Mensch @ Le Point Ephémère, Paris, 2012 september 19th – live report et entretien

Ca commence par une reprise électrisée et hypnotique de She’s Lost Control. Le duo guitare-basse, soutenue par une boîte à rythmes épaisse comme un marteau pilon , crée l’atmosphère qui va au petit poil pour que cette relecture personne de LE hymne passe comme une lettre à la poste. Vous êtes au Point Ephémère, mardi 19 septembre 2012. Vous regardez Mensch. Vous êtes vivants. Vale Poher, la chanteuse, un peu moins qui souffre d’une extinction de voix. Carine Di Vita, la bassiste, la supplée en entretien.

Carine : C’est clair que la basse en avant et la boîte à rythmes, ça évoque illico les années 80. Pourtant, on n’écoute pas que de ça. Loin s’en faut. Nous sommes plus influencées par des choses assez actuelles.
Vale (dans un souffle) : Pour la programmation des rythmiques, je me sens plus inspirées par des trucs comme Pantha Du Prince, Gui Boratto, The Foals ou LCD Soundsystem.
Carine : A priori, oui, nous mettrons peut être un peu plus de synthés, de machines, dans nos compositions à venir. Mais, en même temps, nous tenons à jouer, à garder cette base instrumentale. C’est de là d’où nous venons.

La scène, c’est leur lieu de prédilection à ce duo. Entre deux titres, Vale et Carine échangent un sourire discret, de ceux qu’il faut être au premier rang pour apercevoir. Le miracle du live opère encore. Vale puise au fond d’elle même pour délivrer un chant qui est bien plus séduisant que celui de Bonnie Tyler. Le son, âpre, proche de l’émeri, n’est probablement pas celui qu’elles souhaiteraient mais il me convient foutrement. Ça racle, ça cogne. Les paysages lancinants que dessine le duo se prête bien à ces aspérités sonores. D’autant que, à la basse, comme on dirait « à la base », il y a ce foutu groove sorti de nulle part. Un groove martial, certes, propice à la transe.

Carine : Transe ? J’ai vu que tu mentionnais ça dans ton article. Je ne sais pas trop. C’est très marqué électro comme sensation. Je ne trouve pas que cela nous corresponde.
Vale : Si, moi, quand je chante, par moments, je me sens comme en transe.
Moi : Par transe, je pense plus à des sensations liées au chamanisme, aux danses tribales d’Afrique noire. Pas du tout à l’électro.
Vale : Il y a un ethnologue qui a écrit, de mémoire : « la transe, c’est l’expression mélancolique de la danse ». Vu comme ça, ça me va.

Ce climat prend place bien vite. Les premières mesures de Mistery Train (Of Life) résonnent que, déjà, le bassin se prend d’une subite volonté d’indépendance, commençant à remuer sur cette rythmique de plomb striée d’autant d’éclairs à six cordes. Swim Swim lui succède accentuant cette féroce envie de se remuer en tous sens. « Let’s Dance To Die », chante Vale. L’invitation est claire.

Vale : Tu sais, en fait, pour nous, c’est de la « dance » ce que nous créons. On ne revendique pas du tout le côté sombre qu’on nous colle sur le dos. Et, quand tu écoutes les paroles de morceaux dansants, c’est pas toujours marrant, c’est même parfois assez glauque. Féla Kuti, par exemple…
Carine : Ou Michael Jackson. Mais ce côté sombre peut bien se marier avec la danse. En fait, nous, nous faisons de la pop. (Elle sourit)
Moi : A ce sujet, j’ai vu New Order à la fête de l’Huma.
Carine : New Order, c’est le groupe qui a su évoluer tout le temps, se réinventer, se remettre en question.

Par moments, le duo se prête à des expérimentations qui prêtent le flanc aux amalgames rapides. La version live de Kraut Ever sonne rudement martiale. Plus encore que sur album, avec ses rythmiques algorithmes et ses guitares stries qui rayent l’acier que j’ai dans le cerveau. Etonnemment, c’est la basse et la voix qui égaient ce titre en forme d’exercice de style. Goliath, que mon ami François considère comme le sommet de ce premier album, sonne sacrément plus balancé en concert. Après une intro assez mid tempo, le titre grimpe en puissance, guitare acérée et ronde en alternance (oui, oui!). Comme si ce titre contrepied avait gobé un cachet d’ecsta. La danse, on vous dit. Et la réinterprétation. Tout le temps.

Carine : Oui, on prépare une sortie pour le printemps 2013. Nous allons ressortir l’album en double vinyle. Le second sera la version remixée de l’album. Ca fait plaisir d’ailleurs que tu apprécies le remix qu’a fait Manvoy de Saint-Sadrill sur Mistery Train. C’est un morceau dont on parle trop peu.
Vale : Tu as raison, c’est le titre qui rend fou. (Elle sourit)
Carine : Et, si, nous avons déjà fait un remix pour Mansfield Tya, sur le titre Cavalier. Tu devrais les écouter, ça te plaira sûrement.

Le concert, court pour cause de première partie, se termine sur un inédit encore sans titre. Il est appelé New sur la setlist. Un beau final, froid et remuant en même temps. Carine et Vale s’affairent à virer leur matériel de la scène pour laisser la place à King Tuff. Ensuite, elles iront assurer la vente de leurs disques et autre merchandising. Avant de reprendre la route pour une tournée qui se monte au fil des jours. Gardez un œil sur leur site, des fois que vous ayez la chance de les voir près de chez vous.

Bonus live : Mensch « She’s Lost Control » (live @ Rennes, l’Antipide, Nov. 19th 2011)

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Bonus vidéo : Mensch « Kraut Ever » (live in NYC)

À propos de Nathanaël Uhl

Journaliste politique, passionné de musiques, supporter de l'Olympique de Marseille et du Liverpool FC, grand amateur de littérature et notamment de polar. Mon blog est aussi un hommage au journal "Le Cri du peuple" créé par Jules Vallès pendant la Commune de Paris. Voir tous les articles par Nathanaël Uhl

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