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Réinclure les quartiers populaires dans la ville

A la fin du mois d’août, avec un certain nombre de camarades et d’amis, nous avons publié Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. J’y signe deux contributions. Je vous ai déjà fait partager la première sur les Kolkhozes, j’ai aussi écrit sur la question des quartiers populaires vus d’un point de vue urbanistique. A toutes fins utiles, l’ouvrage Terres de gauche, abécédaire des radicalités concrètes est disponible sur commande auprès des éditions Bruno Leprince.

 

Les quartiers populaires, qui sont aujourd’hui ravalés aux périphéries de la France, constituent l’avenir de nos villes. Bâtis à plat ou en hauteur, ils concentrent une population certes précaire la plupart du temps mais créative, ingénieuse, solidaire. Rien de durable ne se bâtira sans les quartiers populaires. Au contraire même, c’est bien grâce à eux que nous pourrons construire l’avenir de nos villes. Cela nécessite juste de réinscrire ces quartiers dans nos villes et de leur rendre l’attractivité qu’ils méritent.

Depuis des décennies, les quartiers populaires sont envisagés comme des problèmes. Problème de précarité économique et sociale des habitants, problèmes du bâti, problème de l’inclusion de ces quartiers souvent périphériques (mais pas uniquement) dans le tissu urbain. Nous raisonnons bien rarement en termes d’atouts dès lors qu’il s’agit des quartiers populaires. Alors que !

Mais revenons sur ce qui définit un quartier populaire. Ce n’est pas, malgré l’imagerie véhiculée par les médias, le bâti. Il est des quartiers populaires à plat (habitat collectif de faible hauteur, bientôt zones pavillonnaires) ou en hauteur (« cités » HLM voire même résidences locatives privées ou encore co-propriétés comme c’est le cas avec Grigny II en Essonne) ; des quartiers populaires périphériques ou en cœur de noyau urbain (la Goutte d’Or à Paris). Le bâti n’est pas forcément un élément identifiant. Ce qui marque le quartier populaire demeure sa population : une population bien souvent paupérisée ou en voie de l’être, précaire la plupart du temps. Elle a cru à l’habitat populaire comme zone de transition vers la propriété immobilière individuelle et se retrouve, la crise passant, coincée dans un cul de sac. L’autre souci bien concret auquel sont confrontés nos concitoyens vivant dans les quartiers populaires reste qu’il s’agit souvent de zones à fonction unique : l’habitat. Quasiment pas d’activité génératrice d’emploi, des commerces en voie de disparition, des services publics qui quittent la place. On pourrait résumer d’une caricaturale « la République n’y est plus représentée que par les voitures de police et l’école élémentaire ».

Pourtant, les quartiers populaires ce sont, avant tout, des lieux de solidarité, des lieux où l’on se connaît et où l’on partage la même vie. Ce qui explique le score souvent bas du Front national dans ces endroits. Ce sont aussi les lieux de créativité, d’inventivité, d’ingéniosité. Quand les associations ne bénéficient plus de fonds publics que sur appel à projet, il faut trouver les voies et moyens pour faire autant, voire mieux, avec moins. Ce lien social fonctionne, encore et c’est souvent la dernière chose qui marche vraiment, notamment parce que la solidarité joue. L’implication active des citoyens compense les carences de l’action publique quand les municipalités démissionnent, étranglées par la baisse des dotations d’Etat. Cette participation effective, quoi que non théorisée, explique souvent la fierté d’appartenance au quartier que l’on retrouve souvent.

L’enjeu est donc clairement posé de réinclure ces quartiers dans la ville. Les pistes qui suivent sont non exhaustives mais indispensables.

 

Pour les quartiers populaires périphériques, qui sont le cas majoritaire, il convient en premier lieu de les rouvrir sur la ville, au moyen de nouvelles circulations mixtes : circulations douces, transports en commun, voiries nouvelles… L’Agence nationale de rénovation urbaine, dont il faut obtenir un nouvel engagement tant budgétaire qu’en termes de qualité (c’est notre revendication d’un ANRU 2), peut soutenir des projets de cette nature.

Se pose au même niveau la question de la mixité. Mixité sociale, bien entendu et même si elle ne se décrète pas, suscitée par la réhabilitation lourde d’un bâti souvent prévu pour ne durer que 25 à 30 ans ou des constructions neuves notamment en vue de l’accession sociale à la propriété. Là encore, l’ANRU soutient ce genre de démarches.

Mais il faut surtout, pour rendre nos quartiers populaires attractifs pour des populations nouvelles, reconquérir la mixité de fonction. C’est à dire ajouter à la fonction de logement celle de services de proximité (incluant le petit commerce), notamment des services publics ; celle d’activité, comme la création d’un hôtel d’entreprises par la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne à la Grande Borne ; celle d’espace de vie partagé, qui passe par la restauration des espaces publics. Ce dernier point relève d’un enjeu majeur puisqu’il contribue à rappeler à chaque citoyen que, tout locataire qu’il soit, par le biais de l’impôt direct et indirect, il est co-propriétaire de l’espace dans lequel il évolue. Cette prise de conscience participe pleinement de la démarche émancipatrice qui est la nôtre.

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Bonus vidéo : Beirut « La Banlieue »


A Montreuil, le Front de Gauche lance le débat sur l’urbanisme

A Montreuil aussi, c’est l’heure de la rentrée politique. Outre les nombreuses réunions d’appareil qui se succèdent, les diverses composantes du Front de Gauche multiplient les initiatives. Même si chacun y va de la sienne, ce fleurissement de rencontres contribue à l’animation du débat politique en ce mois de septembre. Que mille fleurs éclosent, disait l’autre. Nous, au Front de Gauche, on a l’esprit et la pratique écologique. Donc, on ne va se priver de suivre ce conseil. Parmi les différents rendez-vous, il y en a un sur lequel j’attire votre attention. Notamment parce que je m’y exprimerai sur les questions liées à l’urbanisme, tachant d’exposer quelle est notre vision – en général – de cette composante importante d’une politique publique locale.

Cette réunion publique a lieu lundi 10 septembre à 19h30 dans la salle Franklin.

Ce sont mes amis du Rassemblement de la Gauche citoyenne de Montreuil dont les conseillers municipaux Danièle Creachcadec et Gaylord Le Chequer qui m’ont invité à venir présenter les options politiques que je défends et que j’ai eu l’occasion de préciser dans ces colonnes comme dans mes contributions à l’ouvrage collectif Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Je crois savoir que l’ouvrage sera en vente ce soir-là, soit dit en passant.

Pour préciser l’objet de ce débat, je m’efface derrière mes hôtes d’un soir, parce que leur invitation fixe bien les choses et surtout révèle une approche dans laquelle je me retrouve pleinement :

« L’urbanisme est souvent présenté aux citoyens comme une question technique. Pour beaucoup, c’est l’affaire des spécialistes, des promoteurs, des techniciens, des architectes, urbanistes, etc. Quant aux élus eux-mêmes, l’urbanisme est souvent pour eux synonyme d’une bureaucratie tatillonne.
Absent des débats démocratiques et politiques, l’urbanisme ne fait parler de lui qu’à l’occasion de crises et de confrontations comme celle née de l’adoption du Plan Local de l’Urbanisme de Montreuil aujourd’hui annulé par décision du tribunal administratif.
Pourtant, l’urbanisme ne se réduit pas à la seule question de la production de logements. Il s’agit aussi d’emplois, d’équipements, de services publics, etc. Bref, d’un cadre de vie conçu et imaginé pour rendre une ville toujours plus accueillante, plus solidaire, plus durable.

La finalité est donc de construire une société et pour cela il est nécessaire que la population participe, que des associations s’en mêlent et que la démocratie soit au cœur de la démarche. »

Il y a peu à rajouter. En somme, l’urbanisme c’est le choix politique des moyens de circulation, de répartition des surfaces, pour vivre ensemble. J’ai eu l’occasion d’écrire que, pour moi, une ville doit répondre à quatre fonctions majeures : logement, emploi, services publics, espaces partagés. Chaque fonction nécessite des espaces pour sa mise en œuvre, sachant que la superficie d’une ville est contrainte. On ne peut pas l’étendre à l’infini. Il convient donc d’opérer des choix. Dans l’allotissement des sols mais aussi dans le mode de construction priorisé dans chaque type de fonction.

Chaque type de construction a des avantages et des inconvénients. Les constructions en hauteur nécessitent moins d’emprise au sol et permettent une densification, notamment en termes de logement mais aussi d’activités économiques, moins « consommatrice » d’espace. Pourtant, ce type de bâtiment n’est guère du goût du public en ce moment, quand il a l’occasion de s’exprimer.

Or, ces choix, fondamentaux pour pouvoir vivre ensemble dans un projet et un espace partagé, sont fondamentaux. Ils nécessitent, comme l’appellent de leurs vœux les élus Front de Gauche que sont Gaylord et Danièle, une appropriation par les citoyens et donc un débat démocratique. Si possible serein. Avec cette réunion publique, les amis du RGC lancent les bases théoriques de ce débat. Je suis heureux qu’ils le fassent tant l’urbanisme reste souvent le mal aimé du débat public. Je suis aussi touché qu’ils m’aient invité pour en parler avec vous.

Je rentrerai donc plus dans le détail des conceptions qui m’animent en tant que technicien de l’action publique locale et en tant que militant. Entendons-nous bien cependant, quoi qu’il en soit, je ne rentrerai pas dans le détail de l’urbanisme montreuillois, si ce n’est en réponse à vos questions. Là n’est pas notre propos partagé avec les organisateurs. Le temps viendra bien assez vite pour que nous écrivions ensemble l’urbanisme que nous voulons, ensemble, sur cette page blanche qu’est le Front de Gauche à Montreuil après les élections législatives.

A lundi ?

Un ami de longue date

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Bonus vidéo : 93 Lyrics « Laisse Crâner »


Un kolkhoze pour Terres de Gauche

Nous y voilà ! Il est enfin paru, dans la collection Politique à gauche des éditions Bruno Leprince. Sous la coordination de l’ami Gabriel Amard, nous publions Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Nous, c’est une vingtaine de camarades et amis, parmi lesquels figure Gilles Clément, le paysagiste bien connu ; Juliette Prados, mon amie montreuilloise ; Corinne Morel-Darleux ; Paul Ariès sur la gratuité ; et tant d’autres. Avec ce petit livre, nous ambitionnons collectivement d’ouvrir des pistes d’action sur les marqueurs qui identifient une politique publique locale comme partie prenante d’une transformation radicale de la société. De quoi alimenter, sur le fond programmatique, la démarche d’autonomie conquérante qui est celle du Front de Gauche aujourd’hui et demain.

Je signe deux contributions, l’une sur les quartiers populaires d’un point de vue urbanistique ; l’autre sur un service public agricole, que nous avons décidé de titrer K comme kolkhoze. Pour vous donner à voir ce que donne notre ouvrage, je publie ci-dessous cette dernière contribution. En espérant que cela vous donne envie de lire les autres. Surveillez vos agendas ou nos blogs respectifs car nous allons certainement tourner un peu partout si nous sommes sollicités pour présenter l’ouvrage ou donner des exposés en fonction des thèmes que nous aurons abordés.

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Au-delà d’un titre provocateur, il s’agit bien de créer un service public agricole dont le but est de produire en circuit court des fruits et légumes en biodynamie, contribuant à une restauration collective de qualité et permettant de mener l’éducation populaire à l’écologie. Ce service public contribue aussi au maintien et au développement tant de la biodiversité, notamment en milieu urbain, qu’au développement de l’emploi.

Il faut revenir à ce qu’est, à la base, un kolkhoze. Il s’agit d’une coopérative destinée à la production agricole pour permettre de nourrir les habitants. Et aussi ceux qui y travaillent. Historiquement, cela n’a pas toujours été le cas, loin s’en faut, ce qui explique le caractère négatif qui accompagne ce mot.

Aujourd’hui, face à la crise qui frappe le monde rural et aux difficultés d’installation des jeunes agriculteurs, la mise en place d’un service public agricole maraîcher et fruitier constitue un débouché potentiel important en matière de développement de l’emploi local et localisé. En outre, cet outil est utile et garde toute sa raison d’être aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain.

Il s’agit bien en effet de mettre en place, sous forme associative ou de régie publique, une production agricole, en circuit court et en biodynamie. Respectant les cycles des saisons, ils feraient la démonstration qu’une agriculture raisonnée est bonne pour la terre autant que pour les êtres humains. Par ailleurs, en milieu urbain particulièrement, il contribuera à la variété d’aménagement des espaces nécessaires à la préservation et à la reconstruction de la biodiversité. Biodiversité indispensable pour le bien être des habitants.

Les fruits et légumes ainsi produits seront destinés à la restauration collective de qualité. Les enfants des écoles maternelles et élémentaires seront les premiers à pouvoir bénéficier d’un service de cette nature. Il aurait en outre l’avantage, en respectant la saisonnalité des productions, de contribuer à l’éducation au goût et à la variété des aliments. Par ce biais, la collectivité maîtresse d’œuvre pourra toucher les parents. Au final, les changements d’habitude alimentaires induits par ce service public agricole contribueront à faire évoluer les modes de consommation dans une démarche plus responsable. C’est donc un moyen de rompre avec les discours culpabilisants qui accompagnent bien souvent l’écologie.

Le premier et principal écueil à la mise en place de ce service public agricole demeure la question de la surface nécessaire à la production : plus de dix hectares au minimum, pour une population supérieure à 20 000 habitants. Il convient donc de la réserver dans le cadre d’un plan d’occupation des sols adapté.

L’établissement public de coopération intercommunale constitue donc, a priori, le bon échelon pour la mise en œuvre d’un tel outil. D’autant qu’il doit s’accompagner d’une cuisine centrale en régie publique directe, ou au moins associative, pour maîtriser totalement la chaîne de production alimentaire de la matière brute (fruits et légumes) au produit transformé.

Certes, un appel d’offres bien maîtrisé et solidement conçu peut contraindre un opérateur privé dans le choix de son approvisionnement mais il n’y a pas de garantie définitive qu’il choisisse forcément le service public local agricole comme fournisseur.

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Bonus vidéo : The Redskins « The Peasant Army (Peel Sessions) »


La gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la république pour tous

En ces temps où les mots sont vidés de leur sens, bataille idéologique aidant, il n’est pas inopportun de se préoccuper de tenter de redéfinir ce qu’est une politique publique de gauche au niveau des collectivités territoriales. Bien que jacobin de culture et marxiste de formation, ce qui m’attire vers le centralisme, je considère aujourd’hui – alors que mon Parti – le Parti de Gauche – apporte sa pierre à la refondation doctrinale de la gauche – que l’expérience de terrain peut aider à reconstruire ce corpus idéologique dont nous sommes tous en quête.

L’enjeu n’est plus aujourd’hui de « gérer » les collectivités locales. Je fais partie de ceux : militants, agents, élus, qui ont l’ambition de participer à la reconstruction des solidarités républicaines, à l’heure où les tenants du libéralisme, au pouvoir, s’acharnent à vider l’Etat de son sens autant que de ses capacités d’intervention au profit des citoyens. Nous avons l’ambition d’aider l’habitant à s’émanciper en devenant pleinement lui-même. Nous tenons déjà là les deux bouts de la corde : l’enjeu collectif, avec la solidarité, l’enjeu individuel, au travers de l’émancipation ; l’un alimentant l’autre de manière dialectique.

C’est pour cela que nous sommes attachés à la prééminence de la commune, comme fondement de l’organisation républicaine de la France. Il ne s’agit pas, pour nous, de passéisme ou de nostalgie. Nous affirmons, bien au contraire, la modernité de la commune comme creuset du vivre ensemble mais aussi, et surtout, de la résistance. L’Histoire nous rappelle que c’est toujours de la commune que sont nés les grands mouvements émancipateurs : de la Grande Révolution de 1792-1793 au Front Populaire, en passant par les Communes de 1871 : Paris bien évidemment, mais aussi Lyon et Marseille, pour ne citer que celles-ci. C’est là la raison fondamentale de notre opposition résolue à la réforme des collectivités locales présentée par le gouvernement, sur la base du rapport de la Commission Balladur. Enfin, repartir de la commune, c’est aussi repartir du réel, un réel qui conditionne notre vision politique.

Dans ce cadre, le premier objectif demeure de permettre aux citoyens de se dégager des aliénations que constituent le travail, la consommation, les déplacements que génèrent ces deux premiers éléments, pour qu’ils puissent se consacrer à eux-mêmes autant qu’à ce qui les entoure : l’environnement, les autres, la ville… autant d’éléments de socialisation, de solidarité et d’émancipation, j’y reviens. C’est dans ce cadre précis que nous envisageons le concept de ville lente, puisque le temps est devenu un enjeu majeur, au même titre que les conditions économiques et sociales. Nous n’opposons pas ces dimensions, bien au contraire.

En matière sociale, le premier devoir d’une collectivité demeure de faire vivre la solidarité, en renforçant le lien social mais aussi en mettant en œuvre des services au prix le plus bas, voire tendant vers la gratuité. C’est aussi lutter contre l’idéologie dominante en refusant de concéder au secteur marchand des pans entiers de l’action publique mais bien au contraire, en réintégrant dans le secteur public tout ce qui peut l’être. De fait, en sanctuarisant tout ce qui peut l’être hors du domaine marchand, nous offrons un gain substantiel en termes économiques à nos concitoyens. Ils sont protégés des effets de la spéculation inhérents à la marchandisation galopante.

J’ai eu l’occasion de le dire et de l’écrire déjà, pour nous l’enjeu est de concourir à l’émancipation du citoyen. Or, pour arriver à l’émancipation, il faut du temps : temps pour l’accès à la culture ; pour la vie sociale, affective, amicale ; pour l’implication citoyenne. Et ce temps est devenu, pour la plupart d’entre-nous, la variable d’ajustement en raison du temps croissant consacré aux déplacements domicile-travail, à la consommation… C’est pourquoi nous nous proposons de repenser l’urbanisme pour réduire l’importance de ces temps là, que nous jugeons aliénants, pour ralentir la ville.

Et nous considérons que, pour ralentir la ville, il faut la densifier. Par densifier la ville, il ne s’agit pas de favoriser l’étalement urbain ou le bétonnage mais bien de permettre à la Ville d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens : culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la ville demeure l’apprentissage de la vie sociale. D’où toute l’importance des équipements publics, qui sont à la fois des lieux de services, de rencontre donc de lien social. Ils constituent autant de traits d’union entre les différentes parties du territoire.

Pour autant, si nous défendons une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Je fais partie de ceux qui militent donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui concourt au brassage, à la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Densifier la ville donc pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu. Dans ce cadre, il convient de se doter des outils réglementaires nécessaires à la maîtrise foncière, jusqu’au droit de préemption, notamment pour lutter contre la spéculation, les marchands de sommeil ou leur équivalent économique. Il est aussi essentiel de fixer des objectifs en termes de répercussion pour les citoyens lorsque les agents et les élus territoriaux négocient l’implantation d’une entreprise sur notre territoire. N’hésitons pas à parler de densité d’emplois à l’hectare.

Par ailleurs, mes camarades et moi défendons une vision clairement écologique de la Ville. C’est aussi ce point qui nous amène à défendre un urbanisme dense. Je n’ai donc pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines dans le respect de notre environnement commun. En effet, moins d’emprise signifie moins de sol imperméabilisé et donc une vie de ville plus en phase avec la nature. Dans ce cadre, il faut réfléchir sérieusement à une révision, pour le moins, de l’idéologie très sarkoziste de la « France des propriétaires ». Bien que figurant comme revendication des Révolutionnaires de 1789, prenons en compte le contexte, je ne crois pas que la propriété immobilière individuelle participe au bien commun. Ce, même si, aujourd’hui, l’aspiration de nos amis, voisins, parents parfois, pousse dans ce sens.

Pour revenir à la vision de l’action publique que je défends, et que des élus mettent en œuvre , elle relève de la planification, dans chacune des quatre fonctionnalités que j’ai déjà identifiées ; laquelle planification a une ambition écologique. Par planification, nous entendons des choses simples : anticiper les besoins, prévoir les étapes, tenir le calendrier. Il ne s’agit pas de remettre à l’honneur le Gosplan, loin s’en faut, mais de se doter d’une méthode rigoureuse, tant l’action publique, aujourd’hui, nécessite fermeté dans la conviction mais aussi rigueur dans l’exécution.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que la première tâche des élus est de se rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

Au final, notre pensée est articulée autour de trois piliers d’égale importance : la gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la République pour tous. C’est là le sens de notre contribution au débat en cours sur la nature de l’action publique, son rôle, son but.

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Bonus vidéo : Tears For Fears « Change (Extended Version) »


Et si on révolutionnait l’action publique locale ?

Bon, c’est bien joli tout ça. J’ai beaucoup écrit ces derniers mois sur la politique en général ; le Front de Gauche, son programme et ses évolutions possibles. Je tâche aussi de parler de ce qui se déroule ailleurs… A ce sujet, j’ai été interpellé par mon ami Laurent, ancien Liguard devenu membre du PCF, qui me suggère de gratter sur le front de gauche russe. Voilà qui titille ma curiosité, à tout le moins. Du coup, vous ne savez pas que ce qui m’intéresse le plus, en vrai, c’est l’action publique locale.

J’entends par là les mesures mises en place avec les citoyens dans le périmètre d’une collectivité et qui changent concrètement, mais aussi radicalement, leur vie. Contrairement à une idée solidement ancrée, dans l’action publique locale, il y a de vraies différences entre la gauche et la droite, pas uniquement en raison du postulat de départ. Ou, plutôt, il devrait y avoir des différences nettement marquées. Le constat de la réalité ne plaide pas trop en mon sens, il est vrai, et depuis longtemps. Je me souviens, sur ce point, d’une anecdote dans les années 90. J’étais en poste dans une mairie communiste et une camarade, originaire d’une ville gérée par la droite, me faisait remarquer amèrement : « En vrai, la ville dont je viens, toute gérée par un Gaulliste, fait plus en matière d’action sociale ». Quel militant n’a jamais fait sien ce genre de constat ? Tiens, à Montreuil, c’est clair : l’amère Voynet mène une politique d’accompagnement de la spéculation immobilière en toute clarté. Tout comme le ferait une municipalité de droite. « Oh wait ! », comme on dirait sur twitter

Les « spécificités locales », le « contexte particulier », la « richesse » ou la « pauvreté » de la ville en termes de ressources fiscales sont autant de réalités qui nécessitent d’adapter aux situations communales particulières le programme du parti qui a été désigné par les citoyens pour diriger les affaires publiques. Mais comment comprendre, quand on est citoyen ordinaire, que le maire dit « sérieux » de Créteil mène une politique si différente que son homologue tout aussi « sérieux » du Pré-Saint-Gervais ou du troisième édile lui aussi « sérieux » certifié sur facture de Libourne ? Au fond, ils n’ont guère en commun que d’avoir comme logo le poing et la rose. Or, c’est aussi (pas seulement) par l’action publique locale que l’on permet aux citoyens d’identifier un corpus idéologique et de pratique. Pour nous, c’est la cohérence qui fait la différence.

Les camarades du PCF l’avaient bien compris en leur temps quand, dès les années 1925, ils ont commencé à théoriser les bases de ce qui est devenu, à l’âge d’or des années 50, le communisme municipal. Malgré les « spécificités locales », le « contexte particulier », la « richesse » ou la « pauvreté » de la ville en termes de ressources fiscales, les marqueurs identitaires de la politique locale étaient les mêmes à Villejuif, Le Havre, Montreuil, Bagnolet… Parmi ces marqueurs : une politique en matière de petite enfance résolument offensive, une action sociale développée, un accès à la culture pour tous… Sur bien des points, nos camarades ont fait école et ce qui était révolutionnaire à l’époque est devenu aujourd’hui une norme de base pour n’importe quel élu, quel que soit son parti.

Aujourd’hui, la situation économique et sociale a bouleversé la donne politique. Au niveau national, l’échec de la social-démocratie comme celui des conservateurs oblige à expérimenter un nouveau corpus idéologique. Localement aussi, nous sommes confrontés à l’obligation de trouver de nouvelles réponses pour que nos concitoyens non seulement vivent moins mal individuellement mais vivent mieux ensemble. L’urbanisme prend une place de plus en plus grande dans la recherche de ses solutions nouvelles, par force puisque nos villes ont connu un agrandissement démesuré et non maîtrisé dans les 40 dernières années pour faire face aux bonds démographiques. Mais il n’y a pas que cela.

Les élus locaux se doivent d’affronter des questions aussi cruciales que le lien social ; l’espace public comme lieu de partage et de vie en commun alors qu’ils sont souvent les lieux les plus dégradés ; les services publics comme facteurs de cohésion sociale… Le tout dans une perspective d’émancipation individuelle et collective. Le tout en tenant compte des exigences que la crise écologique font émerger. La gratuité est une des pistes que nous défendons, comme les monnaies complémentaires ou la défense des régies publiques… Il s’agit bien de sortir de la sphère marchande ce qui relève du bien commun de l’humanité.

Ces questions me passionnent littéralement. Je vois dans cette exploration minutieuse de ces radicalités concrètes les pistes qui pourraient faire école à l’échelle nationale. Comme si nous faisions la preuve par l’exemple local que d’autres solutions sont possibles à l’échelle nationale. Ce renversement de paradigme est, pour moi, assez enthousiasmant puisque les bases jacobines et centralisatrices de ma culture politique me préparaient plutôt à mettre en œuvre localement des solutions élaborées au niveau central.

Tout cela pour vous dire que vous allez avoir à lire, si vous le voulez, bien des choses sur ces sujets dans les mois à venir. Avec un certain nombre de mes camarades : Corinne Morel-Darleux, Gabriel Amard, Juliette Prados…, nous ambitionnons de révolutionner l’approche municipale. Et ce Cri du peuple sera un des lieux où vous pourrez suivre l’évolution de cette pensée préalable à l’action.

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Bonus vidéo : The Jam « In The City »


Lyonnaise des Eaux, pour préserver ses intérêts, tous les coups seraient permis

Version enrichie de l’article que j’ai rédigé, à chaud ce matin, pour le site du Parti de gauche.

Quand l’oligarchie sent ses intérêts vitaux menacés, aucune pratique ne la rebute. C’est ce que l’on apprend à la lecture d’un article de Marianne sobrement intitulé « Comment une multinationale a voulu déstabiliser un élu du Parti de Gauche ». En l’occurrence, la Lyonnaise des Eaux, filiale du groupe Suez Environnement, aurait missionné fin 2011 un cabinet de conseil en communication, Vae Solis (« malheur à ceux qui marchent seul » en latin), pour « discréditer sur le fond » la régie publique Eau des Lacs de l’Essonne et son président, Gabriel Amard, par ailleurs secrétaire national du Parti de Gauche. La Lyonnaise des Eaux semble aussi avoir aussi donné pour mission au cabinet Vae Solis « d’empêcher in fine un accord entre la régie publique Eau des Lacs de l’Essonne et Eau de Paris » sur la fourniture d’eau potabilisée…

Il faut savoir que la régie publique Eau des Lacs de l’Essonne a été créée après une votation citoyenne organisée par les élus de la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne en juin 2010. Il s’est agi alors, pour notre camarade Gabriel Amard, de laisser aux citoyens le choix du mode d’approvisionnement en eau potable après la sortie de la ville de Viry-Chatillon du Syndicat des Eaux d’Île-de-France. Au final, ce sont 4 945 personnes qui ont participé, votant à 95 % pour la régie publique. Il y a donc un mandat démocratique derrière la délibération prise par la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne. Mais cela n’a pas l’heur d’impressionner beaucoup la Lyonnaise des eaux, dirait-on… Dans son éditorial de la lettre électronique des Lacs de l’Essonne, Gabriel souligne d’ailleurs : « Les choix discordants, même quand ils sont le fruit d’un processus démocratique, ne suscitent chez (les multinationales de l’eau) que mépris. »

La régie est entrée en service le 1er janvier 2011, succédant à Veolia, le concurrent historique de Lyonnaise des Eaux. Cette dernière société a bénéficié d’un marché de gré à gré (l’eau n’est pas soumise aux règles des marchés publics) pour assurer la continuité de service. La négociation a porté ses fruits et le prix du mètre cube facturé par la Lyonnaise a baissé…

Les conséquences ne se sont pas fait attendre pour les usagers : une baisse du tarif d’accès au service de l’eau de 37 %, la gratuité des 3 premiers litres d’eau par jour et par personne, une hausse nette des investissements sur le réseau de distribution. La preuve par l’exemple que le service public est moins cher et plus efficace que le privé. Aucun actionnaire à rétribuer, pas de montage financier complexe pour faire circuler l’argent au sein du groupe en multipliant les sources de profit, pas d’exigence de rentabilité exigées par les places financières… C’est autant de moins pour l’usager qui n’est plus vache à lait. C’est bien cela que la Lyonnaise des Eaux semble vouloir discréditer pour préserver les bénéfices colossaux qu’elle réalise sur le dos des citoyens.

L’autre point qui pourrait l’avoir piquée au vif, expliquant la brutalité de la méthode (si elle est avérée), reste qu’elle serait potentiellement remplacée par Eau de Paris dans l’approvisionnement en eau potable. Cela montre que, même en concédant un tarif dit « préférentiel », les majors de l’eau réalisent encore pas mal de bénéfices. C’est là qu’il faut chercher l’explication à cette volonté « d’empêcher in fine un accord entre la régie publique Eau des Lacs de l’Essonne et Eau de Paris , déjà évoquée.

Au final, peu importe que la Lyonnaise des Eaux ait fait appel à un cabinet de lobbying pour mener à bien sa tentative. Peu importe que le cabinet animé par un militant PS ait eu besoin de proposer son aide bienveillante aux élus UMP de Viry-Chatillon. Plus inquiétant, sur le fond politique, est que, comme le révèle Marianne, le responsable de cette mission au sein de Vae Solis soit aujourd’hui le chef de cabinet du ministre de l’Agriculture. Comme le souligne le communiqué de presse du Parti de Gauche, « c’est un très mauvais signal politique envoyé aux défenseurs du service public de l’eau » que l’on compte même au gouvernement : Pierre Moscovici et Manuel Valls, dans les collectivités qu’ils présidaient avant de devenir ministres, ont aussi fait le choix de la régie publique.

Bonus pièce à conviction : la note rédigée par le cabinet Vae Solis à l’attention de Lyonnaise des Eaux (format pdf)

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Les enjeux urbains au travers de la planification écologique

La ville d’aujourd’hui se situe au croisement de deux impondérables que les bâtisseurs doivent intégrer : le temps et l’espace. Le temps demeure la priorité de vie de la plupart de nos concitoyens et il demeure l’enjeu de ce début de 21e siècle. Quant à l’espace, il s’agit de l’enjeu collectif premier dans sa maîtrise si tant est que l’on entend construire un avenir durable et soutenable pour tous. C’est dans ce cadre à double entrée que nous nous situons.

Au début donc était le temps. Pour les citoyens vivant dans les agglomérations urbaines, de Paris comme de Province, dans les villes centres comme dans les banlieues, le temps constitue la préoccupation première. Les temps de trajet entre domicile et travail, le temps que l’on consacre à la consommation, le temps passé à gagner sa vie pour ceux qui ont encore un emploi, tout ce temps file à grande vitesse et diminue de manière exponentielle le temps pour soi. Or, ce temps pour soi demeure le temps de l’émancipation, par la culture, par la vie sociale et amicale, par l’implication citoyenne. Bref tout ce qui concourt à une pleine humanité, hors de l’aliénation consumériste qui domine notre époque. Ce temps concourt de fait à la réussite solidaire dans le sens où un être humain, plein et entier, émancipé, est un Homme réussi et qui participe de la réussite collective.

Ralentir les temps aliénants

Pour nous, il demeure une priorité que le temps de l’émancipation reprenne une plus grande place. Et c’est pourquoi nous attachons une grande importance à construire une ville qui œuvre au ralentissement des temps aliénants : travail et consommation en particulier. L’urbanisme est le premier outil, la planification notre méthode. Oui, nous entendons planifier les diverses politiques publiques qui contribuent à façonner la ville dans les domaines clés que sont l’économie, l’aménagement urbain, l’environnement. Planifier, c’est anticiper les besoins, définir les moyens, prévoir les étapes, fixer les moyens. Au fond, c’est aussi simple que cela. Un outil et une méthode donc et un défi en forme de paradoxe apparent : pour ralentir la ville, il faut la densifier.

Pourquoi densifier la ville si ce n’est pour lui permettre d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens ; culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la commune, et j’utilise le mot à dessein, demeure l’apprentissage de la vie sociale autant que la construction, après cet apprentissage, de modes de vie alternatifs. Quand je parle de mode de vie, dans la cité, je parle évidemment de politique.

Densifier la ville donc, planifier l’action publique, pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu pour nous. A la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, nous n’avons pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines qui conditionnent le caractère avéré, et non plus rêvé, du lien social. L’urbanisme des années 1960 et 1970 a moins pêché par son intensité que par son inaccomplissement. Des ensembles de logements extrêmement denses ont été construits sans que les donneurs d’ordre ou les financeurs (l’État en premier lieu et singulièrement en région parisienne) ne se préoccupent de l’accompagnement au travers des services de proximité que ce soient les services publics, les commerces, les lieux de loisirs et de culture… Dans combien de nos quartiers de banlieue la puissance publique n’est-elle plus représentée que par les voitures de police et l’école maternelle ? Là est le problème premier, pas dans la hauteur du bâti, à notre sens tout au moins.

Libérer les espaces

Il s’agit en premier lieu de se battre concrètement pour un environnement de qualité. L’intensification urbaine permet de préserver ces espaces, c’est même la condition pour leur persistance. Nous connaissons trop les dégâts irréversibles causés sur l’environnement par ces immenses zones pavillonnaires ne présentant ni confort ni services ni convivialité. De même, la diminution des emprises de bâti au sol permet de minorer l’importance des surfaces imperméabilisées dont chacun peut mesurer aujourd’hui les nuisances, notamment en termes de gestion des eaux de pluie et eaux usées.

En privilégiant les constructions en hauteur à haute qualité environnementale et basse consommation d’énergie, nous libérons les espaces que nous maîtrisons. En assumant une mixité entre logement et locaux à vocation économique, nous entendons réduire les temps de trajets entre domicile et travail pour un nombre croissant de nos concitoyens. C’est là une première réponse à l’enjeu du temps mais aussi à la lutte contre les gaz à effet de serre. Il en va de même lorsque nous mettons en œuvre un service public culturel de proximité. Enfin, les espaces libérés par notre maîtrise foncière permettent la construction de nouveaux services publics répondant aux besoins d’une population en croissance : écoles, crèches, maisons de quartier ou MJC.

La puissance publique comme trait d’union

Ces services, mis en œuvre par les collectivités territoriales, constituent les instruments du lien social et participent de la convivialité, une des clés de la vie urbaine. Ils ont aussi vocation à devenir des traits d’union entre les différentes parties de la ville, tant celle-ci n’est jamais une. Même si nous pouvons le regretter parfois, cette multiplicité à l’intérieur de l’espace communal participe de sa richesse, de sa mixité. C’est pourquoi il est essentiel d’ouvrir les quartiers les uns sur les autres, au moyen d’un ensemble de voiries adaptés aux besoins nouveaux.

Pour autant, si nous défendons, vous le lisez, une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Nous militons donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui permette le brassage, la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER et TER en province, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Nous considérons que le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que notre première tâche est de nous rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

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Bonus vidéo : 113 « De l’autre côté de la rue »