environ cent cinquante),
        – la dissolution par Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, par la circulaire du 12 juin 1981, de la brigade homosexuelle à la Préfecture de police, prohibant en outre le « fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison les suspicions antihomosexuelles »,
        – le 12 juin 1981, le ministère de la Santé n’accepte plus de prendre en compte l’homosexualité dans la liste des maladies mentales de l’OMS,
        – les lois adoptées en 1982 et 1983 sur le logement ou le statut des fonctionnaires font disparaître la notion de bon père de famille ou de bonnes mœurs, des conditions requises respectivement pour la jouissance d’un bien immobilier ou l’accès aux emplois publics.

        Donc, ce n’est pas rien, mais c’est dommage d’amoindrir ce que la Révolution de 1789 avait de… « révolutionnaire ». 🙂

      • lecridupeuple

        désolé pour le manque de précision Thomas

        ________________________________

  • babelouest

    Bon sang, c’est pourtant simple.
    « Tous égaux, tous différents ».

    Mais sans doute le vieux patriarcat est-il né du fait paradoxal que les hommes ne portent pas d’enfants, et se rattrapent en disant « C’est nous les plus forts » – en fait les plus brutaux assez souvent – et en le faisant payer cher à qui n’a pas assez de testostérone dans le corps. Car en fait cela se réduit juste à ce petit détail, qui englobe aussi bien les femmes que ceux qui se comportent un peu autrement.

    Le chef, le gourou, le prêtre sont juste des types qui sont gouvernés par leurs glandes, ce sont des glandeurs ! Par ce fait même ils se croient supérieurs, et font tout pour se placer en position supérieure. Non, ce sont juste des pôv’types, mais dangereux.

    Les wahhabites n’apprécieront pas la description. Les généraux non plus. Quant aux banquiers… tout l’or du monde ne leur donnera pas le bonheur et la paix simple de la fraternité.

  • Sydné93

    merci pour la mise en lumière entre patriarcat et capitalisme. À très vite enfin pour la de nouveaux billets communs dans une dialectique efficace!

  • tom6775

    Et maintenant nous chanterons l’amour
    Car il n’y a pas de Révolution sans Amour,
    Il n’y a pas de matin sans sourire.
    La beauté sur nos lèvres est un fruit continu.
    Elle a ce goût précis des oursins que l’on cueille l’aube
    Et qu’on déguste alors que l’Oursin d’Or s’arrache aux brumes et sur les vagues module son chant.
    Car tout est chant – hormis la mort !
    Je t’aime !
    Il faut chanter, Révolution, le corps sans fin renouvelé de la Femme,
    La main de l’Ami,
    Le galbe comme une écriture sur l’espace
    De toutes ces passantes et de tous ces passants
    Qui donnent à notre marche sa vraie lumière,
    À notre cœur son élan.
    Ô vous tous qui constituez la beauté sereine ou violente,
    Corps purs dans l’alchimie inlassable de la Révolution,
    Regards incorruptibles, baisers, désirs dans les tâtonnements de notre lutte,
    Point d’appui, points réels pour ponctuer notre espérance,
    Ô vous, frère et sœurs, citoyens de beauté, entrez dans le Poème !

    (extrait de Citoyens de beauté, par Jean Senac, poète algérien)

  • Angelina

    Non mais en fait, t’es le roi des titres, c’est ça ?!!

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