The Redskins : l’étoile (rouge) du Nord

Voili voilà, c’est la reprise. Vous aviez peut être remarqué, au silence persistant de ce petit blog, que j’ai profité des acquis de la lutte de classes, ceux que l’on nomme vacances. Mes proches – voire ceux qui me suivent sur twitter – auront noté que je me suis rendu en Ecosse. Je m’en vais vous épargner la narration d’un séjour qui m’a vu retrouver mes couleurs sous des latitudes qui me conviennent à bien des niveaux. Il y a juste un petit lien, très anecdotique, avec la note qui suit. En cheminant dans les rues d’Edinburgh, j’ai croisé une boutique de disques baptisée du doux nom de Unknown Pleasures (poke François Miranda). Dans la vitrine de laquelle j’ai vu, mais pas acheté, un joli t-shirt siglé Northern Soul. Nous y voilà.

La Northern Soul, la soul du Nord dans la langue de mon pays de référence, désigne une version toute particulière de soul music délivrée par les fils de la classe ouvrière du Nord du Royaume-Uni, du bassin minier jusqu’aux villes laborieuses et grises de suie comme peut l’être, alors (nous sommes dans les années 70 et 80), Glasgow. Mais le groupe dont je m’en vais vous entretenir vient de plus bas, de York. Formé à la base de trois jeunes gens, après s’être affublé du nom évocateur No Swastika, il prendra le patronyme de Redskins. Peaux rouges, certes, mais aussi skinheads rouges. Il faut savoir, à toutes fins utiles, que le mouvement skinhead originel n’a rien à voir avec l’extrême-droite. Au contraire, les skins du début, fils d’ouvriers « gentiment » (quoique pas tout le temps) hooligans ; élevés au triptyque pub, stade, musique ; se la donnent « gentiment » avec les Mods un tantinet racistes, traînent avec les Pakis, écoutent du ska.

La crise des années 70 va entraîner la radicalisation d’une minorité des skinheads et leur tournant vers les thèses nationalistes voire fascistes (se mater This Is England pour un portrait de cette époque). En ré action, une autre minorité va virer rouge. Dont nos lascars. Le chanteur, Chris Dean, et le bassiste Martin Hewes militaient par ailleurs au sein de l’organisation trotskiste mais de « masse » (comparé à leurs homologues français en tous cas) britannique. Ce n’est pas anecdotique de le relever tant chaque chanson du groupe a les atours d’un manifeste politique. It Can Be Done, Unionize, Kick Over The Statues constituent autant de brûlots destinés çà l’édification de leurs auditeurs.

OK… On va se calmer. Ami lecteur, ne zappe pas encore. Tu ne comprends rien à la langue de Shakespeare, tu ne portes pas les trotskos dans ton cœur, je te saoule avec cette introduction politique ? On va en venir à la musique. T’inquiète. Prend une bière (il fait chaud ce 18 août 2012). Va chercher le fil des vidéos Youtube du groupe. Cale-toi. On y arrive.

Parce que The Redskins font autant danser que penser. Et oui ! En pleine vague punk, un mouvement musical en phase avec ces années de crise que constitue la période 1982-1986, le groupe, renforcé par une belle section de cuivres, prend le parti de faire porter ses textes revendicatifs par une musique Northern Soul de la meilleure inspiration. Il y a d’abord le groove. Pulsant du couple basse-batterie, il assume ses emprunts à la musique noire américaine. La guitare claire, quand elle n’assume pas son côté rockabilly, lorgne aussi plus du côté de Motortown que des Sex Pistols. Bien entendu, quelques relents ska scintillent de ci de là, à côté d’un clin d’œil au Clash (petite reprise de Complete Control en concert).

Chris Dean, anciennement chroniqueur au New Musical Express, connaît la recette pour capter, via le bassin, l’attention de l’auditeur. Si tu ne veux pas écouter les textes qui célèbrent l’engagement syndical, le « Vieux » lui même (leur premier single a pour titre Lev Bronstein), ou combattent l’apartheid, tu seras bien obligé de le faire quand tu te déhancheras sur ce putain de groove qui ne te lâche pas. On inverse le processus, avec les Redskins. Ca part du bas et ça remonte au cerveau, petit à petit. Ce n’est pas le moindre des talents de ce groupe aux allures de météore.

Quatre ans d’existence, une poignée de singles, un album au titre éclairant : Neither Washington Nor Moscow But International Socialism, le vol de leurs propres bandes d’enregistrement quand leur label a refusé de sortir un titre très engagé en faveur de l’African National Congress sud africain et voilà. Il ne reste que cela dans les mémoires. The Redskins sont, pour toutes ces raisons musicales autant que politiques (confession), le troisième de mes groupes cultes.

 

Bonus Hadopi : télécharge The Redskins « You Wan It ! They’ve Got It ! » en mp3

 Extraball : un petit cadeau vidéo sur le tumblr du Cri du peuple.

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Bonus vidéo : The Redskins « Lean On Me (12″ Northern Mix) »

 

Double bonus vidéo : The Redskins « The Crack » (vinyl version)

 

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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