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TSCG : Fabius ne veut pas « se déjuger », et vous ?

Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) n’en finit pas de remuer les différentes composantes de la gauche. Le week-end qui vient de s’écouler a vu le conseil fédéral d’Europe Ecologie – Les Verts s’opposer, par 75 % des voix exprimées, à ce traité qui grave dans le marbre l’austérité ad vitam aeternam. C’est un bougé assez significatif qui a causé encore une de ces sorties dont est coutumier Dany le jaune.

A tout le moins, EELV a le mérite d’une certaine cohérence, que je salue, alors que je n’ai jamais été avare de critiques contre ce parti. L’issue de son conseil fédéral témoigne de l’élargissement du front du refus, par rapport à un traité qui prive la représentation démocratique élue par le peuple de ses derniers outils d’action.

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de retrouver, grâce à mes amis de la Télé de gauche, un certains nombre de déclarations émanant de sommités du parti dit « sérieux ». Je vous les laisse regarder et partager.

On va commencer par l’ancien héraut du « non socialiste » en 2005, Laurent Fabius :

 

La sortie de Benoît Hamon n’est pas mal non plus :

 

Arnaud Montebourg laisse rêveur :

 

Jean-Marc Ayrault se fait le porte-parole du groupe des députés socialistes :

 

Enfin, pour la bonne bouche, le résident de la république n’est pas inintéressant :

 

En contrepoint, je vous laisse écouter et regarder ce que disent certains de mes amis proches dans la petite vidéo tournée à l’occasion de la Fête de l’Huma.

 

Je veux bien prendre les paris pour savoir qui, à la fin, se « déjugera », selon les jolis mots du ministre des Affaires étrangères.

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Bonus vidéo : Patti Smith « People Have The Power »

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Bon anniversaire la République !

« La République nous appelle ! » J’espère que ce morceau de phrase sonne familier à l’oreille de certains d’entre-vous. Il est d’actualité puisque nous célébrons, en ce 21 septembre, le 220e anniversair de la Ière République française. C’est en effet au lendemain de la victoire de Valmy sur les Prussiens que les députés de la Convention nationale décident sur proposition de Collot d’Herbois – et à l’unanimité – d’abolir la monarchie et de proclamer la République. La Ière République sera votée et proclamée le lendemain, 22 septembre 1792. Mais l’abolition de la royauté est une date clé dans ce processus.

Ce n’est pas un micro-événement que nous allons commémorer

Vendredi 21 septembre 2012
à 17 heures
Devant le Panthéon à Paris

Si le processus révolutionnaire a été entamé en 1789, avec cette date de la prise de la Bastille, suivie du 4 août – nuit au cours de laquelle sont abolis les privilèges (mais avec possibilité de rachat), la proclamation de la République ouvre un nouveau champ du possible. La monarchie constitutionnelle et la prise de pouvoir par la bourgeoisie sont remises en cause par l’irruption, dans le champ politique, du peuple, notamment parisien. Ce que l’on appelle communément les sans culottes.

Ce peuple aspire à une autre répartition des richesses, une autre organisation du pouvoir. Il va prendre en main ses destinées, à partir du travail de conscientisation et d’éducation populaire politique mené par les clubs, dont le célèbre club des Jacobins. A Paris, les sans culottes et leurs représentants élus, devant la « Patrie en danger », vont s’organiser au sein de la toute première Commune de Paris, ancêtre de celle que j’étudie. Cette Commune va peser sur les débats de la Convention nationale et infléchir les décisions politiques qu’elle sera amenée à prendre.

Par bien des aspects, la Commune de Paris de 1792 à 1794, lorsque la réaction thermidorienne l’abat en même temps que Robespierre et ses amis, est plus radicale que la représentation nationale. C’est qu’à Paris, la confrontation de classes est bien plus violente qu’en Province. Dans les provinces de la jeune République, la guerre civile efface, dans la perception collective, le combat de classe. Il nous est facile, avec deux siècles et plus de recul, d’analyser la guerre civile qui se déchaîne en Vendée, Bretagne ; à Lyon, Marseille, Toulon, comme autant de traductions meurtrières de cette lutte des classes. Dans l’instant politique 1792-1794, il n’en est rien. A leur décharge, Marx n’est pas encore passé par là.

Il n’empêche que le peuple parisien et les provinciaux qui partagent sa vision des choses (il en est) n’entend pas se laisser déposséder d’un processus qui prend enfin en compte ses aspirations et ses besoins. Un certain nombre d’élus de la Commune de Paris, comme Robespierre, sont aussi députés à la Convention nationale et, forts du mandat qu’ils tiennent du peuple, agissent pour faire entendre sa voix.

C’est ainsi que va naître la République une et indivisible puis la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen dans sa version démocratique, celle dite « montagnarde », qui proclame le droit à l’insurrection.

Comme le disent mes amis du Parti de Gauche Midi-Pyrénées, il s’agit là d’un « document d’importance universelle ». Si la déclaration de 1789 assoit la liberté comme principal droit de l’homme, celle de 1793 met sur le même plan la liberté et l’égalité. Dès l’article 2, c’est même l’égalité qui est placée en tête des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. « Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété ». Plus importants qu’une simple déclaration abstraite, les droits de l’homme de 1793 font apparaître les droits positifs qui concrétisent les droits naturels : droits sociaux avec des prestations assurées par l’Etat notamment droit à l’éducation, aux subsistances, manger à sa faim, droit au travail, à la santé… Elle reconnaît ainsi pour la première fois dans l’histoire de l’humanité une série de droits économiques et sociaux comme le droit au travail, à l’instruction, aux secours publics (il n’y a ni retraite, ni sécurité sociale à l’époque).

Autre innovation historiquement fondamentale : l’idée de « souveraineté nationale » est précisée sous la forme concrète de la souveraineté populaire (en 1792/1793 les étrangers ont le droit de vote). Le peuple est souverain, il doit prendre lui même son destin en main. Il s’agit d’un système de démocratie semi directe : en partie directe par les Assemblées de base et le référendum, en partie indirecte par l’assemblée élue.

Voilà en quoi cette Ière République mérite qu’on la célèbre aujourd’hui. Quoi qu’imparfait, son contenu est très largement progressiste. Et ouvre des perspectives encore neuves à l’ensemble du mouvement ouvrier. Alors, oui ! Bon anniversaire la République.

Bonus flash back : Le discours prononcé par Jean-Luc Mélenchon à cette occasion est visible ici.

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Bonus vidéo : The Adicts « Viva La Revolution »


TSCG, ce sont les autres qui en parlent le mieux

Ceci, comme dirait Magritte, n’est pas une note de blog. Le flot de l’actualité me submerge de réflexions contradictoires et j’ai peu la tête à coucher sur l’écran de mon (puis de vos) ordinateur(s) des états d’âme. Aussi, je vais m’effacer pour donner la voix aux copains. C’est que l’heure est grave ! Le traité sur la stabilité, la convergence et la gouvernance est à l’ordre du jour. On en a beaucoup causé à la fête de l’Humanité. Alors, pour commencer, prenons quelques minutes pour savoir ce que c’est que ce fichu traité en vidéo :

 

Sur le blog l’Art et la manière, qu’il co-écrit avec Florian, Romain nous en a touché deux mots dès la fin août :

« Ah qu’il était beau ce traité préparé par Sarkozy. La promesse électorale (pourquoi je m’évertue à m’y référer alors que tout le monde sait que c’est de la connerie)… donc cette promesse c’était de renégocier ce pacte notamment en y intégrant un volet « croissance ». Evidemment, nous, sales gauchistes, on n’était pas très contents. Mais la réalité s’est révélée encore pire puisque que les négociations sont quasi-inexistantes et que ladite croissance ne fait l’objet que d’un ridicule pourcent d’investissement qui ne fera pas longtemps illusion. Le fond du traité, lui, est intact : austérité, austérité et… austérité. Puis si vous n’êtes pas content un arsenal répressif est prévu pour les pays récalcitrants. « What else ? » diraient les financiers. »

Alors, il a semblé que le résident de l’Elysée et son collègue de Matignon auraient renégocié le TSCG pour le faire passer dans les rangs des députés godillots… heu.. sérieux. L’ami Gauche de combat en rit encore, jaune. Ce qui, pour ce rouge et vert, la fout mal. Il s’en est ému avant de prendre ses congés bien mérités :

« François Hollande et Jean-Marc Ayrault appellent leurs troupes à ratifier le traité budgétaire européen, pourtant négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel (que toute la gauche – dont les socialistes – avait tant critiqué), et cela sans passer par l’assentiment des français. Vive la démocratie. Pour s’en défendre, dans le Journal du dimanche, Jean-Marc Ayrault a déclaré que « l’ajout d’un volet croissance au traité imposé par Hollande «a fait bouger les lignes ». Cela en fera rire plus d’un, et la saillie de Mélenchon sur le sujet est pertinente, par delà l’humour   : «Quelles lignes, quelles pages, quels mots, quelles virgules, la couleur du papier : Rien! ». Et dire que Hollande s’était posé en combattant des marchés financiers… On voit bien aujourd’hui que d’aucunes mauvaises langues avaient raison de prétendre qu’il le faisait avec un sabre de bois. »

Je conçois que, malgré la vidéo ci-dessus, vous avez du mal à comprendre de quoi il s’agit concrètement. Le mieux encore reste de se plonger dans le texte. Et c’est l’ami Nico, de la Rénovitude, qui se l’est procuré. En voici le premier chapitre :

« TITRE I

OBJET ET CHAMP D’APPLICATION

Article 1

1. Par le présent traité, les parties concontractantes conviennent, en tant qu’Etats membres de l’Union européenne, de démolir le pilier économique de l’Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de chaînes destinées à étouffer l’activité, rendre encore plus obscure la gouvernance de la zone euro, en soutenant ainsi la réalisation des objectifs de l’Union européenne de désarmer les états, réduire les politiques de justice sociale et dégommer les services publics.
2. Le présent traité s’applique intégralement aux parties concontractantes dont la monnaie est l’euro sans aucun moyen de recours des peuples composant les dites parties concontractantes. Il s’applique également aux autres parties concontractantes, dans la mesure et selon les conditions prévues à l’article 14, c’est dire que vous n’avez pas le choix. »

Le reste est à lire sur la Rénovitude, par ici.

Ah oui… ça mate, n’est-ce pas ? C’est que le TSCG, à la fin, c’est bien le Traité d’une saloperie carrément généralisée, comme le dit si bien Syd. A l’appui de cette thèse, laquelle pourrait apparaître simpliste à nos « amis » du parti dit « sérieux », voici un extrait du vrai traité qu’A Gauche pour de vrai s’est goinfré, enfin de celui qui n’a pas été traduit en français de tous les jours :

Sur la base de la coordination des politiques économiques définie dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les parties contractantes s’engagent à œuvrer conjointement à une politique économique qui favorise le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire et qui promeut la croissance économique grâce au renforcement de la convergence et de la compétitivité. À cette fin, les parties contractantes entreprennent les actions et adoptent les mesures nécessaires dans tous les domaines essentiels au bon fonctionnement de la zone euro, en vue de réaliser les objectifs que constituent le renforcement de la compétitivité…”

Finissons-en là. Il n’y a d’autre chose à faire que de signer la pétition « Non à l’austérité perpétuelle en Europe ». Elle est claire et simple :

« En imposant l’austérité à marche forcée, le Pacte budgétaire menace de plonger l’Europe dans la récession et le chômage de masse. Il va priver les États de moyens indispensables pour sortir de la crise sociale et environnementale. Pour mieux rassurer les créanciers et les spéculateurs, il place l’austérité au-dessus de la démocratie. Nous vous demandons de rejeter ce Traité d’austérité, et de permettre ainsi de rouvrir le débat pour réorienter l’Europe. »

Ah si ! Il y a autre chose à faire encore : aller manifester le 30 septembre à Nation !

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Bonus vidéo : Family Affair Project « Saturation »

 

 

 


A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »


Enseignants, « sans papiers », blogosphère, c’est la rentrée

Ce lundi 3 septembre au matin, je ne peux m’empêcher d’éprouver une pensée émue pour mes amis enseignants. J’en compte quelques uns, c’est assez fréquent dans les milieux militants. Pour eux, c’est la rentrée. Les élèves, c’est demain. Evidemment, y a une petite polémique. Ce grand lecteur de Philippe Pétain qu’est Luc Chatel voit dans le dernier discours de Vincent Peillon un « copier coller d’un discours du Maréchal ». Faut connaître son Pétain sur le bout des doigts pour parvenir à taper le point Godwin avec autant de facilité. Mais bon… Là n’est pas mon propos.

Mon propos c’est l’école et le métier de professeur. Lequel va encore se trouver chamboulé avec l’introduction de cours de morale laïque. Oui, évidemment, c’est le dernier avatar en date de l’éducation civique. Parce que, c’est bien connu, il revient à l’Education nationale de prendre en charge – et de régler – tous les dysfonctionnements de la société. C’est simple, faisons un petit tour d’horizon :

– le chômage amène les parents à décrocher du suivi de leurs enfants : va-t-on se battre pour le plein emploi ? non, l’école va régler ça ;
– la télévision banalise la violence qui s’importe en milieu scolaire : va-t-on réfléchir sérieusement au contenu des fictions que l’on propose à nos enfants ? Non, l’école doit régler ça ;
– quelques illuminés affichent le voile intégral comme marqueur d’identité : va-t-on mener un débat serein sur la place de la religion dans notre société ? Non, l’école va prendre en charge cette question aussi.

Pauvre école ! Je pourrais continuer longtemps comme ça tant elle se trouve donc chargée de tous nos maux et doit trouver une réponse à chacun d’entre eux. En apparence en tous les cas. Evidemment, les enseignants ne sont pas du tout formés à cela puisque leur métier reste la transmission du savoir. A la base. Sans d’ailleurs qu’on se questionne sur le sens de cette transmission. Je veux dire, de manière collective. Les profs, eux, se la posent cette question, tout le temps. Les patrons aussi, d’ailleurs. Incidemment, ils ont infusé leur manière de voir dans l’approche « pédagogique » des ministères successifs.

Aujourd’hui, sous les poussées patronales, le but de l’école est devenu, en loucedé, de former des travailleurs. Au départ, son propos était de former des citoyens. La différence n’est pas grande. Elle est énorme. Voilà voilà… C’est clair que ça fout le moral.

Au moins autant que la schizophrénie ambiante dans ce cadavre qu’est la gauche du parti « dit sérieux » dès qu’on en vient à causer du TSCG, ce foutu traité qui nous impose l’austérité ad vitam aeternam. Des fois que vous ne sauriez pas encore, nous manifestons le 30 septembre sur le sujet. Ce sera un dimanche, c’est chouette les manifs le dimanche. Pas d’excuses pour ne pas être là.

A part ça, et puisqu’il s’agit de manif, samedi, j’ai fais ma rentrée politique en quelque sorte. Avec pas loin de 5 000 personnes, nous avons manifesté aux côtés des « sans papiers » pour le 16e anniversaire de l’expulsion de l’église Saint-Bernard. La vidéo réalisée par les camarades du PG atteste de cette réussite. Pour nous autres, militants, une manif c’est deux choses : exprimer un refus ou une exigence (en ce cas, l’exigence de régulariser les « sans papiers » et le refus des rafles) et l’occasion de se retrouver entre nous. On voit les potes, on se donne des nouvelles, on fait des rencontres aussi. Bref, c’était bien. Ca donne un peu d’énergie. Et Marx sait que j’en ai besoin : à croire que je n’ai pas fini de digérer l’année de campagne(s) passée.

Du coup, je vous le dis, je vais finir, tranquillement, par retrouver mon rythme ici et vous parler d’autres choses que de musiques. Vous allez bientôt retrouver les Chroniques montreuilloises qui vous plaisent tant et contribuent tellement à la renommée de ce petit blog. Il y aura peut être un peu plus de foot que l’an passé, vu que j’aime ça sans honte. Et, qui sait, peut être un peu de politique. Accessoirement, je pourrais sûrement déverser mes humeurs sur mon petit exutoire personnel. J’espère que cela ne vous défrise pas trop. Et puis, en toile de fond toujours, vous lirez les potes. Parce que c’est, après l’amour, l’essentiel. C’est fleur bleue, vous trouvez ? Si vous changez la couleur, je prends « fleur rouge » très volontiers.

Allez, je m’en retourne marner. Et tâcher de vous apportez des nouvelles moins nombrilistes et plus enthousiasmantes. Du genre qu’on trouve en filigrane de cette note pondue par le toujours excellent Fight Club du NPA. Parce que s’il fallait compter sur les moines de LO pour se fendre la gueule, on peut toujours attendre la révolution marxiste-léniniste.

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Bonus vidéo : Siekiera « Czerwony Pejzaz »


A samedi, chez moi, avec les « sans papiers »

Si vous habitez en Île-de-France, vous avez – quasi – rendez-vous chez moi samedi 1er septembre. Je sais, je devrais déjà parler du référendum sur le Traité de stabilité européenne, le TCSG… Mais d’autres le font mieux que moi, comme mes amis Romain Jammes ou Alain Bousquet. Je vous invite donc à aller les lire pour en savoir plus sur notre manifestation du 30 septembre. Moi, en ce moment, ce qui me démange, c’est le sort des sans papiers et des Rroms. Et, samedi 1er septembre, à 14h30, nous avons rencart place de la République à Paris pour aller en cortège jusqu’à l’église Saint-Bernard. Il s’agit de se rappeler qu’en 1996, « avec humanité et cœur », le sinistre de l’Intérieur d’alors, digne prédécesseur de l’actuel, envoyait la police avec des haches pour déloger les « sans papiers » réfugiés dans cette maison. Pour se rappeler, vraiment, ce qu’il s’est passé ce 23 août 1996, je vous renvoie à la lecture d’un témoignage poignant.

Si ça me tient tant à cœur, cette question, c’est parce que je n’attendais rien de la nouvelle majorité sociale-libérale sur les questions qui constituent pour moi le centre de l’action politique : pouvoir, capitalisme, redistribution des richesses. Ça fait bien longtemps que j’ai analysé leur renoncement quant à changer la vie. Il n’est qu’à écouter les propos de Montebourg en direction des syndicalistes de PSA… Ou entendre Pierre Moscovici annoncer, royal au bar, une baisse de deux cafés sur un plein (6 centimes par litre) d’essence.

J’ai voté pour virer le nain, ça c’est fait, et pour ceux qui ne pouvaient pas « se défendre » avec les mêmes armes que nous autres : les « sans papiers » et les Rroms essentiellement. Je nourrissais l’espoir que le gouvernement dit « socialiste » les traiterait d’une autre manière. Je ne suis pas totalement amnésique : je garde en tête le mot de Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais quand même… Il suffisait de pas grand chose pour faire moins pire. Las, le Valls a pas mis le temps pour réfléchir et poursuit l’action de son Guéant de prédécesseur. Fermez le ban, la messe est dite : le changement, c’était du flan.

Il s’agit donc de maintenir le cap : régularisation de tous les « sans papiers », qui ne demandent qu’à bosser – pour la plupart c’est le cas – légalement. Quand on cherche des recettes supplémentaires pour faire tourner la maison France (ah ? Là, ce serait plutôt « on cherche à supprimer des dépenses » ? Comme avant donc ?), ce n’est pas si con que cela de se rappeler que les immigrés légaux, ceux qui ont des papiers donc, « rapportent » 12 milliards d’euros à la collectivité nationale chaque année.

Je ne vais pas en rajouter sur les traditions d’accueil de la France « patrie des droits de l’Homme », tout ça… A la fin, si les gouvernements qui se succèdent depuis la IIIe République avaient mis en œuvre la même politique qu’aujourd’hui en matière de « sans papiers », je vous le dis comme ça en passant : je ne serais certainement pas Français, je ne serais même probablement pas du tout. Et il en va de même pour pas mal d’entre vous amis lecteurs. Pour ce qui me concerne, je préfère me rappeler de la place réservée aux étrangers pendant la Commune de Paris.

« Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, que l’on compte par milliers, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante dans le processus révolutionnaire. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.. » Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. La Russe Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes. »

Oh ! Pas de nostalgie dans mon propos. Juste la revendication d’une filiation politique et philosophique. Comme le précise mon syndicat, la CGT, il s’agit « de rappeler au gouvernement actuel ses engagements de campagne et faire la preuve que les sans papiers, travailleurs sans papiers, organisations syndicales, associations et collectifs restent encore et toujours mobilisés depuis l’évacuation de l’église Saint Bernard ». Alors, à samedi, j’espère.

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Bonus vidéo : Metroland « The Passenger »

 

 

 


Espagne : des affrontements pour « célébrer » le 18 juillet

Si vous n’allez pas plus loin, retenez juste ça :

Rassemblement de solidarité avec le peuple et les mineurs d’Espagne en lutte
Jeudi 19 juillet à 18h devant l’ambassade d’Espagne
22 avenue Marceau à Paris (métro Alma-Marceau ligne 9)

Le symbole est fort. Violent même. Cette nuit du 18 au 19 juillet a été, une nouvelle fois, marquée par des affrontements très violents entre mineurs et antidisturbios de la guardia civil de sinistre mémoire. Cette fois, c’est un petit village de 700 habitants, San Roman de Bembibre, au cœur du Léon minier, qui a été attaqué par les « forces de l’ordre ». L’alerte a été donnée via les réseaux sociaux autour de minuit, avant que les brouilleurs utilisés par la guardia civil ne coupent la bourgade du reste du monde. Ce qui explique les rares photos et vidéos disponibles.

Il y a eu des barricades. Il y a eu des tirs de balles réelles et de projectiles ressemblant à des balles de golf, et pas en caoutchouc mou. Il y a eu un peuple et les représentants les plus combatifs de sa classe ouvrière soumis à l’assaut des forces de répression. Heureusement, à ma connaissance, il n’y a pas eu de morts.

Vous allez me dire que c’est un affrontement de plus, dans le cadre d’un conflit qui est émaillé par la violence. J’ai déjà écrit sur les raisons qui poussent Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, à intensifier la répression. Comme Margaret Thatcher avant lui, il se donne comme mission de transformer radicalement l’Espagne. Il parle de « passer dans la modernité », il s’agit plutôt d’imposer à la piel de toro le modèle post industriel en vigueur en Europe occidentale. Raison pour laquelle il a obtenu le soutien de l’Union, de la Commission et de la Banque centrale européennes.

Projectiles tirés à San Roman de Bembibre la nuit du 18 juillet

Mais ce qui s’est passé cette nuit du 18 juillet est hautement symbolique. En Espagne, le 18 juillet c’est la date anniversaire du soulèvement militaire déclenché par Franco en 1936. Aujourd’hui, 19 juillet, une partie de la classe ouvrière internationale commémore le début de la Révolution lancée pour battre les rebelles. Las, vous connaissez la suite des événements

C’est donc à cette date précise que la guardia civil a lancé l’assaut contre San Ramon de Bembibre. Je ne peux qu’y voir un symbole hautement politique. Je ne peux dire, de là où j’écris que Rajoy est un franquiste. Je sais juste qu’il est le chef du Partido Popular fondé par Manuel Fraga en 1989, lequel était ministre de Franco et, si ma mémoire est bonne, l’héritier politique du caudillo. Le Partido popular est le descendant direct de l’Alliance populaire, coalition conservatrice fondée en 1976 et dirigée par une majorité d’anciennes personnalités politiques du franquisme. Ce que je peux écrire aussi, en écho de ce que me disent mes correspondants espagnols, c’est que la réaction relève la tête dans la péninsule ibérique. L’Opus Déi mais aussi les nostalgiques de la Phalange de Primo De Ribeira se sentent pousser des ailes. Le gouvernement central espagnol, quant à lui, passe pudiquement sous silence le soulèvement et les victimes des fascistes.

N’en reste pas moins que, ce jeudi 19 juillet, les principales centrales syndicales que sont l’UGT et les Commissionnes obreras (Commissions ouvrières) appellent à la grève et à des manifestations dans le pays. Il s’agit de s’opposer au plan d’austérité adopté par la droite le 11 juillet dernier. D’un montant de 65 milliards d’euros, il accélère, outre la liquidation de l’industrie charbonnière, la casse des services publics et la privatisation des dernières entreprises nationales espagnoles. Ce mouvement organisé par les syndicats cohabite avec des manifestations beaucoup plus spontanées, dont la plus importante en date a eu lieu dimanche 15 juillet au soir quand des milliers d’Espagnols sont descendus dans les rues.

Il est fort possible que l’été espagnol version 2012 soit chaud. Mais ce ne sera pas en raison de la météo.

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Bonus vidéo : Rosa Leon « Ay Carmela »


Athènes, Aulnay, Madrid, voyage dans le nouvel âge capitaliste

Clairement, on ne lâche rien. Après, c’est sûr que le week-end du 14 juillet n’est guère propice aux mouvements de masse. Nous nous sommes malgré tout retrouvés à une cinquantaine devant l’ambassade d’Espagne à Paris. A titre personnel, j’étais heureux d’y retrouver mi hermano José Angel et ma bande de potes dont Arthur Fontel et le petit Pierre d’Evry, qui n’est encarté nulle part. Bref… Même s’il y avait bien d’autres personnes, nous étions tout de même dans l’entre soi. A Bordeaux, Fanfan me dit qu’ils étaient une centaine. Comme quoi, tout le monde ne se met pas en vacance.

En même temps, il faut le dire : ça tombe comme à Gravelotte. Référent sur l’action pour le Parti de Gauche, j’ai eu à mettre en lumière la cohérence entre ce qui se passe à Madrid, à Athènes et à Aulnay-sous-Bois. Il y a deux cohérences en fait : l’une tient à la nature du capitalisme dans son nouvel âge, l’autre tient à l’adaptation de l’Union européenne à ce nouvel âge.

En clair, depuis quelques années, le capitalisme est entrée dans une phase où la production de richesses physique, dans les pays occidentaux, rapporte bien moins que la spéculation boursière et les dividendes liés à la généralisation de l’actionnariat. L’accumulation de richesses, dont l’oligarchie s’approprie l’essentiel, ne passe désormais plus par la production de biens matériels dans la vieille Europe. Les fortunes se bâtissent mieux, selon les critères de la classe possédante, au travers des profits financiers.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay ainsi que la suppression de quelque 8 000 postes de travail en France. A contrario, PSA se développe fort bien au Maghreb et au Brésil, où les marchés émergents et la montée en puissance d’une « classe moyenne » structurée, alliée à la faiblesse des salaires offerts aux ouvriers, maintiennent débouchés économiques et plus-values importantes. Ce qui n’est pas le cas en France. Dans l’hexagone, le secteur d’activité qui rapporte le plus au groupe PSA reste le secteur financier… Dans un pays où l’on compte 600 000 véhicules individuels pour un million d’habitants, sauf à développer des automobiles adaptées à la demande en moyen de locomotion propre, il n’y a rien à attendre d’un point de vue capitalistique.

Mais la recherche, ça coûte cher et ne rapporte qu’à long terme. Pendant ce temps, les actionnaires doivent se contenter de la portion congrue et d’un bénéfice qui, pour confortable qu’il soit, n’atteint pas les rendements attendus. Exit donc la production automobile. C’est de la même manière qu’en Espagne on liquide l’extraction charbonnière. « Au nom de la concurrence libre et non faussée », qui aboutit à une spécialisation géographique des activités du capital. La suppression des aides publiques aux charbonnages espagnols intervient au moment même où le Partido Popular au pouvoir entérine un plan d’austérité de 65 milliards d’euros en échange de 100 milliards de prêts concédés par la Banque centrale européenne en vue de recapitaliser le secteur bancaire ibérique. On voit bien la concordance des mesures : arrêt d’une activité de production d’un côté, remise en état du bras armé de la finance outre Pyrénées. La « crise » a bon dos. Des milliers d’Espagnols l’ont encore clamé dans les rues madrilènes dimanche 15 juillet. Que se jodan !

Derrière le plan d’austérité, c’est bien la construction d’un nouveau modèle économique et social qui est mis en œuvre à marche forcée par Rajoy et Bruxelles. Si vous voulez avoir un aperçu de ce que produit ce genre de mutation, il faut faire un trajet de plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre en Grèce. Dans ce pays-ci, l’Union européenne a posé clairement la donne : en finir avec les services publics, liquider le patrimoine commun à la population en privatisant tout ce qui peut l’être. La dette a bon dos. L’essentiel est de préserver le secteur bancaire, source des profits futurs, qu’importe si le peuple doit crever et même plus à petit feu. L’Italie est, avec l’Espagne, la prochaine sur la liste. Le Portugal arrive juste après.

C’est que le projet politique a désormais vocation à s’étendre. Il finalisera les mutations de fond (appelées « réformes structurelles », dans la novlangue bruxelloise) des sociétés européennes. On le trouvera entre les lignes du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). Au cas où les gouvernements démocratiquement élus viendraient à vouloir s’émanciper du cadre politique fixé par les Commissaires européens, il est acté que les lois de finances, celles qui fixent les budgets des états, devront passer par la case « validation » à Bruxelles avant même que d’être débattues par les élus des nations… Si ce n’est pas se donner les moyens d’imposer son dogme idéologique, cela y ressemble pas mal.

Interviewé par une télévision espagnole

Ce sont là mes quelques réflexions du week-end, suite aux conversations que j’ai eues avec l’ami Perceval45 et Danièle Obono, mon amie de Convergences et Alternatives. C’est aussi ce que j’ai résumé lors de mon intervention devant l’ambassade d’Espagne. Je vais tâcher d’y revenir plus en détails à la rentrée, tant je me rends compte que mon propos, déjà ébauché dans une note précédente, exige d’être approfondi.

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Bonus vidéo : Fermin Mugurruza « Sindikatua »


PSA : un milliard pour fermer Aulnay, les salariés paient encore l’addition

Le communiqué que nous avons écrit pour le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis

 

Comme nous l’avons dénoncé depuis le mois de février 2012, le groupe PSA vient de confirmer son « plan de restructuration » d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan entérine la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, condamnant ses 3 300 salariés directs et les quelque 7 000 travaillant dans la sous-traitance. Au total, ce sont 10 000 emplois que le groupe va supprimer dans le monde.

Le groupe, qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot, a certes vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. PSA utilise la baisse de rendement pour les actionnaires pour justifier un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre 2011, revalorisé à un milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts ! Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu. Ce faisant, PSA, désormais allié du groupe américain General Motors, s’inscrit dans la logique capitaliste : détruire l’emploi pour accroître ses bénéfices boursiers. Certes le marché automobile s’est contracté en Europe. La généralisation des politiques d’austérité qui cassent le pouvoir d’achat et l’emploi sont les premières responsables de cette situation.

Pour autant, PSA ne diminuera pas ses capacités de production. Au contraire, il les délocalisera dans des pays où la « marchandise humaine » coûte moins cher, où les normes environnementales sont moins drastiques. Qu’importe si, pour faire revenir la production dans les pays où elle peut être « consommée », il faut encore aggraver notre empreinte carbone. Il faut juste se rappeler que, sur un modèle courant de berline, le « coût du travail », sans mis en avant par le MEDEF et sa courroie de transmission politique l’UMP, ne représente qu’entre 15 et 18 %.

Le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis la première fuite sur ce plan de liquidation, était encore aux côtés des salariés d’Aulnay-sous-Bois ce jeudi 12 juillet, à l’issue du comité central d’entreprises.

Ils sont rappelé notre revendication de longue date : une planification écologique permettrait d’envisager très sérieusement la construction de modèles respectueux de l’environnement. Il est possible de s’orienter dès maintenant dans ce sens pourvu que la direction le veuille. Pour cela, elle doit activer son centre de recherche et proposer pour Aulnay la fabrication d’une nouvelle voiture répondant aux exigences de l’époque.

Enfin, le Parti de gauche réclame une loi d’urgence proclamant un droit de véto des représentants syndicaux dans les Comités d’entreprise et l’interdiction immédiate des licenciements boursiers soit votée le plus vite possible.

Le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis

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Bonus vidéo : Buzzcocks « Fast Cars »


Espagne : la répression pour imposer un ordre nouveau

C’est un cap nouveau qui vient d’être franchi en Espagne. J’ai déjà évoqué la violence de la répression dont est victime le mouvement de grève des mineurs. Il ne se passe pas une semaine sans que l’on dénombre de nouveaux blessés dans toutes les régions touchées par le conflit. Mais, les affrontements qui ont eu lieu à Madrid dans la journée du mecredi 11 juillet et qui se sont soldés par près de 80 blessés et pas loin de 10 arrestations, témoignent du passage d’un cap symbolique.

Sur twitter, une de mes correspondantes espagnoles lançait cette accusation en direction de la police : « Ils nous ont attaqués ! ». Les images collectées hier après-midi confortent son propos. Les forces anti-émeutes ont utilisés des armes tirant des balles en caoutchouc provoquant des blessures sérieuses mais pas mortelles. Si le gouvernement fait état de la présence de groupes violents parmi les manifestants, la théorie du piège contre la grande majorité d’entre-eux commence à se vérifier. Selon des témoignages concordants, les manifestants venus des provinces espagnoles devaient regagner des bus pour rentrer chez eux. Quand ils s’en sont rapprochés, les unités anti-émeutes les y attendaient. La chasse aux mineurs et à leurs soutiens semble s’être poursuivie une bonne partie de la soirée, notamment du côté de la Puerta Del Sol.

Les forces de l’ordre, elles mêmes, confirment : « Suppressions de droits syndicaux, quotas d’arrestations illégales à respecter, protocoles et uniformes inspirés de l’armée… » : Le premier syndicat de policiers espagnols – le Syndicat unifié de la police – dénonce une tentative de militarisation de leurs missions et de leur corporation. Son secrétaire général exprime également son soutien au mouvement des indignésC’est que, derrière le conflit des « gueules noires », se trame une épreuve de force entre le gouvernement conservateur et le mouvement social.

De facto, le parallèle avec la répression qu’a déchaîné Margaret Thatcher contre les mineurs britanniques en 1984 s’impose. Certes, les situations historiques, politiques et sociales sont différentes. Mais les deux gouvernements conservateurs sont soumis au même enjeu : imposer à leur population un changement aussi radical que rapide, et donc brutal, de société. Il s’agit d’en finir, assez définitivement, avec un modèle de société : le welfare state en Grande-Bretagne ; une société encore industrialisée et finançant ses services publics par ce biais en Espagne.

Victime d’un tir de la police anti-émeute, cette fillette aurait 11 ans

Il y a, au-delà des Pyrénées, une seconde raison. L’adoption d’un plan d’austérité d’un montant de 100 milliards d’euros par le parlement espagnol le 9 juillet va entraîner des coupes sombres dans les budgets sociaux, les services publics, les industries où l’état central détient encore des participations. C’est une accélération sans précédent de l’intégration de l’Espagne dans une Europe ultra-libérale dessinée par la Banque Centrale Européenne et son bras politique, la Commission Européenne. L’Espagne – ou du moins les Espagnols – entrevoit le spectre de la Grèce. Ces mesures, très impopulaires, sont en capacité de soulever un pays où la contestation agissante est bien plus répandue que dans notre bel hexagone.

A l’été 2011, j’ai passé une quinzaine de jours dans le nord de ce pays. Outre que j’ai noté un nombre incroyable d’inscriptions politiques sur les murs, j’ai croisé à plusieurs reprises, en plein mois d’août, des rassemblements d’indignés. Les centrales syndicales majeures, UGT et Commissiones obreras (CCOO) y sont fortes et disposent d’une audience large. L’Espagne, c’est enfin le pays de l’anarcho-syndicalisme de masse. Même si la CNT n’est plus aussi puissante qu’elle l’était dans les années 30, avec plus d’un million de membres, elle garde encore son impact au sein de la classe ouvrière consciente. Dans ce contexte, pour la droite au pouvoir à Madrid, casser les reins des mineurs a une vocation politique claire. Si la réaction parvient à défaire cette corporation hautement symbolique, ce serait un message définitif envoyé à l’ensemble des forces de progrès hispaniques.

Il en va, pour Rajoy, de sa crédibilité devant ses « partenaires » européens. On sait que la Commission Européenne conditionne l’attribution des prêts de la BCE à la stricte tenue des objectifs de réduction des dépenses publiques. Le Partido Popular au pouvoir a donc un besoin vital de museler la contestation sociale. C’est le gage des « aides » européennes autant que celui de mener à bien son projet de remodelage du modèle social espagnol. Le tout dans le cadre du nouvel âge du capitalisme, un âge dans lequel l’accumulation des richesses par l’oligarchie n’a plus besoin des productions industrielles nationales. La financiarisation de l’économie est devenue telle que le maintien d’une activité de production est devenue un frein à l’enrichissement de la classe possédante.

 

Bonus militant :

Des rassemblements de soutien au peuple espagnol, aux mineurs en lutte et contre la répression policière sont prévus samedi 14 juillet un peu partout en France. Voici la liste des lieux et heures que je me suis procurée.

* Paris 14h00 | Ambassade
Adresse : 22, avenue Marceau
* Besançon 14h00| Consulat Honoraire
Adresse : 2 E, rue Isembart, Résidence « le président » – 25000 Besançon
* Fort-de-France (Martinique) 14h00 | Consulat Honoraire
Adresse : Pointe La Rose 97231 Le Robert
* Bayonne 14h00 | Consulat général
Adresse : Résidence du Parc 4, avenue du B.A.B. – 64100 Bayonne
* Bordeaux 14h00| Consulat général
Adresse : 1, rue Notre-Dame 33000 Bordeaux
* Dijon 14h00| Vice-Consulat Honoraire
Adresse : 11, rue du Tillot 21000 Dijon
* Le Havre 14h00 | Vice-Consulat Honoraire
Adresse : Europe building Quai de l’Europe B.P 119 76051 Le Havre Cédex
* La Rochelle 14h00 | Vice-Consulat Honoraire
Adresse : Quai des Chaluts – Port de Pêche Chef de Baie 17045 La Rochelle Cedex 01
* Lyon 14h00 | Consulat général
Adresse : 1, rue Louis Guérin 69100 Villeurbanne
* Marseille 14h00 | Consulat général
Adresse : 38, rue Edouard Delanglade 13006 Marseille
* Montpellier 14h00 | Consulat général
Adresse : 24, rue Marceau – B.P. 51221 34010 Montpellier Cédex 01
* Nice 14h00 | Vice-Consulat Honoraire
Adresse : 4, boulevard Jean Jaurès 06300 NICE
* Pau 14h00 | Consulat général
Adresse : 6, place Royale 64000 Pau
* Perpignan 14h00 | Consulat général
Adresse : 12, rue Franklin 66000 Perpignan
* Rennes 14h00 | Consulat Honoraire
Adresse : 2, allée des Açores 35200 Rennes
* Rouen 14H00 Vice Consulat, :22 Rue de la Croix d’Yonville, 76000 Rouen
* Strasbourg 14h00 | Consulat général
Adresse : 13, quai Kléber B.P 40026 67001 Strasbourg Cédex
* Toulouse 14h00| Consulat général
Adresse : 16, rue Sainte Anne 31000 Toulouse
* Toulon 14h00| Vice-Consulat Honoraire
Adresse : 215, avenue de la Victoire Immeuble Le Mont d’Or 83100 Toulon

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Bonus vidéo : Kortatu « A La Calle »