This Is PIL, LE album

Il ne sera pas dit que j’aurais traité cette chronique à la légère. Depuis mardi, ce This Is PIL, 9e opus de la bande menée par John Lydon, n’a pas quitté mes lecteurs. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pu me goinfrer un album dix fois d’affilée. En général, je ressens vite le besoin de passer à autre chose. Là, non. Faut dire que PIL, c’est une sorte de monument dans le panorama musical dans lequel j’évolue. Il y a d’abord John Lydon donc, ex Johnny Rotten, frontman de feu les Sex Pistols, le premier boys band britannique de l’histoire. Ou presque.

Pour faire bon poids, pour comprendre John Lydon, il faut lire So Foot. Les Inrocks du ballon rond l’ont interviewé. Il y a quelques punchlines bien senties qui rappelle que le fils de prolos grandi à Finsbury Park (un quartier genre… la Grande Borne d’aujourd’hui qui serait près du stade d’Arsenal) n’a rien perdu de sa conscience de classe. Ah… Ouais… OK. Une précision ami lecteur : je ne fais pas de fixation ; ce n’est pas de ma faute si, souvent, les univers musicaux qui me parlent sont aussi créés par des artistes engagés ! C’est peut être une question de cohérence. Tu vas voir.

Le premier morceau de cet album, dont il porte le nom d’ailleurs, débute comme une sorte de meeting avec son « This Is PIL », scandé, à mi-chemin entre slogan et incantation, sur fond de batterie tellurique, de basse lourde (du genre qui fait vibrer la membrane de ton casque), de guitares qui daignent un peu aérer cette transe. Premier contact avec le « chant » de Lydon. Un chant, jamais très juste mais on s’en fout ; quelque part entre spoken word, poésie urbaine et invocation chamanique. La « PIL Zone » dont il est question est une Londres révolue, ruinée par les banquiers et financiers de la City. La ville revendiquée déboule dès One Drop. Avec sa gouaille de Londonneer, Lydon met les points sur les i : « We Come From Chaos, You Cannot Change Us ». Lui, surtout, vous ne le changerez pas.

Vous pouvez transformer Highbury Park en Emirates Stadium, il défend sa classe ouvrière envers et contre tous. « (Arsenal maintenant) c’est le temps des clients et de Disneyland. La social-démocratie et le tatchérisme n’aiment rien tant que détruire la culture ouvrière. » En quelque sorte, cet album est le cri des prolos du nord de Londres qui, avec les dents, s’accrochent encore à leur quartier. « I Will Not Drown », beugle-t-il sur Deeper Water, le titre qui me rend fou. « Je ne me noirai pas ! » Entendu que cette eau profonde reste bien la déferlante tsunami de la finance. Ce morceau, avec ses guitares tour à tour aériennes (la Rickenbacker quoi), cristallines, vrombissantes ; son mid tempo lancinant ; son ambiance angoissante mais aussi rageuse, justifie à lui seul l’achat de cet album.

Mais il y a d’autres morceaux de bravoure qui méritent que tu leur jettes mieux qu’une oreille attentive. Terra-Gate, subtiles accélérations dans un titre ô combien déroutant… Human reboucle avec la revendication sur un fond tout en mid tempo cassé à coups de soli de gratte assumant la filiation punk de la bande. Certes, il ne reste de l’original PIL que le chanteur. Mais le guitariste Lu Edmonds a tenu la six cordes dans The Damned (excusez du peu) et le batteur Bruce Smith est rescapé du combo The Slits. Pied de nez aux conservateurs du genre, le bassiste et homme des machines Scott Firth a commis avec les Spice Girls. Eu égard aux rapports ambigus qu’entretient John Lydon avec l’industrie commerciale du disque (note que cet opus est autoproduit), c’est une sacrée revanche.

Voilà donc This Is PIL. L’album. Comme j’aurais écrit LE album.

 

 

PIL This Is (PIL Official Ltd/Differ-Ant)

1.  This Is PiL
2.  One Drop
3.  Deeper Water
4.  Terra-Gate
5.  Human
6.  I Must Be Dreaming
7.  It Said That
8.  The Room I Am In
9.  Lollipop Opera
10. Fool
11. Reggie Song
12. Out of the Woods

Le site official de PIL est là.

 

Bonus soundcloud : PIL Lollipop Opera (Radio Edit)

 

 

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Bonus vidéo : PIL Deeper Water (live Southbank Centre London )

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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